Réunion festive soft

Dans un épisode antérieur, le 29 juin 2012, il a été question du verbe chiller et de l’épithète chill.

Il y a quelques jours, l’Oreille tendue a découvert le substantif masculin chilling. Exemple : «Je vais à un chilling chez Makayla.» Le chilling, selon l’échantillon sondé (n = 1), est une forme de rencontre, de réunion, de rassemblement. Ce n’est pas tout à fait un party.

En revanche, on ne se livrerait pas au chilling, comme on se livre à la danse ou au macramé. Ce n’est pas une pratique. On n’est donc pas un adepte du chilling.

Yapadkoi.

Du nouveau du côté de l’imbibition

Le fils aîné de l’Oreille tendue a l’hospitalité innée. La semaine dernière, il avait une vingtaine d’invités, tous mâles, à la maison. Ce soir, Nuit blanche de Montréal en lumière oblige, ils devraient être «seulement» une quinzaine, des deux sexes. Comment appeler cette rencontre ? Un prédrink (à prononcer pridrink). L’hôte et ses hôtes viennent boire, raisonnablement, œuf corse, avant d’aller, peut-être, boire. C’est une forme potentielle de pré-imbibition.

Enquête : l’est-ce ?

Donc ce tweet de François Bon. Il y épingle trois tics linguistiques de notre époque. Deux ont déjà été abordés ici : au final et genre. On les trouverait en France comme au Québec. Mais le troisième (grave) ?

Son emploi adverbial est avéré dans l’Hexagone depuis au moins vingt ans. Sylvie Brunet le recensait dès 1996 dans son excellent livre les Mots de la fin du siècle (p. 40). Exemple chez Claire Legendre dans Viande en 1999 : «Je ne rase plus mes poils qui ont poussé grave avec la testostérone» (p. 172).

Mais au Québec ? L’enquête est ouverte : l’emploi adverbial de grave l’est-il en nos terres ? (L’Oreille tendue a elle-même utilisé le mot ici, mais ça compte à peine.)

P.-S. — L’adjectif grave, au Québec, peut désigner une personne. Voici ce qu’en écrivait l’Oreille en 2004 dans le Dictionnaire québécois instantané : «Caractéristique surtout masculine. Un gars grave est parfois un gars différent, voire spécial; c’est toujours un gars pas comme les autres par excès. Voir malade. § Était beaucoup utilisé dans les années soixante-dix; devrait donc revenir à la mode» (p. 112).

Références

Brunet, Sylvie, les Mots de la fin du siècle, Paris, Belin, coll. «Le français retrouvé», 29, 1996, 254 p.

Legendre, Claire, Viande, Paris, Grasset, 1999, 187 p.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Dictionnaire québécois instantanté, 2004, couverture

Sus aux nuisibles

En voyage en France il y a cinq ans, l’Oreille tendue a découvert l’existence de la «Lutte raisonnée contre les nuisibles».

C’est à cette lutte qu’elle a pensé en prenant connaissance, sur le site de l’hebdomadaire Marianne, de l’article «“Bon courage !” et autres tics de langage dans l’air du temps» (30 décembre 2015). Daniel Bernard, Élodie Émery et Anne Rosencher y partent à la chasse — entreprise inutile mais roborative — aux «formules et expressions en vogue».

Bilan.

Il faudrait user avec parcimonie de la formule de salutation «Bon courage», de «Je reviens vers vous», de la litote «C’est pas faux», de «Entre mille guillemets» (parfois confondu avec «Entre parenthèses»), de l’adverbe «Carrément», de «Vite fait», de «Belle journée» (voir «Bon courage») et «du pronom possessif dans les conversations («Je le connais, mon Paul»). Dans la liste de Marianne se trouvent quelques rengaines repérées par l’Oreille et ses lecteurs il y a jadis naguère : «En mode», «(J’)Avoue» (fréquent chez «les jeunes»), «Être sur» (ici et ), «Pas de souci».

L’an prochain, on recommencera.

P.-S. — Merci à @revi_redac pour le lien.