Extension du domaine du moratoire

L’Oreille tendue a souvent eu l’occasion de proposer des moratoires sur l’utilisation de certaines formules toutes faites dans les titres (de presse, de colloque, de texte scientifique, d’entrée de blogue, etc.).

Elle en a assez de «Tradition et modernité», de «Mythes et réalité», des «Liaisons dangereuses», des «Ovnis» et des «Tsunamis», des «Le jeu du X et du hasard» — et, bien sûr, des chiasmes en série.

Elle propose d’ajouter à cette liste (non exhaustive) les variations sur «Extension du domaine de Y» (merci Michel Houellebecq).

Des exemples ?

«Extension du domaine des lettres – Congrès international 2017 de la Société d’étude de la littérature et de langue française du XXe et du XXIe siècles.»

«Le journalisme de données, une extension du domaine de la fuite», le Devoir, 9-10 avril 2016, p. B2.

«Extension du domaine du corps», le Devoir, 21-22 novembre 2015, p. E5.

«[Extension du domaine du jeu] Tremblez, le Parti communiste chinois a compris les jeux vidéo» (@Rue89).

«Nicolas Sarkozy annonce sa candidature à la présidentielle dans un livre. Extension de la politique au domaine du littéraire et inversement» (@passouline).

«Trottoir montréalais • Extension du domaine de la vente de garage (http://bit.ly/17F8EFg) • http://twitpic.com/ckzdg4» (@benoitmelancon).

«Extension du domaine du baveux

«Extension du domaine du soutif

«De l’extension du domaine de la broche à foin

«Extension du domaine de la bibliothéconomie

Merci à l’avance.

Oui, genre

Le jour de sa naissance, l’Oreille tendue a mis deux textes en ligne : son tout premier, sur le français de Michael Ignatieff; le deuxième — pas le second —, sur le mot sérieux, ce synonyme de oui.

Au fil du temps, elle en a repéré d’autres, par exemple mets-en et correct, sans compter la litanie du 5 novembre 2012.

Hier, sur le trottoir devant chez elle, elle tombe sur son fils cadet et sur un de ses potes.

OT, au pote — T’as eu de bonnes vacances ?
Lui — Quand même.

Cela voulait, aussi, dire oui.

Autopromotion 253

L’Oreille se sert beaucoup de sa bouche, notamment pour donner des entrevues. Deux ont paru aujourd’hui.

L’une, par Catherine Lévesque, porte sur le français du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Ça se trouve dans le Huffington Post Québec et ça prolonge ceci.

L’autre, par Charles-Éric Blais-Poulin, dans la Presse+, aborde un sujet qui intéresse l’Oreille depuis… plus de vingt ans : que reste-t-il de la lettre à l’ère du numérique ? Réponse brève : beaucoup de choses.

Changer de vocabulaire à Québec

Dans la Presse+ du jour, ceci, sous la signature de Tommy Chouinard : «Comparer un adversaire à Gérald Tremblay ou encore le traiter de Capitaine Bonhomme est désormais interdit à l’Assemblée nationale. Onze mots ou expressions ont été mis à l’index au cours de la dernière session. Résultat : il y a maintenant 350 entrées dans le fameux lexique des “propos non parlementaires”.»

Comme l’Oreille tendue a déjà écrit un article sur ces «propos non parlementaires» — c’était en 2014 —, elle est sensible à l’extension de leur liste.

Parmi les nouveautés ? «Ponce Pilate», «Odeur de corruption», «Syndrome Gérald Tremblay», «Roi du sophisme», «Capitaine Bonhomme», «Faux documents», «Méconnaissance crasse».

Référence

Melançon, Benoît, «Vie et mort de l’éloquence parlementaire québécoise», Mœbius, 142, 2014, p. 75-78. Prépublication dans le Devoir, 23 septembre 2014, p. A7, sous le titre «Que dire et ne pas dire à l’Assemblée nationale». URL : <http://www.ledevoir.com/politique/quebec/419148/des-idees-en-revues-de-l-eloquence-parlementaire-que-dire-et-ne-pas-dire-a-l-assemblee-nationale>.