Fil de presse 035

Logo, Charles Malo Melançon, mars 2021

Il vous faut des lectures linguistiques ? Vous n’avez qu’à vous pencher.

Baillehache, Jonathan, le Désir de traduire. Penser la traduction selon Antoine Berman. Chateaubriand, Pound et Roubaud, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Interférences», 2021, 164 p. URL : <http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=5144>.

Benzitoun, Christophe, Qui veut la peau du français ?, Paris, Le Robert, coll. «Temps de parole», 2021, 288 p. URL : <https://www.lerobert.com/autour-des-mots/francais/qui-veut-la-peau-du-francais-9782321016885.html>.

Borer, Alain, «Speak White !» Pourquoi renoncer au bonheur de parler français ?, Paris, Gallimard, coll. «Tracts Gallimard», série «Grand format», 2021, 48 p. URL : <http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tracts/Grand-format/Speak-White-!>.

Candea, Maria et Laélia Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, Paris, La Découverte, coll. «La Découverte Poche / Essais», 538, 2021 (2019), 224 p. Nouvelle édition suivie d’une postface inédite. URL : <https://www.editionsladecouverte.fr/le_francais_est_a_nous_-9782348069901>.

L’Oreille tendue a rendu compte de l’édition originale ici.

Cappeau, Paul, Une grammaire à l’aune de l’oral ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Rivages linguistiques», 2021, 162 p. URL : <http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=5114>.

Chartier, Roger, Editer et traduire. Mobilité et matérialité des textes (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, ÉHÉSS / Gallimard / Seuil, coll. «Hautes études», 2021, 300 p. <https://www.seuil.com/ouvrage/editer-et-traduire-roger-chartier/9782021473896>.

Chiss, Jean-Louis (édit.), le FLE et la francophonie dans le monde, Paris, Armand Colin, coll. «U Lettres», 2021, 352 p. URL : <https://www.armand-colin.com/le-fle-et-la-francophonie-dans-le-monde-9782200631734>.

Cités, 86, 2021, 212 p. Dossier «La langue sous contrôle ?». URL : <https://www.cairn.info/revue-cites-2021-2.htm>.

Colin, Jean-Paul, Dictionnaire de la vie à la campagne et des activités paysannes et agricoles. Hier et aujourd’hui, Paris, Honoré Champion, coll. «Champion Les dictionnaires», 24, 2021, 424 p. Préface de Jean Pruvost. URL : <https://www.honorechampion.com/fr/champion/12367-book-08096028-9782380960280.html>.

Déruelle, Aude et Corinne Legoy (édit.), les Mots du politique. 1815-1848, Paris, Classiques Garnier, coll. «POLEN – Pouvoirs, lettres, normes», 24, 2021, 196 p. URL : <https://classiques-garnier.com/les-mots-du-politique-1815-1848.html>.

Éla. Études de linguistique appliquée, 201, 2021, 128 p. Dossier «Dictionnaires et culture numérique dans l’espace francophone. 2. Perspectives pragmatiques de la description numérique du français», sous la direction de Chiara Molinari et Nadine Vincent. URL : <https://www.cairn.info/revue-ela-2021-1.htm>.

Fripiat, Bernard, 3 minutes pour comprendre 50 moments-clés de l’histoire de la langue française, Le courrier du livre, 2021, 155 p. URL : <https://www.editions-tredaniel.com/minutes-pour-comprendre-50-moments-cles-de-lhistoire-de-la-langue-francaise-p-9306.html>.

Gendrot, Nathalie et Stéphane Marie, 150 drôles d’expressions pour cultiver son jardin, Paris, Le Robert, coll. «150 drôles d’expressions», 2021, 320 p. URL : <https://www.lerobert.com/autour-des-mots/francais/150-droles-d-expressions-pour-cultiver-son-jardin-9782321016441.html>.

Giaufret, Anna, Montréal dans les bulles. Représentations de l’espace urbain et du français parlé montréalais dans la bande dessinée, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Les voies du français», 2021, 300 p. URL : <https://www.pulaval.com/produit/montreal-dans-les-bulles-representations-de-l-espace-urbain-et-du-francais-parle-montrealais-dans-la-bande-dessinee>.

Gollut, Jean-Daniel et Joël Zufferey, la Parole stylisée. Étude énonciative du discours indirect libre, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, coll. «Études linguistiques et textuelles», 2021, 176 p. URL : <http://www.lambert-lucas.com/livre/la-parole-stylisee/>.

Guilbeault-Cayer, Émilie et Richard Migneault (édit.), De racines et de mots. Persistance des langues en Amérique du Nord, Québec, Septentrion, 2021, 247 p. URL : <https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/de-racines-et-de-mots>.

Gygax, Pascal, Sandrine Zufferey et Ute Gabriel, Le cerveau pense-t-il au masculin ?, Paris, Le Robert, coll. «Temps de parole», 2021, 176 p. URL : <https://www.lerobert.com/autour-des-mots/francais/le-cerveau-pense-t-il-au-masculin-9782321016892.html>.

Kern, Étienne, le Tu et le vous. L’art français de compliquer les choses, Paris, Flammarion, 2020, 204 p. Ill. URL : <https://editions.flammarion.com/le-tu-et-le-vous/9782081479432>.

L’Oreille a présenté cet ouvrage à la radio.

Langage et société, 173, 2021, 264 p. Dossier «Charles Goodwin : l’interaction au carrefour du langage, du corps et de la société», sous la direction de Luca Greco et Lorenza Mondada. URL : <https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2021-2.htm>.

Letawe, Céline, Christine Pagnoulle et Patricia Willson (édit.), Langues et rapports de force. Les enjeux politiques de la traduction, Liège, Presses universitaires de Liège, coll. «Truchements», 3, 2021, 186 p. URL : <http://www.presses.uliege.be/jcms/c_22958/langues-et-rapports-de-force>.

Marimón Llorca, Carmen, Wim Remysen et Fabio Rossi (édit.), les Idéologies linguistiques : débats, purismes et stratégies discursives, Berlin, Berne, Bruxelles, New York, Oxford, Varsovie et Vienne, Peter Lang, coll. «Sprache – Identität – Kultur», 2021, 562 p. Ill. URL : <https://www.peterlang.com/view/title/74437?format=HC>.

Martin, Richard, Encyclopédictionnaire. Précédé de Réflexions diverses sur le mot-valise, Liège, Presses universitaires de Liège, coll. «Poche / Essais», 4, 2021, 328 p. URL : <http://www.presses.uliege.be/jcms/c_23054>.

Piron, Sophie, les 100 règles incontournables pour améliorer votre orthographe, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, coll. «Langue française – Ouvrages de référence», 2021, 240 p. URL : <https://www.deboecksuperieur.com/ouvrage/9782807329089-les-100-regles-incontournables-pour-ameliorer-votre-orthographe>.

Rey, Christophe, la Langue picarde et ses dictionnaires, Paris, Honoré Champion, coll. «Lexica – Mots et dictionnaires», 38, 2021, 182 p. URL : <https://www.honorechampion.com/fr/champion/12336-book-08535521-9782745355218.html>.

Rouillard, Dominique, les Monuments de la langue. Architecture, mémoire, écriture, Genève, MétisPress, coll. «vuesDensemble», 2021, 128 p. URL : <https://www.metispresses.ch/fr/les-monuments-de-la-langue>.

Saint-Martin, Lori, Pour qui je me prends. Récit, Montréal, Boréal, 2020, 183 p. URL : <https://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/pour-qui-prends-2728.html>.

Zink, Michel, On lit mieux dans une langue qu’on sait mal, Paris, Les Belles Lettres, 2021, 280 p. URL : <https://www.lesbelleslettres.com/livre/4384-on-lit-mieux-dans-une-langue-quon-sait-mal>.

L’Oreille étend son registre

«Bienvenue en cleptocratie», pancarte

On n’a jamais trop de mots. L’Oreille tendue en a relevé quelques-uns, nouveaux pour elle.

Les «influenceurs de la frustration» sont des infruenceurs, dixit Mike Tremblay.

Ne rajeunissant pas, l’Oreille devrait-elle craindre la vieillolescence (Paul-André Fortier), voire l’âgicide (Réjean Hébert) ? En anglais, dans un registre malheureusement voisin, il y a senicide (Niall Ferguson).

Jair Bolsonaro poursuit, selon Antonio Pele, des nécropolitiques. On ne les confondra pas avec les necropoetics (Donald Hall).

La «condomisation de nos villes et villages» (Mario Girard) n’a rien à voir avec le condom et tout à voir avec le condominium.

«L’écrivain Sylvain Tesson a forgé le mot “stégophilie” pour nommer sa passion : escalader les immeubles, les églises, les cathédrales jusqu’à leurs sommets, pour y passer des nuits entières» (France Culture). On lui souhaite d’être prudent.

Toujours chez France Culture, découvrons la léthargocratie. Marc Séguin, lui, parle de pseudocratie.

«Variante d’americana pour notre coin d’Amérique» ? Allons écouter un peu de québécana (Sylvain Cormier). Cela nous reposera.

Obama épistolier

Barack Obama, A Promised Land, 2020, couverture

Certains disent que l’Oreille tendue se répète. D’autres, qu’elle radote. Tous ont raison.

Prenons un exemple : depuis plus de 25 ans, elle ne cesse de dire que le genre épistolaire, malgré ce que l’on entend partout, n’est pas en train de disparaître. Les gens écrivent encore des lettres aujourd’hui; ils en écrivent beaucoup moins, certes, et souvent dans des circonstances particulières, mais ils continuent de pratiquer cette forme d’écriture.

La preuve ? Barack Obama.

Dans ses Mémoires récents — oui, avec la majuscule initiale et au masculin —, A Promised Land (2020), le 44e président des États-Unis évoque à plusieurs reprises sa pratique épistolaire.

Ce qui concerne l’utilisation du courriel était prévisible. D’une part, on l’a assez dit, la campagne d’investiture, puis la campagne présidentielle, d’Obama ont eu très largement recours à l’univers numérique (p. 130). D’autre part, comme tout organisme contemporain, le gouvernement états-unien carbure au courrier électronique, de même que les militants, tous partis confondus.

Quand il devient sénateur à Washington en 2005, Obama confie à Pete Rouse une mission capitale («Most important»), celle de créer et de coordonner un bureau de la correspondance («the correspondence office») chargé de trier le courrier qu’il reçoit des citoyens et de leur répondre de la façon la plus adéquate possible : «“People may not like your votes,” Pete said, “but they’ll never accuse you of not answering your mail !”» (p. 56) Ne pas répondre à son courrier, même volumineux (p. 65) ? Cela ne se fait pas. Mieux encore : Obama signe lui-même les réponses préparées par son personnel (p. 66), de même que des mots de remerciements et des cartes d’anniversaire plus personnalisés (p. 90, p. 251).

Devenu président, en 2009, il demande à voir quotidiennement des lettres qui lui sont adressées à la Maison-Blanche (p. 267-269, p. 698-699). Il ne s’agit évidemment pas de toutes les lettres et de tous les courriels — il y en a environ dix mille par jour —, mais d’un échantillon de dix textes sélectionnés par son équipe, messages auxquels il répond à la main. Cette activité a une dimension quasi rituelle : «They were often the last thing I looked at before going to bed» (p. 268); «I couldn’t expect people to understand how much their voices actually meant to me — how they had sustained my spirit and beat back whispering doubts on those late, solitary nights» (p. 306). Dans la nuit («bed», «nights»), la lettre reste la possibilité d’un échange.

Plus sombres sont les lettres de condoléances qu’il adresse, une fois par semaine, aux proches des militaires tombés au combat (p. 429-430).

Barack Obama ne correspond pas, sur papier, qu’avec les citoyens des États-Unis; il a aussi des échanges avec ses collègues et vis-à-vis. Par exemple, le sénateur Ted Kennedy lui écrit au sujet de la réforme du système de santé, mais il demande que sa lettre ne soit transmise qu’après sa mort; le président la citera dans un discours au Capitole (p. 410-411). Il fait parvenir une lettre secrète à l’ayatollah Khomeini, qui lui répond sèchement (p. 454). La Chine se sert du courrier pour formuler ses plaintes commerciales (p. 474).

Il y a peut-être là un sujet à explorer : la communication des élus avec leurs électeurs, leurs collègues et leurs interlocuteurs étrangers n’est-elle pas une des manifestations les plus concrètes, au XXIe siècle, de la nécessité de la lettre ?

P.-S.—L’Oreille a déjà dit quelques mots de la pratique de la lettre de Barack Obama dans le cadre de l’émission de radio Plus on est de fous, plus on lit !, le 24 avril 2018.

 

Référence

Obama, Barack, A Promised Land, New York, Crown, 2020, 751 p. Ill.

Identités

Marco Micone, On ne naît pas Québécois, on le devient, 2021, couverture

Depuis quelques années, au Québec, il y aurait un combat entre les identitaires et les diversitaires, appelés aussi, pour rester dans le registre de l’insulte, multiculturalistes ou interculturalistes. Les supposés identitaires, ces défenseurs d’une identité nationale forte, n’aimeront pas le plus récent livre de Marco Micone, On ne naît pas Québécois, on le devient (2021), dont le titre est inspiré du Deuxième Sexe (1949) de Simone de Beauvoir («On ne naît pas femme : on le devient»). Les supposés diversitaires, fréquemment accusés de renier leur identité au bénéfice d’un métissage délétère, s’y reconnaîtront un peu plus, mais peut-être pas complètement.

On ne naît pas Québécois, on le devient reprend, en large part, des textes que Micone a publiés depuis plus de 25 ans. Une double ligne de force y est récurrente : l’identité est une dynamique, pas une essence; cette identité prend clairement racine dans la condition socio-économique des uns et des autres («Il y a […] plus de similitudes entre un immigrant et un Québécois de même condition sociale qu’entre un défavorisé et un privilégié se réclamant de la même culture», p. 21). Il faut remercier Micone de ne jamais isoler les questions identitaires des conditions concrètes de leur construction et de leur expression. On le voit dans ses propos sur le monde du travail, mais aussi dans ceux sur «le système scolaire le plus inégalitaire au Canada» (p. 43), le québécois.

Micone a ses têtes de Turc. Il refuse le discours de «tous ceux qui ont intérêt à changer des problèmes sociaux en problèmes culturels» (p. 71). Immigré au Québec à l’adolescence, il n’apprécie guère la Coalition avenir Québec, ce «parti xénosceptique» (p. 97), ni son chef, l’actuel premier ministre du Québec, François Legault. Il n’hésite jamais à pourfendre l’économie néolibérale : un texte s’intitule «Tous contre les pauvres» (p. 109). Une loi récente, promulguée par le gouvernement de la CAQ lui déplaît particulièrement : «Il faut être d’une grande naïveté pour croire que la Loi 21, sur la laïcité de l’État, existerait sans la présence des musulmans» (p. 91). Quand il s’en prend à «un tonitruant essayiste coopté par la droite xénophobe hexagonale» (p. 104), on voit sans mal de qui il s’agit.

L’auteur a également le sens de la formule. Prenons ces trois variations sur un même thème :

«“Moi, voleuse de job ? S’il était possible de voler des jobs, j’en aurais volé une meilleure !” répétait ma mère en revenant de l’usine» (p. 27);

«Le français n’est pas en péril. La complexité de la situation linguistique exige de ceux qui l’analysent qu’on tienne compte de multiples critères et, surtout, qu’on désethnicise enfin la notion de francophone. Il serait dommage que les “voleurs de jobs” d’après-guerre deviennent maintenant des “voleurs de langue”» (p. 60);

«Au fil du temps, les “voleurs de jobs” d’après-guerre se sont mués en “voleurs de langue”, avant d’être supplantés par les “voleurs de laïcité”» (p. 73).

Micone refuse aussi bien le «marécage identitaire» (p. 16), la «forteresse identitaire» (p. 84) et le «bavardage identitaire» (p. 112) que l’«idéologie multiculturaliste» (p. 25). Il aime déplacer les questions, les aborder d’un point de vue inédit, s’opposer à la vulgate. Voilà qui est salutaire.

Cela étant, on n’a pas à être d’accord avec toutes ses affirmations. Le «mouvement souverainiste» serait «irréversible» (p. 51) ? On peut légitimement penser que ce n’est pas le cas et avancer que le (second) référendum de 1995 a mis le dernier clou dans le cercueil de l’indépendantisme. Faut-il refuser l’obsession de plusieurs à utiliser le critère de la langue maternelle pour mesurer l’avancée ou le recul du français au Québec ? Sans aucun doute — l’Oreille tendue a défendu cette position dans un texte en 2017 —, mais il faudrait se retenir d’accuser d’«eugénisme linguistique» (p. 75) ceux qui le font. Est-il vraiment nécessaire d’attaquer «un neurochirurgien prostré devant le dogme néolibéral» (p. 105) en faisant un jeu de mots balourd sur son patronyme ? Laissons-le plutôt à son oubli.

Autrement : lisez — et appréciez, dans une registre différent, l’épilogue, «Le village vide» (p. 125-129).

P.-S.—«Au Québec, l’immigrant multilingue a besoin de parler français, mais il n’a pas besoin du français pour parler» (p. 57) : l’Oreille ne peut que se réjouir d’entendre là l’écho de la célèbre phrase d’André Belleau, «Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler» (1983, p. 6).

 

Références

Belleau, André, «Langue et nationalisme», Liberté, 146 (25, 2), avril 1983, p. 2-9; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Y a-t-il un intellectuel dans la salle ?, Montréal, Primeur, coll. «L’échiquier», 1984, p. 88-92; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, p. 115-123; repris sous le titre «Langue et nationalisme», dans Francis Gingras (édit.), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 2014 (3e édition), p. 425-429; repris sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste» dans Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 286, 2016, p. 113-121. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1032296/30467ac.pdf>.

Melançon, Benoît, «La langue de mes fils», l’Inconvénient, 70, automne 2017, p. 24-25. Repris, partiellement, sous le titre «Comment naissent les langues de mes fils», le Devoir, 5 décembre 2017, p. A7. URL : <https://www.ledevoir.com/opinion/idees/514663/comment-naissent-les-langues-de-mes-fils>.

Micone, Marco, On ne naît pas Québécois, on le devient, Montréal, Del Busso éditeur, 2021, 129 p.

Accouplements 167

Wikipédia, logo, 9 juin 2021

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Melançon, Benoît, «Journal d’un (modeste) Wikipédien», dans Rainier Grutman et Christian Milat (édit.), Lecture, rêve, hypertexte. Liber amicorum Christian Vandendorpe, Ottawa, Éditions David, coll. «Voix savantes», 32, 2009, p. 225-239. URL : <http://hdl.handle.net/1866/11380>.

7 avril 2008. Mario Roy est éditorialiste au quotidien La Presse, où il ne manque jamais une occasion de fustiger les vilains intellectuels. Dans l’édition du 31 mars, il reprend la même lamentation, s’agissant cette fois de Wikipédia. S’il fallait l’en croire, Wikipédia serait l’objet de critiques non fondées de la part des intellectuels : «les classes intellectuelles et culturelles dominantes n’ont jamais été très à l’aise avec la dissémination prolétaire, anarchique, incontrôlée, du savoir et de la culture». Quelques lignes plus haut, on pouvait lire que l’encyclopédie numérique était «la seule incarnation réelle de l’idéal communiste». Communisme, prolétariat, classes : voilà convoqué le vocabulaire marxiste pour parler de la plus états-unienne des entreprises, du moins en son principe. Pour proposer une lecture politique de Wikipédia, le libéralisme serait une bien meilleure catégorie que le communisme : ce qui unit les Wikipédiens n’est pas le rejet du capitalisme, mais plutôt un supposé égalitarisme social et intellectuel, selon lequel un amateur peut discuter (presque) d’égal à égal avec un Prix Nobel, ainsi qu’une conception un peu simpliste de la démocratie, conçue comme discussion sans médiation. Se greffe encore à cela le pragmatisme réputé des États-Uniens (p. 230).

Menand, Louis, «Wikipedia, “Jeopardy!,” and the Fate of the Fact», The New Yorker, 23 novembre 2020.

Wikipedia is neoliberalism applied to knowledge.