Néologismes en -iste

Vous ne voulez pas faire de la politique comme tout le monde ?

Vous pouvez devenir utopragmatiste (@bibliomancienne), altersouverainiste (Quartier libre, 12, 3, 29 septembre 2004, p. 11) ou souveraindépendanratiste (Bernard Landry, dans une caricature de Chapleau, la Presse, 11 avril 2013, p. A22) et éviter le piège référendiste (@remolino).

Vous voulez faire de la politique comme tout le monde ?

Vous pouvez rester euro-triste (Éric le Boucher, à l’émission Esprit public, sur France Culture, en mars 2010), décliniste ou çavapétiste (Slate.fr).

P.-S. — Le / la librocubiculariste (@CollibrisLdL) n’a pas à se mêler de politique.

 

[Complément]

Sur Twitter, Marie-Hélène Voyer rappelle à l’Oreille tendue l’existence des trumpistes, ces partisans de Donald Trump.

Procrastinez-vous ?

Il n’y a pas que les lexicographes à chasser la nouveauté linguistique. Cela peut aussi arriver aux personnages de roman. Prenez Marc Langevin, dans Vox populi (2016) de Patrick Nicol. Bien installé dans la matériathèque de son cégep sherbrookois, il a tendu l’oreille.

Les mots naissent et meurent comme les espèces animales et les métiers. […] Ces temps-ci, «procrastination» jouit d’une grande popularité. Il n’est pas commun qu’un mot si long connaisse un tel succès, mais c’est notable : le terme revient souvent, dans toutes sortes de contextes. Les employés du cégep l’emploient, et pas seulement les profs. Les étudiants conjuguent le verbe «procrastiner». Le concept jouit d’un grand engouement, comme si remettre à plus tard était à la fois une mode, un fléau et un bon sujet de conversation. Il y a eu des reportages là-dessus, et sur Internet, à tout bout de champ, le mot revient. C’est drôle comment tout le monde s’emballe pour une idée, la même idée, tout le monde en même temps. On ne sait jamais comment elles commencent, ces affaires-là, mais elles se répandent et bientôt chacun les dit comme si elles venaient de lui, et personnellement. Marc sourit (p. 18-20).

Il est cependant légitime de penser que ce ne sont pas des personnages fictifs qui ont inventé, à destination des gens pressés, précrastination (la Presse+, 30 avril 2016) ou, à destination des amateurs de café et de procrastination, le néologisme procraféiner. (Dans le même ordre d’idées, il existe un substantif anglais, mais sans la deuxième r : procaffeination.)

P.-S. — Il est vrai que procrastination est populaire dans les universités, notamment chez les thésards.

P.-P.-S. — Le verbe procrastiner n’est pas conjugué que dans les établissements d’enseignements québécois; voir ici.

Référence

Nicol, Patrick, Vox populi, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 98, 2016, 89 p.

Onze néologismes pour un jeudi matin

Alimentaires

Doculinaire : une émission de télévision sur la cuisine, dixit la Presse+ du 12 août 2016 — comme s’il n’y en avait pas déjà assez.

Gorestronomie : «les morts-vivants al dente», annonce France Culture sur Twitter.

Néorésistance : boire du vin à une terrasse parisienne, écrivent Francis Gingras et Claire Legendre en parlant d’amis à eux («Sacrer ou se taire», Spirale, 256, printemps 2016, p. 28).

Poutinier : cela est en demande depuis quelques années déjà. La preuve ? «Profession : recruteurs de poutiniers» (la Tribune, 21 août 2010).

Entrepreneuriaux

Édupreneur : le professeur ne saurait être seulement un professeur, note @DirectionInfo.

Holacratie : en entreprise, ce modèle distribuerait les responsabilités «de manière plus équitable» (la Presse, 20 juin 2015, cahier Affaires, p. 9).

Rabbipreneur : c’est Dan Cohen, sur Twitter, qui a repéré ce mot désignant un être doué pour les affaires de ce monde (entrepreneur) et de l’au-delà (rabbi).

Repreneuriat : «Mot-valise en circulation depuis presque 20 ans et formé des termes “reprendre” et “entrepreneuriat”, le repreneuriat est l’acte d’acheter et de faire durer dans le temps une entreprise existante», explique la Presse+ du 14 juin 2016.

Animaux

Catio : c’est dehors, c’est pour chat, c’est une cage et ce n’en est pas une, affirme le Washington Post.

Moutondeuses : animal régional, s’il faut en croire Radio-Canada.

Oculaires

Dé-

Si tu peux gravir un mont, tu peux aussi le dégravir : «Bientôt nous avons dégravi le mont Phoscaos […]» (Salut, mon pope !, p. 199-200).

Si tu peux pendre ta veste, tu peux aussi la dépendre : «Il dépendit sa veste qu’il avait mise à un clou […]» (le Coup de Vague, p. 87).

Si tu peux te faire radicaliser ou embrigader, tu peux aussi te faire déradicaliser ou désembrigader : «Le terme “déradicalisation”, largement décrédibilisé, commence à être remplacé par “désembrigadement” dans le discours institutionnel» (@_DavidThomson).

Si tu peux prioriser quelque chose, tu peux le déprioriser : «Dans les faits, bien entendu, si vous établissez certaines priorités, vous en dépriorisez» (le Devoir, 21 juillet 2016, p. A8).

Si tu peux te faire sodomiser, tu peux te faire désodomiser : «C’est toi le petit génie, non ? répondit un autre inspecteur concentré sur la meilleure façon de désodomiser la troisième victime» (Yeruldelgger, p. 30).

Références

Manook, Ian, Yeruldelgger, Paris, Albin Michel, coll. «Le livre de poche. Policier», 33600, 2016 (2013), 646 p. Avant-propos inédit de l’auteur.

San-Antonio, Salut, mon pope ! Roman spécial-police, Paris, Fleuve noir, coll. «S.A.», 25, 1974 (1966), 254 p.

Simenon, Georges, le Coup de Vague, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 1935, 1978 (1939), 151 p.

Néologismes numériques du vendredi matin

Il y a la baladodiffusion; il y a le balado, au masculin, dixit l’Office québécois de la langue française.

Il y a le bricoleur; il y le bricodeur — le hacker —, dixit le glossaire de labfab.fr.

Il y a l’agriculteur; il y a l’ageekculteur, dixit l’Usine digitale (sic, sic et sic).

Il y a l’ennui; il y a le borecore — le partage du rien sur Internet —, dixit le New York Times, relayé par les Inrocks.

On n’arrête pas le progrès.