
Pas plus tard que l’autre jour, nous causions des rapports entre les chansons de Plume Latraverse et la littérature.
Aujourd’hui, l’exercice sera semblable pour la chanson de France.
Parmi les plus anciennes chansons de Plume, on en trouve une «d’influence plutôt très brassensienne / vaguement composée aux alentours de 64 / et vaguement interprétée dans des endroits de vagabondage», explique-t-il, en 1983, dans Cris et écrits (p. 18). «La fête du mort», elle, a été écrite «entre la mort de Brassens et celle de Gilles Villeneuve» (p. 246).
La présence la plus évidente de la chanson de France chez Plume est celle de Charles Trenet, présence qu’il a plusieurs fois reconnue. On peut penser à «Salut Trenet !», de 1979, ou à un «duo improbable», avec Marie Michèle Desrosiers, pour «Vous qui passez sans me voir», en 2014. Quand Plume chante «au vent mauvais» («Pollusonge»), on pense autant à Trenet qu’à Verlaine.
D’autres figures sont plus inattendues que ces deux-là. Si Charles Aznavour apparaît dans les crédits de «La bienséance», aux côtés de Plume et de Steve «Cassonade» Faulkner, c’est uniquement pour signaler la ressemblance entre les phrases «Mangeons du bon ragoût» et «Dansons joue contre joue». «Le retour à la terre» est dédiée «aux hillbillies de Houbaville, aux communards vacanciers et à Pierre Perret» (Cris et écrits, p. 130), l’exégète du zizi. D’autres noms sont cités en passant, avec plus ou moins de sérieux : Enrico Macias (p. 38), Eddy Mitchell (p. 98), Jacques Higelin (p. 178).
L’Oreille tendue avoue avoir été particulièrement étonnée par deux mentions de Boby Lapointe (que Plume dote d’un troisième b, pour faire Bobby). La première pour «Le tango des concave» («on note ici une influence Bobby Lapointe très nette», Cris et écrits, p. 95); la seconde pour «Babin et Babine» («in memoriam, Bobby “bobine” Lapointe», p. 237). Il est vrai que ces deux chansons multiplient les jeux de mots et tiennent du virelangue.
Quelques chansons de Plume mettent en lumière la double tentation, chez lui, de la chanson à texte française et du rock («Le moins beau merle», «Radio-Cristal», «Auguste Gustave», «L’enchevrêté»).
Certains ont choisi un terme de l’alternative. Pas Plume.
[Complément du 24 juin 2026]
À la lecture de Des oreilles au bout des doigts. 35 ans de journalisme musical, l’excellent recueil de Sylvain Cormier (2026), l’Oreille tendue découvre que la chanteuse Renée Claude a demandé à Plume «d’adapter en québécois l’un des couplets» de «La ronde des jurons» de Brassens. Commentaire de Cormier : «Une pièce d’anthologie, soit dit en passant» (p. 223). Ça s’écoute ici.
Références
Cormier, Sylvain, Des oreilles au bout des doigts. 35 ans de journalisme musical, Montréal, Somme toute / Le Devoir, 2026, 322 p. Ill. Préface d’Émile Proulx-Cloutier.
Latraverse, Plume, Cris et écrits (dits et inédits), Verchères, Éditions Rebelles, 1983, 306 p. Ill. Préface de Pierre Foglia.



