Divergences transatlantiques 059

Définition du mot «nareux», Twitter, 8 janvier 2021

En 2021, le Petit Robert intègre le terme nareux : «Qui se montre difficile quant à la propreté de la nourriture et des couverts; qui éprouve facilement du dégoût.» Précision sur Twitter : «L’adjectif et nom nareux [est] employé dans le quart nord-est de la France ainsi que dans une bonne partie de la Belgique wallonne.» Il s’agit donc d’un régionalisme.

Sauf erreur de la part de l’Oreille tendue, le mot n’est pas employé au Québec.

On y utiliserait plutôt dédaigneux, que définit ainsi le dictionnaire numérique Usito : «Qui a tendance à éprouver du dégoût, de la répugnance.» Cette définition est accompagnée d’une remarque — «Cet emploi est sorti de l’usage en France» — et d’un exemple, tiré de l’œuvre de Gilbert LaRocque : «Jacqueline mange du bout des dents, son sourire artificiel accroché dans la face, elle porte des verres de contact depuis peu et ça la fait énormément cligner des yeux, on dirait qu’elle m’adresse des signaux en morse, et ça vient faire sa dédaigneuse chez nous !» (1972)

Synonyme : avoir le dédain de. Exemple : «Des sources conjugales proches de l’Oreille tendue ont le dédain des cretons

Du sexe masculin

Bière Kékette, étiquette, 2020

Comme dans toutes les langues, l’appareil reproducteur masculin, entendu au sens large, a plusieurs synonymes dans le français du Québec : bizoune, poche, pissette, gosses, graine, fourche, pompe à l’eau, etc. etc. etc.

Comme en français de référence, les Québécois connaissent aussi la quéquette. Ils en ont même fait un proverbe : «Grosse Corvette, p’tite quéquette.»

Il y a donc lieu de penser qu’ils auraient hésité avant de commercialiser une bière sous l’étiquette Kékette.

Tous n’ont pas leurs scrupules.

(Merci à @ljodoin pour la photo.)

Divergences transatlantiques 057

Un Dictionnaire des francophones, évolutif, numérique, collaboratif et gratuit, doit être lancé en septembre 2019. Dans une vidéo publicitaire, Valère, 25 ans, de la Côte-d’Ivoire, explique le sens de l’expression avoir la bouche sucrée : «Se dit de quelqu’un qui est beau parleur, qui aime flatter.»

 

La belle-mère de Diderot, au XVIIIe siècle, disait de lui qu’il avait une «langue dorée». Explication du Dictionnaire de l’Académie française, édition de 1762 : «On dit fig. & fam. de quelqu’un qui parle facilement & élégamment, que C’est une langue dorée

Le sucre des uns serait-il l’or des autres ?

Divergences transatlantiques 056

Élisabeth Benoit, Suzanne Travolta, 2019, couverture

Suzanne Travolta, l’intrigant roman d’Élisabeth Benoit paru en 2019, se déroule à Montréal. Plusieurs lieux y sont clairement évoqués : «notre chère rue Waverly» (p. 22); «Mike et moi partagions un bureau au premier étage du bâtiment principal, boulevard René-Lévesque (Mike disait Dorchester)» (p. 49); «Il fallait être montréalais comme l’était Ray pour aimer ainsi de toute son âme la laideur du boulevard Saint-Laurent, qui était une des plus belles choses que Ray ait vues de sa vie» (p. 153). Les expressions québécoises y sont nombreuses, par exemple «être dans le champ» ou «virer sur le top». On y entend de l’anglais.

Le lecteur n’est donc pas étonné de voir désigner des chaussures de sport par l’expression running shoes. Le site Français de nos régions a bien mis en lumière, cartes à l’appui, la concurrence, en Amérique du Nord, de ce mot avec espadrilles, sneaks / sneakers, shoe-claques voire baskets.

En revanche, l’Oreille tendue n’a pas souvenir d’avoir jamais entendu le mot au féminin : «infectes running shoes roses» (p. 91), «une de ses running shoes roses» (p. 142), «sa running shoe» (p. 143). Or le Petit Robert (édition numérique de 2019) va dans le même sens qu’Élisabeth Benoit : «N. f. Chaussure de sport pour la course à pied.»

Deux communautés séparées par une langue commune, la France et le Québec ?

P.-S.—Pendant que nous y sommes : l’endroit où l’on mange est un diner (sans accent) plutôt qu’un dîner (avec) (p. 173).

 

Référence

Benoit, Elisabeth, Suzanne Travolta, Paris, P.O.L, 2019, 251 p.