Préfixe du jour

Yves Boisvert, la Presse+, 18 août 2019, titre

Dans sa chronique du jour du quotidien montréalais la Presse+, Yves Boisvert répond aux gens qui, pour cause d’écoanxiété, décident de ne pas faire d’enfant : «Oui, cette idée de déprocréation, ça se comprend. Les raisons de désespérer sont nombreuses et spectaculaires.» Boisvert ne partage pourtant pas cette idée.

L’oreille de l’Oreille tendue s’est tendue devant le préfixe dé- dans déprocréation. Pourquoi pas refus de la procréation ou non-procréation, voire improcréation ?

Le préfixe dé- a les sens suivants suivant le Petit Robert (édition numérique de 2018) : «Élément, du latin dis-, qui indique l’éloignement (déplacer), la séparation (décaféiné), la privation (décalcifier), l’action contraire (décommander, défaire, démonter).» S’appliquent-ils ici ?

Éliminons «l’éloignement» et «la séparation» : ce n’est manifestement pas ce qui est en cause. De même, «l’action contraire» n’est pas envisageable : il ne s’agit pas de revenir à un état antérieur à la création (en décommandant, en défaisant ou en démontant un enfant — façon de parler).

Reste «la privation». Prenons l’exemple du Robert, décalcifier : «Priver d’une partie de son calcium.» Encore une fois, il est difficile d’enlever quelque chose au type de création dont il est question. L’enfant existe ou pas.

Bref, l’Oreille tendue n’est pas convaincue par le mot (par les arguments de Boisvert, en revanche, si), ce qui ne veut rien dire : l’usage tranchera.

P.-S.—Pour l’instant, si l’on se fie à Google, Yves Boisvert est une des très rares personnes à avoir employé le mot. (Ô ironie ! L’Oreille s’ajoutera bientôt à ce petit nombre.)

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Quelques ouvrages récents sur la langue ? À votre service.

Bard, Christine et Frédérique Le Nan (édit.), Dire le genre. Avec les mots, avec le corps, Paris, CNRS éditions, 2019, 304 p.

Bernhard, Delphine, Maryvonne Boisseau, Christophe Gérard, Thierry Grass et Amalia Todirascu (édit.), la Néologie en contexte. Cultures, situations, textes, Limoges, Lambert-Lucas, coll. «La Lexicothèque», 2018, 304 p.

Candea, Maria et Laélia Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, Paris, La Découverte, coll. «Cahiers libres», 2019, 238 p.

Cannone, Belinda et Christian Doumet (édit.), Dictionnaire des mots parfaits, Vincennes, Éditions Thierry Marchaisse, 2019, 216 p.

Guérin, Françoise et Laurence Brunet (édit.), Actes du XXXVIIIe Colloque international de linguistique fonctionnelle. La Rochelle, France 17-21 octobre 2016, Louvain, EME éditions, coll. «Actes de la SILF», 2019, 96 p.

Highway, Tomson, Pour l’amour du multilinguisme. Une histoire d’une monstrueuse extravagance, Montréal, Mémoire d’encrier, coll. «Cadastres», 2019, 72 p. Traduction de Jonathan Lamy.

Kelly, Michael, Hilary Footitt et Myriam Salama-Carr (édit.), The Palgrave Handbook of Languages and Conflict, Palgrave Macmillan, 2019, xv/527 p.

Lapalme, Georges-Émile, Lecture, littérature et écriture, Montréal, Del Busso éditeur, 2019, 227 p. Textes choisis, présentés et édités par Claude Corbo.

Manesse, Danièle et Gilles Siouffi (édit.), le Féminin & le masculin dans la langue. L’écriture inclusive en questions, Paris, ESF et Cahiers pédagogiques, 2019, 208 p.

Mortamet, Clara (édit.), l’Orthographe. Pratiques d’élèves, pratiques d’enseignants, représentations, Rouen, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2019, 254 p.

Office québécois de la langue française, Direction de la recherche, de l’évaluation et de la vérification interne, Rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec, Montréal, Office québécois de la langue française, 2019, xx/126 p.

Romainville, Anne Sophie, les Faces cachées de la langue scolaire. Transmission de la culture et inégalités scolaires, Paris, La dispute, coll. «L’enjeu scolaire», 2019, 224 p.

Seithumer, Ingrid et Lili Scratchy, la Grande Aventure du langage, Arles, Actes Sud junior, 2019, 64 p.

Sorensen, Janet, Strange Vernaculars. How Eighteenth-Century Slang, Cant, Provincial Languages, and Nautical Jargon Became English, Princeton, Princeton University Press, 2017, 352 p.

Taylor, Charles, l’Animal langage. La compétence linguistique humaine, Montréal, Boréal, 2019, 472 p. Traduction de Nicolas Calvé.

Viennot, Bérengère, la Langue de Trump, Paris, Les Arènes, 2019, 152 p.

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Michel Francard, Tours & détours le retour, 2018, couvertureCi-dessous, quelques ouvrages récents sur la langue, classés, comme il se doit, par ordre alphabétique de titres.

À la recherche d’un signe perdu : J. B. de La Brosse, S. J., Eléments de langue montagnaise (1768), Chemins de tr@verse, coll. «Chartæ neolatinæ», 2018, 312 p. Édition du texte latin, traduction de Jean-François Cottier. Commentaire linguistique de Renée Lambert-Brétière.

Petitjean, André, Approches linguistique et stylistique de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, coll. «Langages», 2018, 219 p.

Arborescences, 7, 2017. URL : <https://www.erudit.org/fr/revues/arbo/2017-n7-arbo03935/>. Dossier «La norme orale en français laurentien», sous la direction de Marie-Hélène Côté et Anne-José Villeneuve.

Petitpas, Thierry, Français informel en classe de langue. Vocabulaire familier et populaire, Paris, L’Harmattan, 2018, 210 p.

Offord, Derek, Vladislav Rjéoutski et Gesine Argent, The French Language in Russia. A Social, Political, Cultural, and Literary History, Amsterdam, Amsterdam University Press, coll. «Languages and Culture in History», 2018, 702 p. Ill.

Colombat, Bernard, Bernard Combettes, Valérie Raby et Gilles Souffi (édit.), Histoire des langues et histoire des représentations linguistiques, Paris, Honoré Champion, coll. «Bibliothèque de grammaire et de linguistique», 61, 2018, 564 p.

Rey, Alain, Hommage aux mots. L’intelligence des dictionnaires, Paris, Hermann, coll. «Vertige de la langue», 2018, 262 p.

Nunez, Laurent, Il nous faudrait des mots nouveaux, Paris, Le Cerf, coll. «Culture», 2018, 192 p.

Françoise, Frazier et Olivier Guerrier (édit.), la Langue de Jacques Amyot, Paris, Classiques Garnier, coll. «Rencontres», 352, série «Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne», 98, 2018, 232 p.

Neologica, 12, 2018, 276 p. Dossier «Lexique : nouveauté et productivité».

Périard, Mario, l’Orthographe, un carcan ? Une déconstruction du mythe orthographique de A à Z, Montréal, M éditeur, 2018, 144 p.

Calabrese, Laura et Marie Veniard (édit.), Penser les mots, dire la migration, Louvain-la-Neuve, Éditions Academia, coll. «Pixels», 2018, 204 p.

Francard, Michel, Tours & détours le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique, Bruxelles, Racine, 2018, 176 p. Illustrations de Cäät.

Trois petites choses sur Gérard Genette

Le théoricien français Gérard Genette vient de mourir à 87 ans.

Il était apparu chez l’Oreille tendue pour deux néologismes : «palimpsestueux» et «anarchiviste».

Rappelons encore ces quelques lignes à la fin de Palimpsestes (1982, p. 455) :

Gérard Genette, Palimpsestes, 1982, p. 455Il avait l’oreille.

Référence

Genette, Gérard, Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil, coll. «Poétique», 1982, 467 p.

Autopromotion 362

Frontispice de l’Encyclopédie, 1772

Dix-huitiémiste de son état, l’Oreille tendue s’intéresse aussi, depuis de nombreuses années, à la littératique, le domaine des relations entre la littérature et l’informatique, selon le néologisme créé par son ancien collègue Robert Melançon.

Depuis 2012, elle donne une conférence unissant ces deux champs d’intérêt, «Diderot : de l’Encyclopédie à Wikipédia», souvent pour le public de l’Université du troisième âge de l’Université de Sherbrooke.

Elle vient de tirer un court texte de cette conférence. Ses amis de la revue numérique Sens public le publient aujourd’hui, sous le titre «Les vertus utopiques de l’encylopédisme». Merci à eux.

Illustration : Louis-Benoît Prévost, frontispice de l’Encyclopédie, 1772