L’oreille tendue de… Leïla Slimani

Leïla Slimani, Assaut contre la frontière, 2026, couverture

«Je leur raconte [à ses enfants] la façon dont, au VIIIe siècle, les Arabes ont traduit avec une passion et une curiosité exemplaires les textes grecs qui allaient devenir les fondements de la civilisation occidentale. Je les invite à tendre l’oreille et même s’ils se moquent, même s’ils haussent les épaules, je leur fais entendre qu’algèbre, algorithme, zéro ou chiffre sont des mots d’origine arabe» (p. 49-50).

«Plus que jamais, alors que le modèle occidental est traversé par le doute et la peur du déclin, je crois qu’il faut défendre un autre universel et élargir notre univers littéraire en tendant l’oreille à des histoires nouvelles qui viennent perturber et faire assaut contre toutes les frontières qui nous enferment» (p. 71).

Leïla Slimani, Assaut contre la frontière, Paris, Gallimard, 2026, 73 p.

L’oreille tendue de… Alexie Morin

Alexie Morin, la Maison du rang Lynch, 2025, couverture

«Si la moindre logique spatiale s’appliquait encore, que le plan de la maison était seulement inversé, ça signifiait que Raphaëlle était de l’autre côté du corridor, et qu’il devait traverser. Il n’avait qu’à tendre l’oreille et suivre les pleurs. Il remplit ses poumons et retint son souffle.»

Alexie Morin, la Maison du rang Lynch. Roman. Le cycle de Wickford Mills, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 203, 2025, 394 p., p. 41.

L’oreille tendue de… Réjean Ducharme

Réjean Ducharme, Le nez qui voque, éd. de 2022, couverture

«Au restaurant, nous, Tate, nous étions placés, par inadvertance, dans le rayon d’action d’un quatuor d’adolescents d’école en rut. Ils parlaient porc et Chateaugué entendait tout ce qu’ils disaient. Même, elle écoutait, tendait l’oreille, riait. D’ailleurs, je crois que c’était pour elle qu’ils parlaient porc.»

Réjean Ducharme, Le nez qui voque. Roman, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 425-625, p. 491. Édition originale : 1967. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.

 

P.-S.—Parler «porc» ? Parler «cochon», évidemment.

L’oreille tendue de… Réjean Ducharme

Réjean Ducharme, Va savoir, éd. originale de 1994, couverture

«C’est à toi que je parle. Est-ce que tu m’entends ? Si je tends bien l’oreille et que ça gratte entre les cloisons, que ça craque au grenier, est-ce que tu me réponds ? Est-ce toi cette araignée qui plonge au bout de son fil et qui s’immobilise en plein dans le reflet de la braise ?… Viens, n’aie pas peur, je n’aurai pas peur, tu ne me feras jamais peur, même déguisée en précipice, en abîme.»

Réjean Ducharme, Va savoir. Récit, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 1547-1724, p. 1722-1723. Édition originale : 1994. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.

L’oreille tendue de… Réjean Ducharme

Réjean Ducharme, les Enfantômes, éd. originale de 1976, couverture

«On a loué une grosse voiture à Winnipeg et traversé l’Ontario presque d’un coup sec, tout à l’euphorie que le jeûne donne avec la fatigue, à cette sensation d’être sublime. On s’en allait à Arnprior, la ville portuaire natale de ma femme. (Alberta Turnstiff, comme j’ai dit.) Le moteur ronronnait, on roulait doucement dans la première neige, si mince, si claire, lune faite cendre et poussière. On débarquait deux minutes. On regardait, debout sur l’accotement, les jambes faibles comme des fils, on regardait, comme des fantômes par les fenêtres des limbes, une paroisse anglicane, emmitouflée dans les ténèbres blanches, dormir comme une enfant, respirer si bas qu’il fallait tendre l’oreille, la tendre encore, puis creuser davantage le silence.»

Réjean Ducharme, les Enfantômes. Récit, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 1213-1366, p. 1226. Édition originale : 1976. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.