Le niveau baisse ! (2018)

«Notre langue est en décadence», déclare Jean-Marie Rouart au quotidien Libération (édition du 4 septembre 2018). La preuve ? Des Belges veulent simplifier l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

L’oreille (dure) de Philippe Delerm

Philippe Delerm, Et vous avez eu beau temps ?, 2018, couverture

Pages 133-135 de Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases de Philippe Delerm (2018) : chapitre «Ils n’articulent plus, maintenant !»

Que cache cette «petite phrase», s’agissant de ceux qu’on imagine être «les jeunes» ? «Ils n’articulent plus, leur diction est ambiguë, traduit un manque de consistance et de rigueur. Ils ne sont pas assez forts, pas assez nets. Ils ont été élevés dans du coton — par qui ? —, ne connaissent pas grand-chose aux difficultés de l’existence» (p. 133).

Comment y réagir ? «Si cela était vrai, ce serait oublier que, dès l’Antiquité, des contempteurs ont décrété : “Le niveau baisse !” Et si, depuis, le niveau n’avait cessé de fléchir, nous en serions au six centième sous-sol. Allons, il n’est pas si honteux de se l’avouer, cela semble encore plus vrai que tout le reste, et ne vaut pas que pour maintenant : avec le temps, on devient dur d’oreille !» (p. 134-135)

Source : Delerm, Philippe, Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases, Paris, Éditions du Seuil, 2018, 176 p.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

Le niveau baisse ! (1887)

Arthur Buies selon Albert Chartier dans Séraphin illustré

«Ô mon siècle ! se peut-il que tu marches si vite malgré tous nos efforts pour te retenir ? Qu’avons-nous donc fait si ce n’est d’essayer de jouir des quelques années de jeunesse que tu jettes en courant aux cœurs avides et sitôt stupéfaits de les voir si vite envolées ? Si encore nous étions remplacés ! mais nous ne le sommes pas; notre génération est à jamais éteinte comme le Canada d’autrefois qui a disparu sous la lourde, triviale et uniforme casaque des mœurs modernes; les hommes deviennent de plus en plus raides affairés, poseurs, faiseurs, gobeurs et jobbeurs. Le niveau est devenu le même et pour tous, mais c’est un niveau singulièrement abaissé… Ah ! Ah ! n’allons pas plus loin, s’il vous plaît ! Nous allons tomber dans l’exécration de notre espèce, ce qui ne convient pas à un chroniqueur qui veut rester populaire.»

Source : Arthur Buies, «En route», l’Électeur, 25 juin 1887, p. 1.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

P.-S.—Oui, le même Arthur Buies qu’ici.

Illustration : Albert Chartier, dans Claude-Henri Grignon et Albert Chartier, Séraphin illustré, préface de Pierre Grignon, dossier de Michel Viau, Montréal, Les 400 coups, 2010, 263 p., p. 139.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

Incultes ou pas ?

Georges Leroux. Entretiens, 2017, couverture

Le philosophe Georges Leroux a donné de longs entretiens à Christian Nadeau. Dans le huitième chapitre, «L’enseignement et les défis de la démocratie», il évoque le souvenir d’un étudiant qu’il appelle Paul : «Tous les enseignants ont de temps à autre un Paul dans leur classe : c’est l’étudiant attentif, plutôt réservé, mais qui à l’occasion pose la question qu’on attendait, la question qui nous force à aller plus loin et qui crée instantanément un lien entre lui et vous» (p. 206). Puis, un jour, Paul a cessé de venir en classe.

Pourquoi ? «Comme tant d’autres, Paul avait intégré comme un discours vrai s’adressant à lui le portrait que la société aime dresser de sa génération comme une génération sans culture, incapable de l’effort nécessaire. L’éducation qu’il avait reçue le condamnait, pensait-il, à un échec certain. Nous connaissons ce discours, cette description de l’étudiant inculte, produit par une école secondaire incompétente, nous sommes tous responsables de n’avoir pas travaillé à le réfuter. Car, je le soutiens fermement, ce discours est faux. La critique de l’école démocratique, qui est le fait de penseurs conservateurs nostalgiques de l’éducation d’élite, fait l’impasse sur les succès de nos écoles. Les cohortes successives qui arrivent dans nos universités le prouvent tous les jours» (p. 207).

L’Oreille tendue, à qui il arrive de tenir un discours qui va dans le même sens, se sent un peu moins seule.

Référence

Nadeau, Christian, Georges Leroux. Entretiens, Montréal, Boréal, coll. «Trajectoires», 2017, 373 p. Ill.

Le niveau baisse ! (2017)

«La décomposition de la France est plus que jamais à l’œuvre. On est mille fois mieux à Damas qu’à Paris, et je préfère le bruit du canon à celui d’une langue française devenue du petit nègre.»

Source : Richard Millet, «Retour de Syrie», blogue de l’écrivain, 18 novembre 2017.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture