Anniversaire du jour

Photo de Plume Latraverse, 14 juin 2012Plume Latraverse — bref : Plume — a 70 ans aujourd’hui.

Pour l’occasion, la radio de Radio-Canada relance sa série de quatre émissions «D’un Plume à l’autre» (2012).

L’Oreille tendue en profite pour rappeler…

…qu’une des pochettes de disque de Plume comporte un des usages les plus inattendus de la conjonction mais.

…qu’il aime sacrer.

…qu’il pratique l’allitération.

…qu’il ne recule pas devant une rime en -ounes.

…qu’il communie à l’autel du zeugme (ici, , ailleurs).

…qu’il tourne (tournait ?) à FIP.

…qu’il est doué pour la scène.

…qu’il patine.

Photo par Douzeonze, 14 juin 2012, déposée sur Wikimedia Commons (<https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Plume-Latraverse-14-juin-2012.png?uselang=fr>).

Explication de texte du mercredi

Soit le texte suivant, dans la Presse+ du jour :

La Presse+, 20 avril 2016«Enwoye» est une des nombreuses graphies de «envoie» disponibles au Québec.

Nous avons déjà croisé ce «cierge» («ciarge»), à un bout ou deux.

La «toutoune» désigne une personne enrobée et s’inscrit dans la série des mots en -oune qu’apprécient les Québécois.

«Dewors» est, enfin, et évidemment, une transcription de certaine prononciation du mot «dehors».

Yapadkoi.

Les familles d’Erika Soucy

Erika Soucy, les Murailles, 2016, couverture

Il est beaucoup question de famille(s) dans les Murailles d’Erika Soucy (2016). Parlons-en familialement.

Fille. La narratrice, Erika Soucy, part quelques jours au campement des Murailles, près du chantier hydroélectrique Romaine-2, dans le nord du Québec, avec comme seule lecture un recueil de Denis Vanier. Elle va y retrouver son père, Mario, histoire d’essayer de comprendre pourquoi celui-ci a passé une partie de sa vie dans ce genre de lieu, éloigné volontairement de sa famille. Ils ont eu des relations difficiles : «Je pouvais pas laisser mon père comme on laisse son mari. J’ai pourtant essayé» (p. 143).

Père. Pourquoi Mario a-t-il choisi ce genre de vie contre la «vie d’en bas» (p. 137) ? Erika Soucy finit par le comprendre. Il a cherché hors du monde familial un «genre de quiétude, une facilité» (p. 148), une vie «commode, confortable même» (p. 149) — une mise à distance de la responsabilité.

Mère. Elle a longtemps toléré les absences et les frasques de Mario (drogue, alcool), puis plus. On n’en saura guère plus, sinon qu’il y a des choses que ses enfants, même adultes, doivent lui cacher : «Faut pas le dire à m’man ! Faut pas le dire à m’man !» (p. 132)

Frère. Homme des bois, il peut parler plus facilement à sa sœur qu’à son père.

Mari. Erika Soucy est poète. Or ce qu’elle donne à lire, ce ne sont pas des poèmes, mais un «journal» (p. 72), un «carnet» (p. 148) : «Tout te raconter dans mon carnet me permet de mettre des mots sur ce que ma poésie peut pas transmettre» (p. 78). Cela est adressé à un «tu», son mari, resté à Québec.

Enfant. Ce mari (ce «chum») s’occupe de leur fils d’un an, pendant que la narratrice est partie. Elle regrette de ne pas être là pour le premier anniversaire de son «gars», mimant ainsi en quelque sorte l’absence de son propre père.

Demi-sœur. À un moment, Mario a eu brièvement une nouvelle compagne, de l’âge d’Erika. Ensemble, ils ont eu une fille. «Il est devenu père et grand-père en dedans de huit mois, comme ça arrivait dans le temps, avec les familles nombreuses» (p. 50).

Grand-père. Lui aussi était homme de chantier : l’oncle Gérard, aussi présent aux Murailles, «enchaîne avec une histoire sur mon grand-père comme ça arrive tout le temps dans la famille quand on parle de construction» (p. 102). Ce grand-père aurait couché avec Alys Robi et il aurait été l’ami du Grand Antonio, l’homme qui tirait des autobus «avec ses cheveux» (p. 103-104).

Ancêtres (I). Le racisme envers les Amérindiens est fréquemment évoqué dans le «roman» (le mot est en couverture). La phrase «Y a pas d’ancêtres icitte» (p. 95) leur est destinée, mais on peut l’entendre plus généralement : le chantier est un lieu hors du temps et, par là, d’une certaine façon, hors de la filiation assumée.

Ancêtres (II). Racisme ou pas, parmi les aïeux d’Erika et de son frère, «de l’innu, on en a des deux bords» (p. 136), du côté maternel comme du paternel.

Beau-père. Il n’y a pas que le famille d’Erika Soucy dans les Murailles. Un des ouvriers du chantier aurait été — le conditionnel est de mise — le gendre de Jacques Brault. Le récit d’une beuverie chez ce poète (p. 57-58), avec Pauline Julien et Roland Giguère, est hautement comique (et improbable).

Langue maternelle. La langue d’Erika Soucy est fortement oralisée, pleine d’anglicismes et de régionalismes (l’adverbe «astheure», l’adjectif «chouenneux», le substantif «fait-ben», le groupe verbal «faire la job»), nourrie de jurons (dont un «criff», forme plus rare que d’autres). Dans sa famille, on parle le français québécois.

P.-S. — L’auteure a beau pratiquer une langue verte, elle sait que la locution conjonctive après que commande l’indicatif, non le subjonctif (p. 54, p. 136). On a des lettres ou on n’en a pas.

Référence

Soucy, Erika, les Murailles, Montréal, VLB éditeur, 2016, 150 p.

Concaténation

«Ne me blasphémez pas», Quatrième de couverture du manuel Lecture à haute voix

Comment enfiler les jurons ?

Le Petit Robert (édition numérique de 2014) connaît la bordée.

Connotation religieuse oblige, le Québec pratique volontiers le chapelet de sacres, voire la litanie.

Dans son roman Oscar (2016), Mauricio Segura parle de «diarrhée de jurons» (p. 64). C’est moins religieux que le chapelet ou la litanie et moins militaire / hivernal que la bordée. Et plus cru.

Référence

Segura, Mauricio, Oscar, Montréal, Boréal, 2016, 231 p.

Onomastique brassicole

En 2001, l’Oreille tendue cosignait, avec Pierre Popovic, le Village québécois d’aujourd’hui. Glossaire. Trois ans plus tard paraissait sa deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée, le Dictionnaire québécois instantané. Dans un cas comme dans l’autre, il avait fallu inventer une bière : ce fut La Môsus, puis La Torrieuse. C’était faire preuve d’une bien piètre imagination.

C’est du moins la réflexion qu’on peut se faire devant l’excellente chronique de Jean-François Nadeau parue dans le Devoir de ce lundi. On y découvre l’existence de noms de bière aussi subtils que La Diable au corps, L’Obscur Désir, L’Affranchie, La Libertine, La Désérables, La Noire Sœur, La Chipie, La Matante, La Joufflue, La Ciboire, La Valkyrie. Conclusion du chroniqueur ? «Le marketing de la bière, y compris dans sa variante micro-domestique pseudo-cool, continue de mettre en scène comme avant un vieil imaginaire parfaitement réactionnaire destiné aux hommes de demain.»

La Môsus et La Torrieuse avaient, au final, bien meilleur goût.

Références

Melançon, Benoît et Pierre Popovic, le Village québécois d’aujourd’hui. Glossaire, Montréal, Fides, 2001, 147 p.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Nadeau, Jean-François, «En bière», le Devoir, 25 janvier 2016, p. A3.

Dictionnaire québécois instantanté, 2004, couverture