Archives pour la catégorie Numérique

Accouplements 09

(Accouplements : une rubrique où l’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux textes d’horizons éloignés.)

À l’ère numérique, les notes (marginales, de bas de page, de fin de chapitre, de fin d’ouvrage) sont-elles encore utiles ?

Tim Parks, dans The New York Review of Books (13 septembre), croit que non, du moins pas dans tous les cas ni avec la même précision.

Do readers need to know that Yale University Press is based in New Haven and Knopf in New York ? How does this add to their ability to track down a quotation ? Once one has the title and the surname of the author, do we really need the author’s initials or first name […] ? But the real question is, are we never going to acknowledge that modern technology has changed things ?

Dans The New Yorker (5 septembre), Nathan Heller croit que si.

This augmentative beauty is what’s lost when back matter is banished to a third literary space like the Internet. Books are not a perfect technology — they may not even, at this point, be the best technology for reading — but they’re exquisitely compact. […] When you leave for a beach weekend, you do not need to pack a novel and its final chapters separately; no one spends hours searching her bookshelves for the endnotes to a volume in her hand. («I feel like I just saw them yesterday !») So why are publishers forcing readers to do that on laptops ? The reading of books, we’re often told, is imperilled. If that’s true, we ought not be driven toward increased distraction.

L’Oreille, elle, aime les notes — où qu’elles soient.

 

Autopromotion 133

Article sur Christian Vandendorpe dans Wikipédia

Au moment de la retraite de son collègue, et néanmoins ami, Christian Vandendorpe, l’Oreille tendue avait contribué à un volume de Mélanges en son honneur. Elle met aujourd’hui cette contribution en ligne (PDF).

Référence

Melançon, Benoît, «Journal d’un (modeste) Wikipédien», dans Rainier Grutman et Christian Milat (édit.), Lecture, rêve, hypertexte. Liber amicorum Christian Vandendorpe, Ottawa, Éditions David, coll. «Voix savantes», 32, 2009, p. 225-239.

Autopromotion 131

Dix-huitième siècle, 46, 2014, couverture

Avec son collègue Glenn H. Roe, l’Oreille tendue vient de publier un article intitulé «Penser le numérique aujourd’hui. Réflexions dix-huitiémistes» dans le 46e numéro de la revue Dix-huitième siècle («Des recherches dix-huitiémistes aujourd’hui», 2014).

La table des matières de ce numéro est disponible ici.

Notes de périple II

Suite du récit entrepris hier.

Trame onomastique

Une ferme qui s’appelle Philmardo ? Vraiment ?

À Coaticook, Moment Factory a créé Foresta Lumina. La langue abénaquise rencontre l’anglais et le latin. (Dans un ordre d’idées différent : le «tableau» final de cette création était fabuleux.)

Foresta Lumina, Coaticook, Québec, août 2014

Trame lexicale

Devant telle affiche, l’Oreille perd les siens.

Repère ou repaire ? (Coaticook, Québec, août 2014)

Trame poétique

Poésie syndicale :

Le gouvernement a aucune ouverture
I va comme un bulldozure
(Yves Francœur, Radio-Canada, 21 août)

Poésie banlieusarde (le long de l’autoroute 10, juste à l’extérieur de Montréal, ces trois œuvres) :

4-5-0
Boulot
Apéro

Maison
Réunion
Sans
Juron

Prospère
Repaire
D’affaires

Trame sonore

Ah ! le calme de la campagne ! Pour résumer (au risque de quelques oublis) : hors-bord, tondeuse, tchén’ssâ, marteau, voisins, cloueuse et son compresseur, taille-bordures, rétrocaveuse, enfants («Ah ! J’ai du sable dans les fesses !»). La sainte paix, quoi.

Heureusement qu’il y avait France Culture et ses baladodiffusions, notamment celles de Place de la toile. S’agissant de cette émission, l’Oreille avait un considérable retard. Elle a découvert des livraisons fascinantes : sur le bitcoin, la photo («Nous sommes devenus des touristes du quotidien», André Gunthert), le règne des logiciels (avec Lev Manovich), la propriété intellectuelle, l’inexistence du virtuel, beaucoup d’autres.

Elle regrettera cette série aujourd’hui disparue. La cloueuse, moins.

Trame gastronomique

Pourquoi et quand le spaghetti dit «italien» des restaurants servant des «mets canadiens» du Québec est-il devenu immangeable ?

Trame architecturale

Comment reconnaître une maison construite récemment au Québec ? Par l’absence d’arbres autour d’elle. C’est tellement pratique pour passer la tondeuse.

Comment mesurer l’analphabétisme au Québec ? Par l’absence d’éclairage adéquat pour lire dans les maisons de location.

Trame historique

Entourée d’une partie de sa famille, l’Oreille s’est livrée, en phosphorescence, à une partie de minigolf dans une église reconvertie. Décor ? Entre autres époques, la médiévale.

Minigolf médiéval, Coaticook, Québec, août 2014

Ah ! Les jeunes !

Le discours commun le dit depuis au moins vingt-cinq siècles : «Le niveau baisse.» (C’est un peu plus compliqué que cela.) Les premiers coupables de cette constante dégénérescence seraient les jeunes (qui que soient «les jeunes»). Ce serait particulièrement le cas en matière d’écriture et de langue.

Dans la livraison du 5 avril 2014 de l’émission radiophonique Place de la toile, ci-devant diffusée sur France-Culture, Élisabeth Schneider, qui a consacré une thèse à ce sujet, démonte ces idées reçues à partir d’une étude des «usages de l’écrit de lycéens» français. Elle aborde le numérique (SMS, Facebook), mais pas que.

En vrac (et en oubliant plein de choses passionnantes)…

«Les jeunes» n’ont jamais autant écrit.

«Les jeunes» ont une réflexion sur leurs modes d’écriture.

L’écriture numérique des «jeunes» influence — continuité, contamination — leur écriture papier.

L’écriture papier des «jeunes» influence — bis — leur écriture numérique.

«Les jeunes» pratiquent l’«écriture de soi».

«Les jeunes» font parfaitement la distinction entre la langue qu’ils utilisent dans les situations informelles entre eux et la langue exigée socialement, notamment par l’école. Cette remarque, fondée sur une étude du Centre national de la recherche scientifique qu’elle cite brièvement en fin d’émission (celle-ci peut-être ?), rejoint les conclusions de David Crystal (2008) et d’Anaïs Tatossian (2010).

À écouter ici.

P.S.—«Les jeunes» se soumettent volontiers à l’«effet Cyrano» (écrire pour un autre). Rostand au goût du jour.

Références

Bernicot, J., A. Goumi, A. Bert-Erboul et O. Volckaert-Legrier, «How do Skilled and Less-Skilled Spellers Write Text Messages ? A Longitudinal Study», Journal of Computer Assisted Learning, 17 mars 2014. URL : http://onlinelibrary.wiley.com/enhanced/doi/10.1111/jcal.12064/.

Clément-Schneider, Élisabeth, «Économie scripturale des adolescents : enquête sur les usages de l’écrit de lycéens», Caen, Université de Caen, thèse de doctorat, octobre 2013, 503 p. URL : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00911228.

Crystal, David, Txtng : The Gr8 Db8, Oxford, Oxford University Press, 2008, 256 p. Ill.

Tatossian, Anaïs, «Les procédés scripturaux des salons de clavardage (en français, en anglais et en espagnol) chez les adolescents et les adultes», Montréal, Université de Montréal, thèse de doctorat, novembre 2010, xxviii/214 p. URL : https://papyrus.bib.umontreal.ca/jspui/handle/1866/6843.