Citation politicolinguistique du jour

«Sa majesté la langue française», Refrancisons-nous, 1951, 2e éd.

«il faut renoncer au plus vite à l’idéologie nationaliste de la conservation linguistique, qui consiste à pleurnicher : vous savez, il faut comprendre, dans la situation où nous sommes, en Amérique du nord, le français doit être protégé, aidé, entouré de barrières, etc. […] Je me demande qui sont les débiles profonds qui ont convaincu les hommes politiques québécois depuis quinze ans de tenir pareil langage. Pensez-vous que nos enfants vont accepter bien longtemps cette approche muséologique ?… Notre langue vit-elle dans une réserve comme certaines plantes ou certaines espèces animales menacées d’extinction ? Mieux vaut disparaître que vivre ainsi. Mieux vaut changer de langue et vivre en liberté que survivre dans une sorte de “Parc national linguistique”. Le danger de cette attitude est si grand qu’il risque d’entraîner, lui aussi, le rejet complet de notre politique linguistique générale par la prochaine génération» (André Belleau, 1983, p. 8).

P.-S.—L’Oreille tendue a étudié la pensée linguistique de Belleau en 2020.

P.-P.-S.—En effet, ce n’est pas la première fois que l’Oreille cite ceci (voir ).

 

Illustration : F. J.-F. [Frère Jean-Ferdinand], Refrancisons-nous, s.l. [Montmorency, Québec ?], s.é., coll. «Nous», 1951 (2e édition), 143 p., p. 14.

 

Références

Belleau, André, «Langue et nationalisme», Liberté, 146 (25, 2), avril 1983, p. 2-9; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Y a-t-il un intellectuel dans la salle ? Essais, Montréal, Primeur, coll. «L’échiquier», 1984, p. 88-92; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, p. 115-123; repris, sous le titre «Langue et nationalisme», dans Francis Gingras (édit.), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 2014 (3e édition), p. 425-429; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 286, 2016, p. 113-121. https://id.erudit.org/iderudit/30467ac

Melançon, Benoît, «Sur un adage d’André Belleau», Études françaises, 56, 2, 2020, p. 83-96. https://doi.org/10.7202/1072480ar

Diderot et l’âme québécoise

Denis Diderot, boul. Saint-Germain, Paris, statue

Dans la Presse+ du 3 juin, le sociologue Jacques Beauchemin évoque, s’agissant du film Bataille pour l’âme du Québec de Francine Pelletier, le «secret de l’âme québécoise». Quand elle lit pareilles choses, l’Oreille tendue a trois réactions.

Elle se pose une première question : c’est quoi, une «âme» ?

Elle se pose une deuxième question : c’est quoi, l’«âme québécoise» ou «l’âme du Québec» ?

Elle pense enfin à Diderot : «Il est donc très important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu […]» (lettre à Voltaire, [11 juin 1749], éd. Roth-Varloot, vol. I, p. 78).

En matière de politique québécoise, l’Oreille aime se la jouer mécréante.

P.-S.—En effet, ce n’est pas la première fois que cette phrase apparaît ici.

 

Référence

Denis Diderot, Correspondance, Paris, Éditions de Minuit, 1955-1970, 16 vol. Éditée par Georges Roth, puis par Jean Varloot.

Autopromotion 644

Portrait de lord Durham par Thomas Phillips

Dans le Devoir du jour, l’Oreille tendue parle de politique québécoise. Il n’est pas impossible que son texte, «Les assiégés», ait une dimension polémique.

Extrait :

Beaucoup tiennent à dire que les Québécois sont moins intolérants que les autres Canadiens, qu’on mourait moins dans leurs pensionnats pour autochtones, que leur racisme n’est pas systémique, qu’ils traitent mieux leurs minorités linguistiques qu’ailleurs au pays, comme si la vie sociale était un concours de vertu. Être moins raciste que les autres n’est peut-être pas le projet de société le plus emballant qui soit en 2022.

Illustration : portrait de lord Durham par Thomas Phillips, National Portrait Gallery (Londres), déposé sur WikiMedia Commons

L’oreille tendue de… Pierre Nepveu

Pierre Nepveu, Géographies du pays proche, 2022, couverture

«Là où la politique n’est plus écoute, là où elle ne tend plus l’oreille aux complaintes humaines, à la douleur des corps et des esprits, aux drames des petites et grandes communautés, là où elle n’est plus que pouvoir et raison majoritaire, elle se condamne moralement elle-même.»

Pierre Nepveu, Géographies du pays proche. Poète et citoyen dans un Québec pluriel, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 2022, 249 p., p. 102.

Accouplements 188

Pierre Nepveu, Géographies du pays proche, 2022, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Nepveu, Pierre, Géographies du pays proche. Poète et citoyen dans un Québec pluriel, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 2022, 249 p.

«[Victor-Lévy Beaulieu] en visite chez les Allemands suggère plutôt que le vrai déficit, celui qui ne pardonne pas, est celui de la culture, faute de quoi le politique n’est que gestion bureaucratique de procédures et de processus, foisonnement de revendications, quand il ne devient pas un nationalisme identitaire satisfait de ses généralités et de ses stéréotypes, ceux que l’on nourrit sur soi-même (“c’est comme ça qu’on vit au Québec”) étant aussi néfastes que ceux dont on affuble les autres» (p. 150).

Melançon, Benoît, «Dossier dix ans. Portraits», Nouveau projet, 21, printemps-été 2022, p. 75.

«Ce que je nous souhaite pour les dix prochaines années : De sortir du provincialisme idéologique qui domine aujourd’hui l’État québécois. Quand j’entends le premier ministre actuel dire “Au Québec, c’est comme ça qu’on vit” ou défendre “nos valeurs”, je me sens exclu de son discours. Reconnaître la vraie diversité de la société québécois, ce serait bien.»