L’oreille tendue de… Raposo

Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, 2017, couverture«Raposo, qui contient difficilement un éclat de rire — et depuis déjà quelques minutes —, imagine madame Barbou dans le couloir, châle sur les épaules, en train de tendre l’oreille, guettant le résultat de l’entretien» (p. 361).

«Pendant un long moment, Raposo reste immobile, sur le qui-vive, encore penché sur un paquet de livres. Il tend l’oreille. On n’entend rien d’autre que la voix de la rivière et le frouement soudain d’un oiseau» (p. 480).

Raposo «se tasse pourtant davantage sur lui-même, jusqu’à ce que les feuilles mouillées d’une fougère lui frôlent le visage. Il respire profondément, puis retient son souffle, tend l’oreille aux bruits pour situer l’endroit exact où se tiendra l’adversaire quand il se découvrira» (p. 485).

Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, traduction de Gabriel Iaculli, Paris, Seuil, 2017, 501 p.

L’oreille tendue de… Gustave Desnoiresterres

Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812

«Il n’y avait pas que des violents, que des paysans du Danube, dans ce Paris. Il y avait, et nous le savons, des dominateurs par l’esprit, et chaque salon subissait l’influence plus ou moins absolue de l’un de ces causeurs armés jusqu’aux dents, autour desquels on se pressait, l’oreille tendue, prêts à applaudir aux moindres choses qui sortaient de leurs lèvres : un Rivarol, un Chamfort, un Rulhières.»

Gustave Desnoiresterres, la Comédie satirique au XVIIIe siècle, Paris, Librairie académique Didier, Émile Perrin, libraire-éditeur, 1885, 458 p., p. 141.

Illustration : Anicet Charles Gabriel Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812.

L’oreille tendue de… Marie-Ernest Gellé

«Les mouvements accomplis dans ce travail particulier de recherche de la sensation acoustique la plus intense, sont des rotations de la tête, des inclinaisons de la tête et du corps, des immobilisations calculées pouvant aller jusqu’à l’arrêt de la respiration et jusqu’au ralentissement des battements du cœur. La figure, et l’ensemble des gestes de l’individu qui écoute sont caractéristiques, et bien connus des poëtes, des peintres et des sculpteurs. Il existe donc, au moment de la recherche de la direction du son, une succession de mouvements synergiques, harmoniques de tout le corps; et il est vrai de dire que l’homme qui écoute attentivement, retient son souffle, l’oreille tendue, la bouche béante.»

Marie-Ernest Gellé, De l’oreille. Anatomie normale et comparée, embryologie, développement, physiologie, pathologie, hygiène. Pathogénie et traitement de la surdité, Paris, A. Delahaye et Lecrosnier, 1880, 2 vol., vol. 1, 230 p., p. 36.

L’oreille tendue de… Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, 2018, couverture«André et lui s’étaient croisés deux ou trois fois dans des dîners parisiens, un homme onctueux aux mains légères et expressives, une voix si douce qu’il fallait parfois tendre l’oreille.»

Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, Paris, Albin Michel, 2018. Édition numérique : iBooks.

L’oreille tendue des… Goncourt

Portrait des Goncourt par Vallotton«Sur les boulevards, on voit les hommes, les femmes interroger de l’œil la figure qui passe, tendre l’oreille à la bouche qui parle, inquiets, anxieux, effarés.»

Edmond et Jules de Goncourt, Journal, 22 août 1870, dans Journal. Tome 2, 1864-1878, texte intégral établi et annoté par Robert Ricatte, Paris, Flammarion, 1959, 1277 p., p. 583.

Illustration : portrait des Goncourt par Félix Vallotton tiré du Livre des masques (vol. II, 1898) de Rémy de Gourmont, disponible sur Wikimedia Commons