Ordinaire, bis

L’Oreille tendue le signalait en juin dernier : au Québec, ordinaire, voire assez ordinaire, est un de ces euphémismes qui ont si fort le vent en poupe.

Autre occurrence aujourd’hui dans le Devoir :

Pauline Marois a manqué de «compassion», dimanche, estiment Jean Charest et le ministre libéral en convalescence Claude Béchard. Ils ont trouvé déplacé que la chef du PQ mentionne la maladie de M. Béchard parmi les facteurs qui permettraient à l’opposition de renverser le gouvernement. «J’ai trouvé ça assez ordinaire», a commenté M. Béchard, après une visite au caucus de son parti, hier midi» (p. A3).

Il faut le répéter : pas très — «assez».

Grosse fatigue

Les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey sont éreintantes — pour les joueurs, mais aussi, semble-t-il, pour les journalistes.

Hier, le masculin disparaissait inopinément sous la plume de Marc Antoine Godin, qui parlait de «belles éloges» (la Presse, 13 mai 2010, cahier Sports, p. 4).

Avant-hier, faisant le portrait de Maxime Lapierre, l’«agitateur» des Canadiens de Montréal, le même journaliste écrivait : «Lapierre continue de se distinguer au niveau du verbiage» (la Presse, 12 mai 2010, cahier Sports, p. 3).

On doit espérer que les quelques jours de congé dont profitent les joueurs des Canadiens soient également profitables à ceux qui chantent leurs exploits.

P.-S. — Clément Gignac, le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec, doit être un amateur de hockey. Durant la période des questions à l’Assemblée nationale cette semaine, il a clamé sa «fierté d’être “au niveau” de [son] gouvernement». (Merci à Antoine Robitaille, grand pourfendeur de au niveau de.)

Loterie lexicale

En juin 2009, Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, proposait un équivalent local du mot redneck : le cou bleu. Il aurait désigné un nationaliste québécois intolérant. Échec :  sauf erreur de la part de l’Oreille tendue, ce néologisme n’a eu aucun succès.

Elle ne voit guère d’avenir, non plus, à mobigoinfres, terme proposé par Solveig Godeluck du journal les Échos dans un article intitulé «Les gros utilisateurs d’Internet mobile dérangent les opérateurs» (19 mars 2010). Sans être poétique, l’équivalent anglais, data hogs, a au moins pour lui d’être imagé. Ah ! ce cochon qui se met des données partout !

À la loterie lexicale, il est rare de tirer le billet gagnant.

Citation venue du passé

Qiu Xiaolong, la Danseuse de Mao, 2008, couverture

«La base économique conditionne la superstructure idéologique…»

Quel âge a cette phrase ? Dans les faits, plusieurs décennies. Pour l’Oreille tendue, 35 ans. Elle la retrouve dans un polar sino-américain et elle a l’impression, évidemment fausse, de l’entendre comme si elle n’avait pas pris une ride.

Chacun est fait des strates de son passé linguistique.

Référence

Xiaolong, Qiu, la Danseuse de Mao, traduction de Fanchita Gonzalez Batlle, Paris, Seuil, coll. «Points. Policier», P2139, 2008 (2007), 315 p., p. 9.