Les zeugmes du dimanche matin et de Germaine Guèvremont

Germaine Guèvremont, le Survenant, éd. de 1954, couverture

«On eût dit que, sous la main de la bru, non seulement la maison des Beauchemin ne dégageait plus l’ancienne odeur de cèdre et de propreté, mais qu’elle perdait sa vertu chaleureuse» (p. 12).

«Fort, sanguin, engoncé dans sa graisse et dans la satisfaction de sa personne, [Pierrre-Côme Provençal] occupait la moitié du banc» (p. 74).

Germaine Guèvremont, le Survenant. Roman, Paris, Plon, 1954 (1945), 246 p. Suivi d’un «Vocabulaire».

Clenche ton lexicographe !

«Emma tourna la clenche d’une porte.»
Flaubert, Madame Bovary

 

La semaine dernière, les lexicographes des dictionnaires Le Robert rappelaient, sur Twitter, un des sens du mot clenche : «Dans les Ardennes, la poignée de porte prend le nom de “cliche” ! C’est une variante locale apparentée à clenche (mot connu en Normandie et en Lorraine). En Belgique, on parle plutôt de “clinche”.» Comme on le leur a fait remarquer, ce sens est aussi connu au Québec : «Clenche est assez bien établi au Québec aussi. Nous avons aussi le verbe clencher.»

Clencher ? Les sens en sont multiples. Exemples.

Dans une publicité, qui conseille un produit «Pour clencher ton chien au frisbee» évoque la possibilité (traduction libre) d’«accélérer plus vite que Milou au frisbee».

Chez Sophie Bienvenu, dans Chercher Sam (2013), on lit : «Évidemment, le kid nous clenchait tous, fait qu’on s’est tannés et on a voulu aller se prendre une pointe de pizz en mettant tout notre cash ensemble» (p. 7). Ce «kid» avait plus de succès que les autres, les dépassait. Jean-François Vaillancourt emploie le verbe dans le même sens : «Brochu se faisait clencher. On n’avait jamais vu ça» (Esprit de corps, p. 111).

Qu’il s’agisse de porte ou d’efficacité, le verbe existe aussi sous la forme clancher. Porte : «L’individu qui était dehors clancha la porte avec impatience» (les Mystères de Montréal, p. 266). Efficacité : «On va vous clancher !» (Annette, p. 10) — un personnage annonce la victoire de son équipe dans un match de hockey.

À votre service.

 

Références

Berthelot, Hector, les Mystères de Montréal par M. Ladébauche. Roman de mœurs, Québec, Nota bene, coll. «Poche», 34, 2013, 292 p. Ill. Texte établi et annoté par Micheline Cambron. Préface de Gilles Marcotte.

Bienvenu, Sophie, Chercher Sam, Montréal, Le Cheval d’août, 2014, 169 p.

Olivier, Anne-Marie, Annette. Une fin du monde en une nanoseconde, Montréal, Dramaturges éditeurs, 2012, 53 p.

Vaillancourt, Jean-François, Esprit de corps. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 149, 2020, 302 p.

Les zeugmes du dimanche matin et d’Anne Hébert

Anne Hébert, Kamouraska, éd. de 1973, couverture

«Ramener la Petite à la maison, la sortir du déshonneur et de la prison» (p. 47).

«J’habite la fièvre et la démence, comme mon pays natal» (p. 115).

«Je voudrais effacer de toi, à jamais, ce temps où je n’existe pas, ce monde fermé de garçons, de messes et de latin» (p. 150).

«Sacrifiant sa longue chevelure noire et ce vague pressentiment d’humaine douceur dans son cœur enfantin» (p. 170).

«Qu’Antoine demeure à jamais enfoui, inerte, cuvant son vin et son affront, dans son manoir de Kamouraska» (p. 183).

«Victoire Dufour déploie un tablier, de plus en plus vaste et bleu» (p. 218).

Anne Hébert, Kamouraska, Paris, Seuil, 1973 (1970), 249 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Jacques Ferron

Jacques Ferron, l’Amélanchier, éd. de 1977, couverture

«Par ma mère Etna, ainsi nommée parce qu’elle se fâcha une fois, une seule, mais si fameusement que les jours et les ans, les semaines de résignation, de longanimité et de douceur, ne l’ont pas effacée des mémoires, j’ai deux gouttes de sang irlandais, de la malpropreté et de l’orgueil, je suis de race royale, ce qui n’a jamais été contesté dans le quartier Hochelaga où ma mère a grandi, puînée de trois frères résolus» (p. 21).

«pour semer de nouveau le blé, le mil et la gaudriole» (p. 111).

Jacques Ferron, l’Amélanchier. Récit, Montréal, VLB éditeur, 1977 (1970), 149 p.

L’oreille tendue de… Anne Hébert

Anne Hébert, Kamouraska, éd. de 1973, couverture

«La mort d’Antoine Tassy, convoitée comme un fruit. Mon complice silencieux à mes côtés. Son beau visage sombre près du mien. Docteur Nelson, je suis fascinée. Le murmure de son sang perceptible à mon oreille tendue.»

Anne Hébert, Kamouraska, Paris, Seuil, 1973 (1970), 249 p., p. 42.