Une histoire de famille

Mauricio Segura, Oscar, 2016, couverture

«Décès de Daisy Sweeney, la professeure de piano d’une génération», titre le Devoir du jour (p. B7). Cette Montréalaise, qui vient de mourir à 97 ans, a enseigné le piano à des centaines d’élèves, dont son frère cadet, Oscar Peterson.

Aucun personnage du roman de Mauricio Segura Oscar (2016), inspiré par ce célèbre pianiste de jazz, ne porte le nom de Daisy, la sœur aînée du personnage principal s’appelant Prudence et ne lui donnant pas de leçons de piano. En revanche, on peut y lire ceci :

De tous les morceaux qu’il joua, celui qui du jour au lendemain lui permit de se hisser au zénith de la gloire fut un swing lent, tout en retenue, empreint d’espiègleries, scandé de staccatos et de legatos à se pâmer, intitulé Tenderly. Comment réussit-il le tour de force de transformer les cordes du piano en cordes vocales humaines à la grâce fragile ? Bah, firent ses frères et sœurs à quiconque leur posait la question, c’est de famille (p. 122).

En effet, c’était «de famille».

Référence

Segura, Mauricio, Oscar, Montréal, Boréal, 2016, 231 p.

Divergences transatlantiques 050

L’Oreille tendue ne l’avait jamais noté : il y a (au moins) deux sortes de bullshit.

Il y a la québécoise : la bullshit, toujours au féminin, affectueusement appelée bull («C’est de la bull»).

Il y a la française, au masculin — parfois ? toujours ? : le bullshit. C’est du moins ce que laissent croire les trois exemples suivants (et récents).

Le Monde, 9 août 2017 : «bullshit» au masculin

Wikipédia définit «le bullshit» (au masculin, donc) ici.

P.-S.—Bullshit a évidemment donné le verbe bullshiter, que l’on trouve, par exemple, dans la Nuit des morts-vivants de François Blais (2011) : «plutôt que de la bullshiter j’essayai de lui changer les idées» (p. 100).

Référence

Blais, François, la Nuit des morts-vivants, Québec, L’instant même, 2011, 171 p.

Le zeugme du dimanche matin et de Roy Pinker

Roy Pinker, Faire sensation, 2017, couverture

«Admirablement documenté, [le roman de Philip Roth The Plot Against America] mêle habilement la fiction politique avec les souvenirs personnels de l’écrivain dans son Newark natal, une petite ville où vit une communauté juive soudée et démocrate.»

Roy Pinker, Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique, Marseille, Agone, coll. «Contre-feux», 2017, 232 p. Ill.

Accouplements 94

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Stamper, Kory, Word by Word. The Secret Life of Dictionaries, New York, Pantheon, 2017, xiii/296 p.

«The more I learned, the more I fell in love with this wild, vibrant whore of a language», l’anglais (p. 9).

Belleau, André, «Langue et nationalisme», Liberté, 146 (25, 2), avril 1983, p. 2-9; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Y a-t-il un intellectuel dans la salle ?, Montréal, Primeur, coll. «L’échiquier», 1984, p. 88-92; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, p. 115-123; repris sous le titre «Langue et nationalisme», dans Francis Gingras (édit.), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 2014 (3e édition), p. 425-429; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 286, 2016, p. 113-121. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1032296/30467ac.pdf>.

«Il n’y a pas si longtemps, le chroniqueur linguistique du Devoir affirmait sans rire que le français est apte aux sentiments élevés tandis que l’anglais convient particulièrement au négoce. Pour d’autres, le français est abstrait et l’anglais concret, ou le français semble plus musical… Sans compter les dévots qui font toujours la génuflexion devant “Sa Majesté la Langue française”. (La vérité, c’est que les langues sont des guidounes et non des reines.)» (éd. de 1986, p. 118)

Whore, guidoune : la rubrique «Accouplements» ne porte pas toujours aussi bien son nom.