L’oreille tendue de… Yvon Lambert et Guy Lapointe

Denis Richard, en collaboration avec Léandre Normand, Henri Richard. La légende aux 11 coupes Stanley, 2020, couverture

«La scène se passe dans une petite taverne située près du camp d’entraînement des Canadiens, qui se tient à Kentville, en Nouvelle-Écosse, à l’automne 1971. Tendant l’oreille vers la table voisine, nos deux moineaux [Yvon Lambert et Guy Lapointe] entendent Henri Richard lancer à un autre joueur, assis avec lui, “qu’une jeune recrue qui n’est pas capable de se taper cinq-six bières par jour n’a pas sa place dans le club”.»

Denis Richard, en collaboration avec Léandre Normand, Henri Richard. La légende aux 11 coupes Stanley, préface de Ronald Corey, avant-propos de Léandre Normand, Montréal, Éditions de l’Homme, 2020, 234 p., p. 209.

L’oreille non tendue de… Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint, les Émotions, 2020, couverture

«Nous partagions avec Pierre un certain nombre de références qui nous appartenaient en propre, une sorte de vocabulaire privé composé de mots et d’expressions idiomatiques qui nous étaient communs et qui établissaient un lien secret entre nous. La plus grande partie de ce répertoire devait laisser la plupart des gens indifférents mais revêtait pour nous une signification intime particulière qui nous faisait relever l’oreille quand un de ces termes surgissait au hasard dans la conversation.»

Jean-Philippe Toussaint, les Émotions, Paris, Éditions de Minuit, 2020, 237 p., p. 89.

L’oreille tendue de… Jeffrey Eugenides

Jeffrey Eugenides, Middlesex, éd. de 2004, couverture

«Elle détectait maintenant un léger accent. Elle attendit que la voix se fasse entendre de nouveau, mais il n’y avait plus que le silence. Une odeur de chaudière lui soufflait au visage. Elle se pencha plus près, tendant l’oreille.»

Jeffrey Eugenides, Middlesex, Paris, Seuil, 2004. Traduction de Marc Cholodenko. Édition numérique.

L’oreille tendue de… Mireille Cliche

Mireille Cliche, le Cœur-accordéon, 2020, couverture

«Bientôt l’hiver craquera après avoir beaucoup pleuré
Des restes de miroir lècheront les anses du lac
Des rameaux plus tendres
Caresseront les palais des cerfs
Du bout du sentier nous regardera peut-être
Un vieux mâle à peine troublé
Par nos pas dans le dégel
Je tendrai l’oreille au ruisseau déluré
Secouant son mica sous la glace mince
Revenus du Brésil ou de la Côte américaine
Des chants oubliés monteront du sommet des arbres
Parfois liquides parfois cassants les jours
Retrouveront teintes et sonorité
Des milliers de rigoles se fraieront un chemin
Dans la poussière le long des trottoirs
Nous verrons à nouveau presque incrédules
La vie reprendre son désordre
Ne restera de notre veille
Qu’une attente émerveillée»

Mireille Cliche, le Cœur-accordéon, Montréal, Éditions du Noroît, 2020.

L’oreille tendue de… Olga Tokarczuk

Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts, 2012, couverture

«Aujourd’hui, je devais attendre qu’elle ferme son temple, puis l’emmener avec Dyzio en Tchéquie, visiter une librairie qui vendait des œuvres de Blake. Bonne Nouvelle était en train de ranger des foulards. Elle parlait peu et quand elle prenait la parole, c’était avec une toute petite voix, de sorte qu’il fallait tendre l’oreille pour l’entendre.»

Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts, Paris, Noir sur blanc, 2012. Traduction de Margot Carlier. Édition numérique.