Dé-

Si tu peux gravir un mont, tu peux aussi le dégravir : «Bientôt nous avons dégravi le mont Phoscaos […]» (Salut, mon pope !, p. 199-200).

Si tu peux pendre ta veste, tu peux aussi la dépendre : «Il dépendit sa veste qu’il avait mise à un clou […]» (le Coup de Vague, p. 87).

Si tu peux te faire radicaliser ou embrigader, tu peux aussi te faire déradicaliser ou désembrigader : «Le terme “déradicalisation”, largement décrédibilisé, commence à être remplacé par “désembrigadement” dans le discours institutionnel» (@_DavidThomson).

Si tu peux prioriser quelque chose, tu peux le déprioriser : «Dans les faits, bien entendu, si vous établissez certaines priorités, vous en dépriorisez» (le Devoir, 21 juillet 2016, p. A8).

Si tu peux te faire sodomiser, tu peux te faire désodomiser : «C’est toi le petit génie, non ? répondit un autre inspecteur concentré sur la meilleure façon de désodomiser la troisième victime» (Yeruldelgger, p. 30).

Références

Manook, Ian, Yeruldelgger, Paris, Albin Michel, coll. «Le livre de poche. Policier», 33600, 2016 (2013), 646 p. Avant-propos inédit de l’auteur.

San-Antonio, Salut, mon pope ! Roman spécial-police, Paris, Fleuve noir, coll. «S.A.», 25, 1974 (1966), 254 p.

Simenon, Georges, le Coup de Vague, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 1935, 1978 (1939), 151 p.

Néologismes numériques du vendredi matin

Il y a la baladodiffusion; il y a le balado, au masculin, dixit l’Office québécois de la langue française.

Il y a le bricoleur; il y le bricodeur — le hacker —, dixit le glossaire de labfab.fr.

Il y a l’agriculteur; il y a l’ageekculteur, dixit l’Usine digitale (sic, sic et sic).

Il y a l’ennui; il y a le borecore — le partage du rien sur Internet —, dixit le New York Times, relayé par les Inrocks.

On n’arrête pas le progrès.

Réunion festive soft

Dans un épisode antérieur, le 29 juin 2012, il a été question du verbe chiller et de l’épithète chill.

Il y a quelques jours, l’Oreille tendue a découvert le substantif masculin chilling. Exemple : Je vais à un chilling chez Makayla. Le chilling, selon l’échantillon sondé (n = 1), est une forme de rencontre, de réunion, de rassemblement. Ce n’est pas tout à fait un party.

En revanche, on ne se livrerait pas au chilling, comme on se livre à la danse ou au macramé. Ce n’est pas une pratique. On n’est donc pas un adepte du chilling.

Yapadkoi.

Néologie sexuelle non carnée du jour

En 2013, l’Oreille tendue avait croisé les végésexuels : «ceux qui choisissent de n’avoir des relations intimes qu’avec des végétariens» (Radio-Canada, via @PimpetteDunoyer).

Ce matin, dans le Devoir, elle tombe sur le vegansexuel : celui qui ne «couche qu’avec des adeptes du même régime» (p. A5).

Elle aurait dû le prévoir.

P.-S. — Végésexuel et vegansexuel sont en bonne compagnie.

Contacts de langues

Une langue ne vient jamais seule. Comment décrire les contacts des langues entre elles ?

Banalement, on peut parler de bilinguisme, même si Paul Zumthor ou François Grosjean ont montré la complexité des phénomènes que recouvre ce mot.

D’autres termes sont venus se subsituer à lui, ou le compléter : colinguisme (Renée Balibar), plurilinguisme (Lise Gauvin), hétérolinguisme (Rainier Grutman), multinguisme (François Ost), mixtilinguisme (Jeanne Bem et Albert Hudlett).

Ce matin, l’Oreille tendue découvre translingue (Cecilia Allard et Sara De Balsi).

On n’arrête pas le progrès.

Références

Allard, Cecilia et Sara De Balsi (édit.), le Choix d’écrire en français. Études sur la francophonie translingue, Amiens, Encrage, coll. «Agora», 2016, 122 p.

Balibar, Renée, Histoire de la littérature française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2601, 1993 (deuxième édition corrigée), 127 p.

Bem, Jeanne et Albert Hudlett (édit.), Écrire aux confins des langues. Actes du Colloque de Mulhouse (30, 31 janvier et 1er février 1997), Mulhouse, Université de Haute-Alsace, Centre de recherche sur l’Europe littéraire (CREL), coll. «Créliana», hors série I, automne 2001, 206 p. Ill.

Gauvin, Lise (édit.), les Langues du roman. Du plurilinguisme comme stratégie textuelle, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 1999, 176 p.

Grosjean, François, Parler plusieurs langues. Le monde des bilingues, Paris, Albin Michel, 2015, 228 p. Ill.

Grutman, Rainier, Des langues qui résonnent. L’hétérolinguisme au XIXe siècle québécois, Montréal, Fides — CÉTUQ, coll. «Nouvelles études québécoises», 1997, 222 p.

Ost, François, Traduire. Défense et illustration du multilinguisme, Paris, Fayard, coll. «Ouvertures», 2009, 421 p.

Zumthor, Paul, «Moyen Âge (langue et littérature)», dans Daniel Couty, Jean-Pierre de Beaumarchais et Alain Rey (édit.), Dictionnaire des littératures de langue française : G – O, Paris, Bordas, 1984, tome 2, p. 1576-1579.