Hamaderies

Sam Hamad, ministre du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du gouvernement du Québec Le 10 novembre 2015, Sam Hamad, le ministre du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du gouvernement du Québec, tenait une conférence de presse :

Hamad : Alors, j’ai… Mesdames et messieurs, bon après-midi. J’ai présenté aujourd’hui le projet de loi n° 70 qui contient trois éléments importants. Le premier, c’est la création d’un nouveau programme d’aide sociale, il s’appelle Objectif emploi; le deuxième, c’est la formation… la loi sur la formation professionnelle, la loi 1 %, et la loi aussi sur le développement des compétences; et le troisième élément dans ce projet de loi, c’est l’exclusion des revenus de succession pour les personnes à la solidarité sociale. […]

Lessard (Denis) [de la Presse] : Quand vous parlez d’emploi convenable, c’est un emploi que la personne est capable de faire. Si on a un cas, je ne sais pas, moi, quelqu’un qui a une maîtrise en littérature, puis on lui offre un poste de commis au Provigo, il est tenu de l’accepter ?

Hamad : Non, mais on va regarder sa situation. Peut-être, à la limite, on dit : Bon, mais actuellement, dans ta connaissance…

Lessard (Denis) : C’est un emploi convenable, il est capable de le faire.

Hamad : Pardon ?

Lessard (Denis) : C’est un emploi convenable, puis il est capable de le faire.

Hamad : Oui, convenable, il est… c’est sûr, mais on ne veut pas non plus, là, obliger les gens à défavoriser leurs connaissances puis leurs compétences. En fait, là, ça se peut que cette personne-là, à la limite, on lui offre des formations additionnelles pour améliorer ses compétences puis aller plus loin (source).

Le même ministre a récemment fait les deux déclarations suivantes : «On vient pas d’inventer la roue à trois boutons»; «Le conseil des ministres, c’est la prérogatoire du premier ministre.»

Sans exiger du ministre qu’il fasse une maîtrise en littérature et qu’il «défavorise» ses «connaissances», puis ses «compétences», pourrait-on respectueusement lui offrir «des formations additionnelles pour améliorer ses compétences puis aller plus loin» (le plus loin possible) ?

Fortune du Rocket

[Tu causes, tu causes, puis arrive le jour où tu publies le 2500e billet de ton blogue. Ce jour, c’est aujourd’hui.]

Il y a deux lustres, l’Oreille tendue faisait paraître un ouvrage sur le plus célèbre joueur (Maurice Richard, 1921-2000) de la plus célèbre équipe de hockey (les Canadiens de Montréal). Une question traversait l’ouvrage : comment expliquer la pérennité de ce mythe ?

La question reste d’actualité si l’on en croit un article paru aujourd’hui dans le quotidien québecquois le Soleil. Sous le titre «René Lévesque, icône du Québec», la journaliste Patricia Cloutier présente les travaux d’une équipe de chercheurs de l’Université Laval et du Musée de la civilisation de Québec en interviewant deux de ses membres, Jocelyn Létourneau et Johanne Daigle.

Soixante photos ont été soumises à 427 personnes, à qui on posait la question suivante : «Parmi les 60 images proposées, choisissez les 10 images que vous considérez comme les plus représentatives du Québec et de son histoire, et les 5 images que vous considérez comme les moins représentatives du Québec et de son histoire.» La troisième image la plus souvent choisie, dans la première catégorie, est celle de Richard (par 45 % des répondants), derrière le portrait de René Lévesque (55 %) et une photo illustrant le référendum sur la souveraineté-association de 1980 (47 %).

Richard serait «associé à l’identité “canadienne-française rebelle”. Choisi autant par les anglophones que par les francophones, il véhicule le mythe du héros et touche à notre sport national, décrit comme la “religion moderne” des Québécois par un répondant.»

Le Rocket ne risque pas de disparaître du panthéon québécois à court ou à moyen terme.

P.-S. — Les résultats détaillés de l’enquête ont été publiés dans la revue Histoire sociale.

Références

Létourneau, Jocelyn, Claire Cousson, Lucie Daignault et Johanne Daigle, «Le mur des représentations : images emblématiques et inconfortables du passé québécois», Histoire sociale / Social History, 48, 97, novembre 2015, p. 497-548. URL : <https://muse.jhu.edu/login?auth=0&type=summary&url=/journals/histoire_sociale_social_history/v048/48.97.letourneau.pdf>.

Melançon, Benoît, les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2006, 279 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Nouvelle édition, revue et augmentée : Montréal, Fides, 2008, 312 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Préface d’Antoine Del Busso. Traduction : The Rocket. A Cultural History of Maurice Richard, Vancouver, Toronto et Berkeley, Greystone Books, D&M Publishers Inc., 2009, 304 p. 26 illustrations en couleurs; 27 illustrations en noir et blanc. Traduction de Fred A. Reed. Préface de Roy MacGregor. Postface de Jean Béliveau. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2012, 312 p. 42 illustrations en noir et blanc. Préface de Guylaine Girard.

Les Yeux de Maurice Richard, édition de 2012, couverture

La mémoire des objets

Il y a ceux qui croient que les œuvres de la tradition se suffisent à elles-mêmes.

Et il y a ceux, moins idéalistes, qui croient que la mémoire culturelle est aussi faite d’objets, indispensables à la transmission de ces œuvres.

C’est à cela que pensait Louis-Sébastien Mercier dans le chapitre «Cheminées» de son fabuleux Tableau de Paris (vol. 10, texte 837) :

On place volontiers sur nos cheminées, en petits bustes de bronze ou de plâtre doré, les têtes de Voltaire et de J.-J. Rousseau; mais Jeannot et Préville [deux acteurs] ont obtenu le même honneur. La fantaisie de nos sculpteurs célébrise telle ou telle tête. Les bustes des princes trouvent moins d’acheteurs qu’autrefois; on préfère les têtes pensantes (éd. de 1994, tome II, p. 991).

Pour devenir / rester populaires, les œuvres de Voltaire et de Rousseau ont profité de ces supports inattendus.

Le texte de Mercier est revenu à l’Oreille tendue en lisant un article récent de Serge Deruette consacré au curé Jean Meslier (1664-1729). Meslier ? Un «intrépide penseur à la fois matérialiste athée et révolutionnaire communiste» (p. 65); un «penseur matérialiste et révolutionnaire, […] proche du peuple, des paysans pauvres et écrasés qu’il a connus» (p. 88). Cela au début du XVIIIe siècle.

Sur un obélisque érigé en Russie en 1918, le nom de Meslier côtoyait celui de dix-huit autres «précurseurs du socialisme» (p. 75). Le monument ayant été détruit en 2013, et aucun n’autre n’existant, une nécessité s’impose à Deruette : «Meslier mérite son monument» (p. 89) et il faut donc lui en consacrer un.

C’est bien ainsi que la mémoire circule de génération en génération.

Références

Deruette, Serge, «À quand un monument à la mémoire de Jean Meslier ?», Cahiers internationaux de symbolisme, 140-141-142, 2015, p. 65-89. Ill.

Mercier, Louis Sébastien, Tableau de Paris, Paris, Mercure de France, coll. «Librairie du Bicentenaire de la Révolution française», 1994, 2 vol. : 8/ccii/1908 et 2063 p. Édition établie sous la direction de Jean-Claude Bonnet.

Les deux solitudes

Depuis quelques semaines, le Canada a un nouveau premier ministre, Justin Trudeau. Hier, il prononçait son discours du Trône inaugural.

Interrogé par des journalistes anglophones, Jean Chrétien avait ceci à dire à son sujet : «I don’t want to be the mother-in-law» (phrase citée par @HannahThibedeau).

Les francophones n’avaient aucun mal à comprendre l’allusion : l’ancien premier ministre ne voulait pas se comporter comme une belle-mère («mother-in-law») envers le nouveau, commenter ses faits et gestes, lui donner des conseils (non sollicités), se mêler de ses affaires. (On a vu cette expression ici et .)

En revanche, certains anglophones semblent s’interroger :

Plutôt que la famille, l’automobile («backseat driver») : à chacun ses métaphores.