Les journalistes aussi

«Transparence totale», la Presse+, 27 novembre 2020

Dans une de ses aventures antérieures, l’Oreille tendue avait souligné combien la transparence était devenue chose essentielle chez les politiques.

Elle ne s’étonne pas de trouver la même exigence chez les journalistes, encore que certaine formulation lui paraisse poser problème. Dans le quotidien montréalais la Presse+, la transparence semble insuffisante; on s’y réclame régulièrement de la transparence totale.

On trouve l’expression chez plusieurs journalistes et chroniqueurs. Quelques exemples des deux dernières années (merci à Jean-Patrice Martel) : 16 décembre 2020, 27 novembre 2020, 16 septembre 2020, 27 avril 2019, 5 mars 2019.

Une demi-transparence, ou un quart de transparence, ou un tiers de transparence, serait-ce encore de la transparence ? Bref, pourquoi pas, plus simplement, transparence ?

Tant de questions, si peu de jours.

Le zeugme du dimanche matin et de John R. MacArthur

«L’égoïsme crapuleux qui déforme l’espace public aux États-Unis n’a pas débuté avec Trump à la Maison-Blanche; il en est le symptôme, et non pas la cause, qui, elle, remonte à l’attitude simpliste et anticivique de Ronald Reagan (lui-même comédien de profession et grand admirateur de l’archi-individualiste Margaret Thatcher) et au narcissisme extrême de Bill Clinton, qui courait les jupons et les dons de campagne avec à peu près le même enthousiasme.»

John R. MacArthur, «L’ancien régime», le Devoir, 7 décembre 2020.

François Legault et ses prescriptions littéraires

Les prescriptions littéraires de François Legault, novembre 2020

La semaine dernière, dans le cadre de sa série de «Prescriptions littéraires», l’Association des libraires du Québec diffusait, sur Facebook, une vidéo du premier ministre du Québec. François Legault y recommandait dix œuvres (la vidéo se trouve ici — pour l’instant ?).

La même liste de recommandations apparaissait sur Twitter et sur Instagram.

Le Journal de Montréal annonce aujourd’hui que l’ALQ «a fait disparaître des suggestions de livres à lire de François Legault après avoir reçu des plaintes de gens qui lui reprochaient qu’elle eût offert une tribune au premier ministre».

Pour l’Oreille tendue, les suggestions de lectures de François Legault n’ont pas d’intérêt. En revanche, le fait qu’il ait des suggestions de lectures lui semble une bonne chose, et parfaitement légitime.

La pusillanimité de l’Association des libraires du Québec ne l’honore pas, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

[Complément du 30 novembre 2020]

Par communiqué, l’Association des libraires du Québec annonce faire marche arrière. C’était la décision à prendre.

Fil de presse 033

Petit ménage dans la besace bibliolinguistique de l’Oreille tendue.

Aphatie, Jean-Michel et Michel Feltin-Palas, J’ai un accent, et alors ?, Paris, Michel Lafont, 2020.

Avanzi, Mathieu, avec la complicité d’Alain Rey et Aurore Vincenti, Comme on dit chez nous. Le grand livre du français de nos régions, Paris, Le Robert, 2020, 240 p.

Babylonia. La Rivista per l’insegnamento e l’apprendimento delle lingue, 1, 2020. Dossier «Le français en Suisse… 20 ans après. Französisch in der Schweiz… 20 Jahre danach. Il francese in Svizzera… 20 anni dopo. Il franzos en Svizra… 20 ons suenter», sous la direction d’Amelia Lambelet, Jean-François de Pietro, Jeanne Pantet et Zorana Sokolovska.

Beaudoin-Bégin, Anne-Marie et Pascale Constantin, le Boss des bécosses. Les expressions du Québec en BD, Montréal, Auzou, 2020.

Boissieu, Christian de, les 100 Mots de la politique monétaire, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 3969, 2020, 128 p.

Bouchard, Chantal, la Langue et le nombril. Une histoire sociolinguistique du Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Nouvelles études québécoises», 2020 (1998), 296 p.

Campese, Sandrine, Un petit dessin pour parler comme les grands, Paris, Le Robert, 2020, 128 p.

Derrida, Jacques, le Calcul des langues. Distyle, Paris, Seuil, coll. «Bibliothèque Derrida», 2020, 108 p. Édition établie par Geoffrey Bennington et Katie Chenoweth.

Develey, Alice et Jean Pruvost, Les mots qui ont totalement changé de sens. Un mou énervé !, Paris, Le Figaro édition, coll. «Mots & caetera», 2020.

Encel, Frédéric, les 100 Mots de la guerre, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 4192, 2020, 128 p.

European Journal of Language Policy, 12, 1, 2020.

Francophonie, pour l’amour d’une langue, Bruxelles, Nevicata, en partenariat avec l’OIF, coll. «L’âme des peuples», 2020, 104 p.

Fuchs Catherine et Sylvie Garnier, Lexique raisonné du français académique. Tome 1. Les collocations verbo-nominales, Paris, Ophrys, 2020, 320 p.

Gaudu, François, les 100 Mots du droit, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 3889, 2020, 128 p.

Glottopol. Revue de sociolinguistique en ligne, 34, juillet 2020. Dossier «Les “langues de France”, 20 ans après», sous la direction de Christian Lagarde.

Grant, Anthony P., The Oxford Handbook of Language Contact, Oxford, Oxford University Press, 2020, 792 p.

Guitton, René, les 100 Mots de Rimbaud, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 4174, 2020, 128 p.

Hébert, Pierre, Bernard Andrès et Alex Gagnon (édit.), Atlas littéraire du Québec, Montréal, Fides, 2020, xvii/496 p.

L’Information grammaticale, 166, juin 2020. Dossier «La variation régionale en grammaire», sous la direction de Mathieu Avanzi et André Thibault.

Journal of Historical Sociolinguistics, 6, 2, octobre 2020. Dossier «Comparative Sociolinguistic Perspectives on the Rate of Linguistic Change», sous la direction de Terttu Nevalainen, Tanja Säily et Turo Vartiainen.

Lacroix, Frédéric, Pourquoi la loi 101 est un échec, Montréal, Boréal, 2020, 264 p.

Laflèche, Guy, l’Office québécois de la langue française et ses travailleuses du genre, Laval, Éditions du singulier, 2020.

Le Goffic, Pierre, Grammaire de la subordination, Paris, Ophrys, 2019, 306 p.

Linx. Revue des linguistes de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 80, 2020. Dossier «L’héritage de Jean Dubois et Françoise Dubois-Charlier», sous la direction de Laetitia Leonarduzzi.

Multilingua, 39, 5, septembre 2020. Dossier «Linguistic Diversity in a Time of Crisis : Language Challenges of the COVID-19 Pandemic», sous la direction de Jie Zhang and Jia Li.

Neologica, 14, 2020, 274 p. Dossier «Perception, réception et jugement des néologismes».

Nore, Françoise, Bizarre, vous avez dit bizarre. Cabinet de curiosités de la langue française, Paris, Opportun, 2020, 256 p.

Peled, Yael et Daniel M. Weinstock (édit.), Language Ethics, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2020, 264 p.

Pruvost, Jean, l’Histoire de la langue française [Un vrai roman], Paris, Le Figaro littéraire, coll. «Mots&Caetera», 2020.

Recherche en langue française, 2, 2020.

Reinke, Kristin (édit.), Attribuer un sens. La diversité des pratiques langagières et les représentations sociales, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Culture française d’Amérique», 2020, 320 p.

Remysen, Wim et Sandrine Tailleur (édit.), l’Individu et sa langue. Hommages à France Martineau, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Les voies du français», 2020, 296 p.

Römer, Thomas, les 100 Mots de la Bible, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 4057, 2020, 128 p.

Siouffi, Gilles (édit.), Histoire de la phrase française. Des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud, 2020, 376 p.

Soulié, Julien et M. la Mine, Et cetera, et cetera. La langue française se raconte, Paris, Éditions First, 2020, 144 p.

Trimaille, Cyril, Christophe Pereira, Karima Ziamari et Médéric Gasquet-Cyrus (édit.), Sociolinguistique des pratiques langagières de jeunes. Faire genre, faire style, faire groupe autour de la Méditerranée, Saint-Martin-d’Hères, UGA éditions, 2020.

Verdier, Marie (édit.), le Tour du monde du français, Paris, La Librairie Vuibert, 2019, 192 p.

Verreault, Claude et Claude Simard, la Langue de Charlevoix et du Saguenay—Lac-Saint-Jean : un français qui a du caractère, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Langue française en Amérique du Nord», 2020, 168 p.

Wakim, Nabil, l’Arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France, Paris, Seuil, 2020, 208 p.

Walter, Henriette, les Petits Plats dans les grands. La savoureuse histoire des mots de la cuisine et de la table, Paris, Robert Laffont, 2020, 288 p.

Justin Trudeau et Réjean Ducharme

Réjean Ducharme, HA ha !…, 1982, couverture

Demain soir, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’adressera à la nation. En après-midi, les citoyens auront eu droit à un discours du trône.

Il n’y a rien à faire : quand l’Oreille tendue entend «discours du trône», elle pense immédiatement à l’incipit de HA ha !…, la pièce de Réjean Ducharme.

Des déclics de magnétophone, des cris de bande rembobinée. Lumières. Roger qui recommence l’enregistrement de son «Bedit Discours». Il le lit sur un bout de papier froissé en se bouchant le nez.

Roger : Bedit Discours du trône à quatre pattes dont deux molles : «La nouvelle pissance bio-dégradante du Danemark amélioré aux enzymes ravive les gouleurs foncées du Saint-Relent, le fleuve qui l’arrose, comme une mouffette. (Il fait jouer le nouvel enregistrement. Il se félicite en s’écoutant : ) Infect !… Abject !… Ignoble !… Répugnant !… Ah stextra ! stexcellent ! (HA ha !…, p. 15)

Qu’on lui pardonne ce rapprochement.

P.-S.—Oui, en effet, l’Oreille se répète.

 

Référence

Ducharme, Réjean, HA ha !…, Montréal, Lacombe, 1982, 108 p. Préface de Jean-Pierre Ronfard.