Divergences transatlantiques 046

Ce tweet est passé sous les yeux de l’Oreille tendue l’autre jour :

«Chronique poche» de la revue En attendant NadeauIl pourrait troubler ses lecteurs québécois, à cause du mot poche.

Bien sûr, il y a au Québec des livres de poche et on peut leur consacrer une «chronique», la «chronique poche».

Le mot est aussi synonyme de nullité : une «chronique poche» peut être une chronique nulle, mauvaise, sans intérêt.

Il ne faudrait pas confondre.

Divergences transatlantiques 045

Selon le Petit Robert (édition numérique de 2014), il peut arriver à une voiture de trop prendre d’essence : «Consommer du combustible. Voiture qui suce beaucoup

Au Québec, qui pèse sur la suce appuie (fort) sur l’accélérateur. Comme chacun devrait le savoir, cela brûle beaucoup (trop) de carburant.

Exemple essayistique, chez Jean-Philippe Payette en 2016 : «Ce n’est pas qu’une question de perte de poids, de reconquête de notre taille de guêpe collective. C’est aussi une affaire de vitesse. Il faut peser sur la suce […]» (p. 41).

P.-S. — On ne confondra cette suce ni avec la «tétine de biberon» (le Petit Robert, bis) du même nom, ni avec le couple suçon / sucette.

 

[Complément du 14 octobre 2016]

Toutes sortes de robots parcourent Internet. Il y en a un qui, ce matin, a attribué un sens imprévu au mot dont il est question ci-dessus.

Autre sens du mot «sucer», sur Twitter

 

Référence

Payette, Jean-Philippe, «Dégraisser la bête. Le capitalisme comme chez le boucher», Liberté, 313, automne 2016, p. 40-42. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte02658/83390ac.html>.

Divergences transatlantiques 044

Quelqu’un a parlé de vous en votre absence ?

«Les oreilles ont dû te corner plusieurs fois», dixit @fbon sur Twitter, s’adressant, à partir de la France, à un Italien installé au Québec, collègue et néanmoins ami de l’Oreille tendue.

Autour de cet Italien et de l’Oreille, on dirait plutôt que les oreilles ont dû lui siler (graphie approximative).

Du temps où l’Oreille s’envoyait en l’air

Trampoline domestique, avec béquille

 

Les habitués de l’Oreille tendue auront peut-être du mal à se représenter la chose : la voir sauter sur un «engin de gymnastique composé d’une toile tendue à une certaine hauteur du sol et fixée par des ressorts à un cadre métallique» (le Petit Robert, édition numérique de 2014). Pourtant, cela est arrivé — il y a huit lustres au moins.

À cette époque-là, dans les cours d’éducation physique du Québec, on faisait de la trampoline. C’est encore le genre féminin que retient la Presse+ d’aujourd’hui en titre — «La trampoline, un “sport dangereux”» —, mais, dans le texte, il y a aussi «du trampoline», «un trampoline», «le trampoline»; ça fait désordre.

Cette confusion s’explique. On entend beaucoup dire au Québec depuis quelques années qu’il faudrait dire le trampoline. C’est d’ailleurs ce genre qui apparaît dans l’article du Petit Robert cité ci-dessus.

L’Office québécois de la langue française, dans son Grand dictionnaire terminologique, aborde cette délicate question :

Le genre féminin est courant en français québécois (faire de la trampoline); le masculin commence toutefois à entrer dans l’usage par la voie des médias. Il est possible que le féminin enregistré dans le Supplément du Quillet (1971) ainsi que dans le Grand Robert (1985), et encore dans son édition plus récente, ait pu refléter une certaine hésitation quant au genre à donner à cet emprunt à l’anglais trampoline qui ne remonte qu’au début des années soixante. Le terme s’emploie cependant au masculin dans l’usage actuel en France.

Bref : le féminin est «courant» au Québec et il est «enregistré» dans au moins deux dictionnaires français. L’«usage actuel» serait au masculin en France. Voilà qui expliquerait «une certaine hésitation», notamment celle des «médias» — et indubitablement celle de la Presse+.

Une chose est sûre : si l’Oreille a déjà pratiqué la trampoline, elle n’a pas l’intention, dans un avenir proche, de se mettre au trampoline. Ce n’est plus de son âge.

P.-S. — Trampoline fait partie de ces mots qui changent parfois de genre en traversant l’Atlantique.

P.-P.-S. — Il existe — c’était prévisible — une version extrême de cette activité : «Le centre de trampoline extrême iSaute se lance à la conquête du Québec» (le Devoir, 27 décembre 2013, p. B1).

 

[Compléments]

En matière de genre, la Presse+ et le site lapresse.ca ne s’entendent pas.

Le genre de «trampoline» selon la Presse+ et lapresse.ca

Un correspondant belge de l’Oreille tendue est formel : «Ben moi, tout en étant de “ce” côté de l’Atlantique, j’ai toujours dit “la trampoline”, sans jamais en avoir fait.»