Néologisphère

«Cériumosphère»Nous connaissions déjà la biblioblogosphère, la dieudosphère, la complosphère, la bobosphère et la réacosphère.

Souhaitons la bienvenue à la trumposphère (Stéphan Bureau, émission de radio Gravel le matin, 12 juin 2017), à la comicosphère (Liberté, 316, été 2017, p. 39), à la catosphère, à la fachosphère et à la conosphère, à la patriotosphère et, bien sûr, à la cériumosphère.

P.-S.—Vous préférez l’anglais ? La thoughtsphere est peut-être pour vous.

Néologismes de bouche du mercredi matin

AvolatteVous buvez votre café dans une pelure d’avocat ? C’est un avolatte, dit la Presse+ du 27 mai 2017.

Vous prisez l’apéritif à base d’érable ? Vous faites dans l’acéritif, parole d’Office québécois de la langue française.

Ces deux produits relèvent peut-être de la gastroéconomie, soit l’économie de la gastronomie (@CaribouMag). Ou pas.

Toujours dans le registre financier, on parle dorénavant de canabusiness. Il ne s’agit pas des affaires du Canada, mais de commerce du cannabis (@lkblais).

Il est encore question de passage en bouche, au sens large, dans cette citation d’Antoine Robitaille : «Remarquez, ce n’est pas toujours facile avec les lecteurs-militants de QS [Québec solidaire]. Toute nuance aux apparences critiques sera interprétée par eux comme une attaque. Le militant réclame la plupart du temps des articles au ton “fellatoire” (si vous me permettez un néologisme).» (L’Oreille tendue vous le permet.)

La néologIE du mercredi matin

Poétocratie, couvertureAthlétométrie : méthode d’analyse statistico-sportive défendue par Philippe Navarro (2014).

Cauchemarologie : étude cauchemardeuse (@franceculture).

Dette-cratie : la soumission par la dette (en vidéo).

Éphébophilie : est aux adolescents ce qu’est aux enfants la pédophilie.

Exomusicologie : «Qu’est-ce que l’exomusicologie ?» (@dcdb) La question se pose, en effet.

Extrêmophilie : «De + en +, on doit tenir compte que nos sondes pourraient contaminer les planètes qu’elles visitent : extrêmophiles. http://news.nationalgeographic.com/2016/09/mars-journey-nasa-alien-life-protection-humans-planets-space/» (@MatthieuDugal).

Ludothérapie : jouer pour guérir (@franceculture).

Nanarophilie : la passion du navet, pour Antonio D. Leiva et Simon Laperrière (2015). Pas le légume.

Néomanie : l’amour du nouveau (@franceculture).

Poétocratie : les poètes au pouvoir, chez Fabula.

Sociocratie : «un mode de gouvernance inventé par l’ingénieur Gerard Endenburg aux Pays-Bas, [qui] existe depuis les années 70. Tout comme l’holacratie, la sociocratie fonctionne selon des cercles de concertation et rejette la pyramide hiérarchique pour les prises de décision» (la Presse, 20 juin 2015, cahier Affaires, p. 9).

Teutomanie : l’amour de l’Allemagne, selon Victor Klemperer (1996, p. 307).

Tocophobie : la peur d’accoucher, dixit la Presse+ du 7 février 2017.

Références

Dominguez Leiva, Antonio et Simon Laperrière, Éloge de la nanarophilie, Neuilly-lès-Dijon, Le murmure, coll. «Borderline», 2015, 75 p.

Klemperer, Victor, LTI, la langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue, Paris, Albin Michel, coll. «Agora», 202, 1996, 372 p. Traduit de l’allemand et annoté par Élisabeth Guillot. Présenté par Sonia Combe et Alain Brossat.

Navarro, Philippe, La puck roulait pas pour nous autres… 44 saisons de la LNH décortiquées, Québec, Sylvain Harvey, 2014, 191 p. Préface de Mathias Brunet.

Les dix néologismes anatomiques du jour

Ils se trouvent trop gros ? «C’est aujourd’hui que j’apprends l’existence du mot “bigorexie” pour désigner l’obsession du corps parfait chez les jeunes hommes» (@Hortensia68).

Quel que soit leur âge, ils le trouvent trop court / fluet ? «La lipopénosculpture, l’allongement et l’épaississement du pénis, existe en France depuis 1992…» (@franceculture)

Ils s’en servent pour s’exprimer ? Voilà, via @mcbeaucage, le sens de pénispliquer, traduction proposée de mainsplain, cette façon condescendante pour certains hommes d’expliquer quelque chose à des femmes qui connaissent mieux qu’eux la question traitée.

Ils soignent leurs poils ? «Néologisme du jour : “barbestache”. Il paraît que ça désigne le look “petite barbe, grosse moustache”. On n’arrête pas le progrès» (@Hortensia68).

Elles veulent se débarrasser des leurs ? Il y a le vajacial pour cela, dixit la Presse+ du 5 août 2016 : «Oui, vous avez bien lu : il s’agit d’un service de type soin facial, mais pour les parties intimes, censé conjurer boutons et poils incarnés — notamment indiqué pour celles qui pratiquent l’épilation intégrale dite “brésilienne”, qui vient souvent avec ce genre de problèmes.»

Elles veulent aller à la plage, mais sans bronzer ? Le face-kini est pour elles.

Elles, aussi, se trouvent trop grosses ? Le fatkini viendrait à leur rescousse, comme l’ensemble de la fatshion, la mode (fashion) pour celles qui considèrent avoir un problème de poids (fat).

Elles défendent la mammographie ? Ce serait des adeptes du mamming.

Bref, si la sexospécifité, selon l’Organisation mondiale de la santé, est affaire de «comportements», d’«activités» et d’«attributs sociaux», elle est également affaire de langue.

Les néologismes du numérique et du vendredi matin

La langue du numérique ne cesse de s’enrichir de nouveaux mots. On en trouvera huit ci-dessous, certains récents, d’autres un peu moins.

Comment appeler «un projet d’infrastructure en ligne ayant pour but d’ouvrir la voie à des opportunités nouvelles d’étude des mots qui transportent les gens à la fois au et sur le Canada» ? Un collaboratoire.

Ce serait, en quelque sorte, le contraire du putaclic, ainsi défini par le quotidien belge le Soir : «Dont le titre ou le résumé ont un caractère racoleur, de manière à provoquer une diffusion virale.»

Si vous fréquentez la réacosphère et si cela vous gêne, pourquoi ne pas en imputer la responsabilité au putaclic ou à la naviguerrance, le «fait de passer du temps à naviguer au hasard sur Internet, d’errer de lien en lien, de s’égarer dans les dédales du Web, se laissant distraire par l’information quasi illimitée disponible, au point d’en oublier l’objet de sa recherche initiale» (dixit l’Office québécois de la langue française) ? Profitez de l’occasion pour vous plaindre de la fragmentation, notamment idéologique, de la Toile, le Splinternet.

Quoi qu’il en soit, évitez la pornovengeance et le shitposting (sur les réseaux sociaux, reprendre et diffuser des images sans grande qualité visuelle et sans rapport avec la discussion en cours).

Au besoin, consultez des Numéricains.