La clinique des phrases (f)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

Installée sous les poutres et les fenêtres, la salle à manger jouit de luminosité et de vastitude (la Presse+, 30 juillet 2016).

(Ah ! la jouissance de la vastitude ! Encore !)

Et si on essayait ceci ?

Installée sous les poutres et les fenêtres, la salle à manger est lumineuse et vaste.

À votre service.

La clinique des phrases (e)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

La langue de la littérature, de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision sont inventées (p. 35).

Ça ne va évidemment pas. Qu’est-ce que c’est que ce verbe au pluriel («sont inventées») avec un sujet au singulier («La langue») ?

Premier traitement : «La langue de la littérature, de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision est inventée.» Le problème d’accord est réglé, mais cela trahit le sens : il n’y a pas une seule langue pour toutes ces formes artistiques.

Deuxième traitement : «Les langues de la littérature, de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision sont inventées.» Le problème d’accord est réglé, mais le sens est un peu flou : y a-t-il plusieurs langues pour chacune des formes artistiques ?

Troisième traitement : «La langue de la littérature, comme celles de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision sont inventées.» Le problème d’accord est réglé, mais, stylistiquement, ça se discute : il y a déjà un «comme» deux lignes plus loin.

Quatrième traitement : «La langue de la littérature, ainsi que celles de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision sont inventées.» Le problème d’accord est réglé, mais l’auteur de ce texte a la mauvaise habitude d’abuser du ainsi que. Ne l’encourageons pas.

Cinquième traitement (mais qui n’est pas le dernier) : ne toucher à rien et prétendre que le pluriel du verbe s’explique par une ellipse (avoir voulu ne pas répéter quatre fois le «La langue» initiale). Il faut croire son lecteur bien candide pour lui servir une excuse pareille.

Bref : si peu de jours, tant de problèmes à solutionner.

À votre service.

Référence

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

La clinique des phrases (d)

La Presse+, 26 février 2015(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante (elle ouvre la section de la Presse+ de ce matin consacrée au sport) :

Forcé au rôle de spectateur depuis la mi-janvier en raison de symptômes liés à une commotion cérébrale, Pierre-Alexandre Parenteau se dit prêt à reprendre le collier, lui qui a raté les 18 derniers duels de son équipe.

Si l’ailier droit des Canadiens de Montréal — c’est du hockey — a les symptômes d’une commotion cérébrale, il doit bien avoir une commotion cérébrale, non ?

Pourquoi, alors, ne pas écrire ceci ?

Forcé au rôle de spectateur depuis la mi-janvier en raison d’une commotion cérébrale, Pierre-Alexandre Parenteau se dit prêt à reprendre le collier, lui qui a raté les 18 derniers duels de son équipe.

À votre service.

 

[Complément du 2 janvier 2017]

Rebelote dans la Presse+ du jour : «Selon Sportsnet, Shaw souffrirait encore de symptômes de commotion cérébrale et ne serait pas près d’un retour.» Donc : «Selon Sportsnet, Shaw souffrirait encore d’une commotion cérébrale et ne serait pas près d’un retour.»

La clinique des phrases (c)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

Ils courtisent et séduisent au nom d’hommes d’affaires, de cadres supérieurs et d’autres associés de cabinets d’avocats des femmes sur des sites de rencontres.

Et si on la remplaçait par ceci ?

Sur des sites de rencontres, ils courtisent et séduisent des femmes, au nom d’hommes d’affaires, de cadres supérieurs et d’autres associés de cabinets d’avocats.

Ça éviterait au moins le «autres associés de cabinets d’avocats des femmes», qui n’est pas de la première clarté.

À votre service.

La clinique des phrases (b)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

«Toutefois, en étant constituées comme étant parties prenantes à cette histoire, [ces émissions] contribuent à inscrire [JB] dans cette histoire, au contraire d’autres histoires de la télévision, par exemple, où elle est davantage mise de l’avant comme auteure.»

On pourrait la laisser en l’état; ce ne serait guère charitable. Essayons d’en faire quelque chose d’acceptable.

Commençons par enlever ce «comme étant» parfaitement inutile (et répétitif) :

«Toutefois, en étant constituées parties prenantes à cette histoire, [ces émissions] contribuent à inscrire [JB] dans cette histoire, au contraire d’autres histoires de la télévision, par exemple, où elle est davantage mise de l’avant comme auteure.»

«Histoire», trois fois ? C’est un peu beaucoup :

«Toutefois, en étant constituées parties prenantes à cette histoire, [ces émissions] contribuent à y inscrire [JB], au contraire d’autres histoires de la télévision, par exemple, où elle est davantage mise de l’avant comme auteure.»

Pour qui voudrait insister moins sur le processus que sur son fruit, il y aurait moyen de faire plus économique encore :

«Toutefois, parties prenantes de cette histoire, [ces émissions] contribuent à y inscrire [JB], au contraire d’autres histoires de la télévision, par exemple, où elle est davantage mise de l’avant comme auteure.»

Ce «par exemple» est-il bien nécessaire ? Non :

«Toutefois, parties prenantes de cette histoire, [ces émissions] contribuent à y inscrire [JB], au contraire d’autres histoires de la télévision où elle est davantage mise de l’avant comme auteure.»

C’est un peu mieux. Ce n’est toujours pas génial. On fait ce qu’on peut avec les moyens du bord.

À votre service.