Célébrons les noces…

Marie-Hélène Voyer, Expo habitat, 2018, couverture…de l’anaphore et du zeugme, dans l’excellent recueil de poésie Expo habitat de Marie-Hélène Voyer (2018) :

Viens on va se garrocher
dans le foin
dans la paille
dans l’ensilage
dans la ripe
dans la moulée
dans l’engrais
dans la gravelle
dans la chaux
dans le vide
juste pour voir (p. 22).

P.-S.—Pour un autre zeugme, on clique ici.

Référence

Voyer, Marie-Hélène, Expo habitat, Chicoutimi, La Peuplade, 2018, 157 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Christophe Bernard

Christophe Bernard, la Bête creuse, 2017, couverture«En réalité, tout a débuté quand Monti a perdu sa première vie au tournoi de hockey juvénile du diocèse de Gaspé, où s’opposaient les paroisses les plus friandes de sport et de rancunes indélébiles» (p. 14).

«Le concierge dans l’ascenseur avait ses écouteurs sur les oreilles. Il dévisageait François qui, pour lui montrer qu’il s’en allait visiter quelqu’un, lui a agité le bouquet sous le nez jusqu’à ce qu’il soit dépouillé de ses pétales et de la joie qu’il apportait» (p. 31).

«François était revenu trois jours plus tard, avec une pneumonie et le genre de facture de Bell dont tu te sors plus» (p. 50).

«Avec sa mallette au manuscrit d’une tonne et quart, et le sentiment difficile d’avoir joué à Tetris quarante-huit heures en ligne» (p. 54).

«La une du Vivier, avec un mois de retard et comme une pointe d’hystérie, montrait la plus grosse courgette jamais enregistrée dans le canton» (p. 65).

«Après une absence de plusieurs mois, il était revenu du bois un bon jour, avec son fusil et sa gibecière, des idées de recettes et un bout de papier fripé […]» (p. 68).

«Tard dans la nuit, le facteur clopinait, sur une route estompée par la fatigue et le crachin, vers l’enseigne de l’estaminet où il avait laissé sur l’heure du dîner son verre et sa jasette» (p. 72).

Christophe Bernard, la Bête creuse, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p.

P.-S.—L’Oreille tendue a cessé sa récolte de zeugmes à la centième page du roman.

Ne vous compliquez pas la vie

Autrement dit : ne vous bâdrez pas de ceci ou de cela, ne vous laissez pas encombrer, importuner, embêter, déranger, embarrasser, fatiguer, ennuyer, gêner.

Exemples :

«Certes, ces mêmes étudiants sont fiers d’être ce qu’ils sont, fiers de leur culture québécoise, aussi, mais ça s’arrête là. Leurs communautés sont éparses et riches. Pourquoi se bâdrer d’un pays infirme ?» (la Route du Pays-Brûlé, p. 65)

«Je pense que c’est à notre tour maintenant de trouver une façon d’aller chercher de l’inspiration pour se renouveler hors des sentiers battus — en évitant de se badrer de considérations partisanes» (blogue).

Ephrem Desjardins propose une définition du verbe et une origine : «Bâdrer : déranger, embêter. “As-tu fini de m’bâdrer avec tes histoires ?”. Or. : de l’anglais to bother, déranger» (Petit lexique […], p. 32-33).

La Base de données lexicographiques panfrancophone, qui les trouve «familiers» ou «vieillis», et Léandre Bergeron connaissent une série de mots associés :

bâdrage («Action de bâdrer; ce qui en résulte»),

bâdrant, ante («(En parlant d’un être animé). Qui dérange, importune par sa présence, son comportement, ses propos»; «(En parlant de qqch.). Qui cause du désagrément, de la contrariété, du souci, de la gêne»; «Ennuyeux, importun»),

bâdré, ée («Ennuyé, gêné, contrarié»),

bâdrement («Chose qui dérange, ennuie, tracasse»),

bâdrerie («Chose qui dérange, ennuie, tracasse»; «Ennui, tracas, souci, contrariété, embarras, dérangement»),

bâdreux, euse («(Personne) qui dérange, importune par sa présence, son comportement, ses propos»; «Ennuyeux, importun, fatigant, bâdrant (en parlant d’une personne)» — mais aussi «Homme habile, capable, extraordinaire»; «Capable de choses peu ordinaires»).

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Desjardins, Ephrem, Petit lexique de mots québécois à l’usage des Français (et autres francophones d’Europe) en vacances au Québec, Montréal, Éditions Vox Populi internationales, 2002, 155 p.

Livernois, Jonathan, la Route du Pays-Brûlé. Archéologie et reconstruction du patriotisme québécois, Montréal, Atelier 10, coll. «Documents», 09, 2016, 76 p. Photographies de Justine Latour.

Les zeugmes du dimanche matin et de Gabrielle Roy

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, éd. de 1986, couverture«Ce n’était pas seulement parce que nous venions de mettre le pied dans le quartier sans doute le plus affligeant de Winnipeg, cette sinistre rue Water voisinant la cour de triage des chemins de fer, toute pleine d’ivrognes, de pleurs d’enfants et d’échappements de vapeur, cet aspect hideux d’elle-même que l’orgueilleuse ville ne pouvait dissimuler à deux pas de ses larges avenues aérées» (p. 12-13).

«Il est vrai, nos publics, avant la télé, avant la Culture et les ministères des Affaires culturelles, étaient peu exigeants» (p. 146).

«Chaque phrase sombrait dans une sorte de doux bredouillement un peu timide. Puis le vieil homme avait de nouveau retrouvé le fil en sondant apparemment les plis soyeux de sa barbe, comme quelque vieux nid tout plein de jongleries, de souvenirs et de mots tendres» (p. 150).

«Un médecin coréen venu jusque-là Dieu sait du bout de quelle vie la soigna presque mieux qu’elle ne l’avait jamais été, l’apaisa avec des paroles sages et des remèdes pas trop durs» (p. 168).

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, préface de Jean-Claude Guillebaud, avertissement de François Ricard, Paris, Arléa, 1986 (1984), 505 p.