L’oreille tendue de… Simenon

Simenon, Maigret et la Grande Perche, éd. de 1972, couverture

«Après le bruit du timbre à l’intérieur, il y eut un long silence. Les deux hommes tendaient l’oreille, ayant l’un comme l’autre la certitude d’une présence de l’autre côté du panneau, et se regardaient. Enfin une chaîne fut décrochée, le pène joua, une mince fente dessina l’encadrement de la porte.»

Georges Simenon, Maigret et la Grande Perche, Paris, Presses Pocket, coll. «Presses Pocket», 795, 1972 (1951), 190 p., p. 40-41.

L’oreille tendue de… Marcel Pagnol

Marcel Pagnol, la Gloire de mon père, éd. 2014, couverture

«Je courais à la salle à manger, et je revenais à pas lents, portant avec respect cette arme précieuse.

L’oncle ouvrait toujours la culasse, pour voir si le fusil n’était pas chargé.

Puis il allait se poster derrière la haie du jardin. Mon père, Paul et moi, nous formions un demi-cercle autour de lui. L’oncle, les sourcils froncés, l’oreille tendue, le dos voûté, essayait de voir à travers les feuilles, non pas ce pauvre chemin pierreux, mais les vignes dorées du Roussillon. Soudain, il lançait deux aboiements aigus et brefs. Puis, soufflant puissamment entre ses lèvres molles, il imitait l’envol ronflant d’une compagnie de perdreaux. Alors, il faisait le pas en arrière, et regardait intensément le ciel, au ras de la haie. Puis il épaulait vivement, donnait le petit coup sec, et criait : “Pan ! pan !” Sur quoi, nous rentrions tous les quatre la tête dans nos épaules contractées, et nous demeurions immobiles, les yeux fermés, prêts à supporter le choc d’un “volatile d’un kilo lancé à soixante à l’heure.”»

Marcel Pagnol, la Gloire de mon père, Paris, De Fallois, coll. «Fortunio», 2004 (1957), 227 p., p. 152.

L’oreille tendue de… Simenon

Simenon, les Scrupules de Maigret, éd. de 1972, couverture

«À un moment donné, j’ai entendu un bruit plus fort, comme si quelque chose de lourd tombait sur le plancher. J’ai hésité à me lever, prise de peur. L’oreille tendue, j’ai cru percevoir un râle. Alors, je me suis levée, j’ai passé ma robe de chambre et, sans bruit, je me suis dirigée vers l’escalier.»

Georges Simenon, les Scrupules de Maigret, Paris, Presses Pocket, coll. «Presses Pocket», 808, 1972 (1958), 185 p., p. 166-167.

L’oreille tendue de… Dante / Brea, et vice versa

Antoine Brea, l’Enfer de Dante mis en vulgaire parlure, 2021, couverture

«Ici, pour autant qu’on peut tendre assez
l’ouïe, y a nul pleur, mais des soupirements
qui troublent l’air sans futur ou passé;

ça provient de la douleur (sans tourments)
qu’éprouvent les masses en nombre et grandes
d’hommes, de dames et de garnements» (p. 48, vers 25-30).

 

«Donc on mit notre palabre au point mort,
et vers eux seuls on tendit l’oreillette» (p. 230, vers 38-39).

 

Antoine Brea, l’Enfer de Dante mis en vulgaire parlure. Poème, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 160, 2021, 390 p.

L’oreille tendue de… Eugène Savitzkaya

Eugène Savitzkaya, la Traversée de l’Afrique, 1979, couverture

«Bien sûr, le sang nous manquait, les fruits et l’air nous manquaient, le feu nous manquait, l’eau nous manquait. Rien ne nous manquait. À vrai dire, nous mentions sans cesse pour dissimuler notre richesse, notre ennui, notre inappétence. Et le pauvre jardinier ouvrait la bouche, tendait l’oreille, ébloui par tant de paroles.»

Eugène Savitzkaya, la Traversée de l’Afrique. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 1979, 144 p. Édition numérique.