État des lieux

Instrument de sélection littéraire

 

Pour le dire médiévalement, l’Oreille tendue se prépare à envoyer à son éditeur un bréviaire tiré de ce blogue. Elle a passé la Zamboni sur son manuscrit pour la deuxième fois aujourd’hui.

De quoi ce manuscrit a-t-il l’air ? Pour l’instant, il compte 83 000 mots, pour 305 entrées. Le blogue en comptant 2789, c’est dire que la sélection a été sanglante; il a fallu utiliser de solides outils pour y arriver.

Maintenant ? Ce devrait être chez l’éditeur au plus tard le 31 août, une fois reçus et intégrés commentaires et suggestions de lecteurs triés sur le volet.

Ça s’appellera, sans surprise, l’Oreille tendue.

P.-S. — L’Oreille ne s’en cache pas : publicitairement, elle souhaite mettre à profit quelques leçons tirées d’un article récent de René Audet, «Des sous-produits éditoriaux au secours de la littérature. Stratégies de construction d’image chez les éditeurs québécois contemporains» (Études françaises, 52, 2, 2016, p. 65-86. URL : <http://www.erudit.org/revue/etudfr/2016/v52/n2/index.html>).

Extension du domaine du moratoire

L’Oreille tendue a souvent eu l’occasion de proposer des moratoires sur l’utilisation de certaines formules toutes faites dans les titres (de presse, de colloque, de texte scientifique, d’entrée de blogue, etc.).

Elle en a assez de «Tradition et modernité», de «Mythes et réalité», des «Liaisons dangereuses», des «Ovnis» et des «Tsunamis», des «Le jeu du X et du hasard» — et, bien sûr, des chiasmes en série.

Elle propose d’ajouter à cette liste (non exhaustive) les variations sur «Extension du domaine de Y» (merci Michel Houellebecq).

Des exemples ?

«Extension du domaine des lettres – Congrès international 2017 de la Société d’étude de la littérature et de langue française du XXe et du XXIe siècles.»

«Le journalisme de données, une extension du domaine de la fuite», le Devoir, 9-10 avril 2016, p. B2.

«Extension du domaine du corps», le Devoir, 21-22 novembre 2015, p. E5.

«[Extension du domaine du jeu] Tremblez, le Parti communiste chinois a compris les jeux vidéo» (@Rue89).

«Nicolas Sarkozy annonce sa candidature à la présidentielle dans un livre. Extension de la politique au domaine du littéraire et inversement» (@passouline).

«Trottoir montréalais • Extension du domaine de la vente de garage (http://bit.ly/17F8EFg) • http://twitpic.com/ckzdg4» (@benoitmelancon).

«Extension du domaine du baveux

«Extension du domaine du soutif

«De l’extension du domaine de la broche à foin

«Extension du domaine de la bibliothéconomie

Merci à l’avance.

Première(s) connexion(s)

Plusieurs générations de disquettes

 

En ce 23 août, on célèbre la naissance du Web, d’où le mot-clic #internautday.

L’ami François Bon a mis sur YouTube une vidéo racontant sa première connexion.

 

 

Celle de l’Oreille tendue ? Ses souvenirs sont, comme toujours, moins précis, mais cela pourrait donner quelque chose comme ce qui suit.

Elle eu des adresses de courriel, dès la fin des années 1980, sur aol.com et sur compuserve.com, puis sur un serveur universitaire à partir de 1991.

En 1992, de Paris, elle a lancé une bibliographie numérique sur le XVIIIe siècle à partir d’un Minitel branché à Internet (si si). (Cette bibliographie existe toujours.)

De 1994 à 1999 (ou dans ces eaux-là), avec Christian Allègre, Jean-Claude Guédon et Michel Pierssens, elle a cogéré — les plus vieux se souviendront peut-être de la chose — un site gopher. Cela s’appelait, nécessairement sans accent, «Litteratures».

Elle a monté ses premières pages Web, dans un éditeur de texte, presque au moment même de l’apparition d’Internet pour le grand public.

Elle a publié un livre sur le courrier électronique, Sevigne@Internet, en 1996, fruit d’une conférence de l’année précédente.

Le 18 mars 1997, elle donnait pour la première fois une séance de cours, à l’Université de Montréal, sur «Informatique et littérature» (elle a été reçue assez fraîchement).

Au fil des âges numériques, elle a utilisé au moins quatre formats de disquettes, sans compter d’autres supports de stockage — les mêmes que François B.

En années Internet, l’Oreille n’est plus jeune jeune.

(Merci à Larry Bongie pour la photo.)

Du roman comme manuel

Certaines mauvaises langues disent que la littérature est inutile. C’est évidemment faux. En lisant des œuvres de fiction, on peut apprendre des choses rares, par exemple la façon d’utiliser un moteur de recherche.

Soit le cas de Yeruldelgger (2013), le polar d’Ian Manook :

Le moteur de recherche lui proposa quatre-vingt mille résultats pour «chef, patronat, Corée». Elle en réduisit le nombre à douze mille en ajoutant «visite Mongolie», puis filtra encore les résultats en ajouant «naadam» à sa recherche pour obtenir cent huit réponses (éd. de 2016, p. 304);

Park Kim Lee était un patronyme plutôt connu avec quarante-sept millions d’entrées sur le moteur de recherche, mais en quelques mots-clés relatifs aux affaires, à la fortune et au business, Solongo éliminina les acteurs, les joueurs de foot et autres quidams pour isoler quelques milliers de résultats seulement, avant de cliquer sur l’option image (éd. de 2016 p. 311).

Merci pour la (double) leçon, Monsieur le professeur. Que ferions-nous sans vous ?

Référence

Manook, Ian, Yeruldelgger, avant-propos inédit de l’auteur, Paris, Albin Michel, coll. «Le livre de poche. Policier», 33600, 2016 (2013), 646 p.

Autopromotion 253

L’Oreille se sert beaucoup de sa bouche, notamment pour donner des entrevues. Deux ont paru aujourd’hui.

L’une, par Catherine Lévesque, porte sur le français du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Ça se trouve dans le Huffington Post Québec et ça prolonge ceci.

L’autre, par Charles-Éric Blais-Poulin, dans la Presse+, aborde un sujet qui intéresse l’Oreille depuis… plus de vingt ans : que reste-t-il de la lettre à l’ère du numérique ? Réponse brève : beaucoup de choses.