Du dépanneur : enquête lexicale hors Québec

Jacques Berrtin, le Dépanneur, 2011, couverture

 

Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française donne du dépanneur, en une de ses acceptions québécoises, la définition suivante : «Petit commerce, aux heures d’ouverture étendues, où l’on vend des aliments et une gamme d’articles de consommation courante.» En anglais, on parlerait de convenience store.

Le Petit Robert (édition numérique de 2014) donne «RÉGIONAL (Canada) Épicerie qui reste ouverte au-delà des heures d’ouverture des autres commerces. Le dépanneur du coin

Lecteurs francophones (hors Québec), comment désigneriez-vous ce commerce de proximité ?

(Prière de répondre ci-dessous, dans la rubrique «Laisser un commentaire». Merci à l’avance.)

Une nation ou deux ?

Dimanche soir, dans une mosquée de la ville de Québec, six hommes ont été assassinés. Comment les désigner ?

On a parlé de «musulmans». Beaucoup ont préféré dire qu’il s’agissait de «Québécois» ou de «Canadiens». Le premier ministre du Québec, à juste titre, évoque les «Québécois de confession musulmane» (la Presse+, 31 janvier 2017).

L’Agence France-Presse (AFP) utilise, elle, une expression inattendue : «Les six personnes tuées étaient toutes des Canadiens binationaux, a indiqué Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec.» Sa dépêche a été reprise par plusieurs publications françaises et québécoises.

«Binationaux» ? L’adjectif étonne, vu du Québec : si l’on en croit la banque de données médiatique Eureka.cc, aucun média du Canada français n’a utilisé le mot pour désigner les victimes de l’attentat de Québec (sauf pour reprendre la dépêche de l’AFP).

On peut légitimement s’interroger sur son sens. Azzedine Soufiane vivait au Québec depuis près de trente ans. Khaled Belkacemi a obtenu deux diplômes de l’Université de Sherbrooke, l’un en 1986, l’autre en 1990, et il était professeur à l’Université Laval. Que voudrait dire «binationaux» dans leur cas ?

Voilà un adjectif qui en dit long sur la conception que l’on se fait, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique, de la citoyenneté.

P.-S. — Merci à Clément Laberge et à Mélika Abdelmoumen d’avoir attiré l’attention de l’Oreille tendue là-dessus.

C’est Noël : aidons le Petit Robert

Le Petit Robert (édition numérique de 2014) connaît deux définitions du mot sous-verre : «Image ou document que l’on place entre une plaque de verre et un fond rigide; cet encadrement. Photos de famille dans un sous-verre. Des sous-verres»; «RÉGIONAL (Belgique, Luxembourg) Petit support sur lequel on pose un verre. => 2. dessous (de verre).»

Précisons : le deuxième sens est aussi commun au Québec, comme l’atteste (!) le tweet suivant.

Il atteste aussi que l’Oreille tendue a été bonne cette année. N’a-t-elle pas reçu de beaux cadeaux ?

P.-S. — Le dictionnaire numérique Usito signale que le deuxième sens est utilisé au Québec, mais pas le Multidictionnaire de la langue française (6e édition).

P.-P.-S. — Les sous-verres reçus par l’Oreille complètent sa panoplie. Elle avait déjà les chaussettes.

Référence

Villers, Marie-Éva de, Multidictionnaire de la langue français, Montréal, Québec Amérique, 2015 (sixième édition), xxvi/1855 p.

Divergences transatlantiques 046

Ce tweet est passé sous les yeux de l’Oreille tendue l’autre jour :

«Chronique poche» de la revue En attendant NadeauIl pourrait troubler ses lecteurs québécois, à cause du mot poche.

Bien sûr, il y a au Québec des livres de poche et on peut leur consacrer une «chronique», la «chronique poche».

Le mot est aussi synonyme de nullité : une «chronique poche» peut être une chronique nulle, mauvaise, sans intérêt.

Il ne faudrait pas confondre.

Divergences transatlantiques 045

Selon le Petit Robert (édition numérique de 2014), il peut arriver à une voiture de trop prendre d’essence : «Consommer du combustible. Voiture qui suce beaucoup

Au Québec, qui pèse sur la suce appuie (fort) sur l’accélérateur. Comme chacun devrait le savoir, cela brûle beaucoup (trop) de carburant.

Exemple essayistique, chez Jean-Philippe Payette en 2016 : «Ce n’est pas qu’une question de perte de poids, de reconquête de notre taille de guêpe collective. C’est aussi une affaire de vitesse. Il faut peser sur la suce […]» (p. 41).

P.-S. — On ne confondra cette suce ni avec la «tétine de biberon» (le Petit Robert, bis) du même nom, ni avec le couple suçon / sucette.

 

[Complément du 14 octobre 2016]

Toutes sortes de robots parcourent Internet. Il y en a un qui, ce matin, a attribué un sens imprévu au mot dont il est question ci-dessus.

Autre sens du mot «sucer», sur Twitter

 

Référence

Payette, Jean-Philippe, «Dégraisser la bête. Le capitalisme comme chez le boucher», Liberté, 313, automne 2016, p. 40-42. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte02658/83390ac.html>.