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Portrait et autoportrait : leur art, chez Julia Deck

Les autres : «L’entreprise Biron gagne beaucoup d’argent, elle occupe un immeuble de huit étages rue de Ponthieu, à deux pas des Champs-Élysées. Dans le hall, des hôtesses d’accueil souples et collantes comme les lanières en plastique des anciens rideaux de cuisine font patienter les visiteurs avec des trivialités équivoques» (p. 16-17).

Soi (en quelque sorte) : «Élevée dans l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, la gamme de vos affects s’en est trouvée considérablement réduite et vous n’y voyez aucun inconvénient» (p. 120).

Référence

Deck, Julia, Viviane Élisabeth Fauville, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Double», 99, 2014 (2012), 166 p.

L’art du portrait nucléaire

«Cependant, quand Miss Moeller vint enfin le prier d’entrer, il y avait dans un coin un grand jeune homme aux cheveux coupés en brosse.

On ne le lui présenta pas. On fit comme s’il n’existait pas. Il resta assis dans l’ombre, ses longues jambes croisées. Il portait un complet sobre, très Nouvelle-Angleterre, avait cet air sérieux, détaché, des jeunes savants qui s’occupent de physique nucléaire.»

Simenon, la Mort de Belle (1952), dans Romans. II, édition établie par Jacques Dubois, avec Benoît Denis, Paris Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», 496, 2003, p. 307-435 et 1544-1560, p. 408.

Le portrait neurasthénique et familial du jour

«Ce qui a longtemps passé pour une tristesse contextuelle se révèle bientôt être son caractère propre — avec quelques grammes d’anxiété maternelle, ponctuée de la tendance paternelle à l’autodestruction.»

Nicolas Dickner, Six degrés de liberté, Québec, Alto, 2015, 380 p., p. 143-144.

Portrait couci-couça

«La Grammaire est une belle personne, un peu sèche, un peu tatillonne, autoritaire, et chichiteuse, un peu osseuse, un peu chameau, mais enfin, pour un jeune homme pauvre et qui n’a pas trop d’ambition c’est un parti qui mérite un coup d’œil.

[…]

Elle distille l’ennui distingué. Après tout elle a le profil grec, et des endroits moins secs que d’autres; ceux qui la connaissent bien disent que c’est une fausse maigre. Bref, il y aurait plaisir à rompre en son honneur quelques lances dans les tournois.»

Alexandre Vialatte, «Chronique du dernier ronchonnement», la Montagne, 13 mars 1962, repris dans Un abécédaire, choix des textes et illustrations par Alain Allemand, Paris, Julliard, 2014, p. 82.

Peut mieux faire

En mars 2013, à un test intitulé «Les 8 astuces pour réussir une mauvaise photo d’écrivain», l’Oreille tendue avait eu un score parfait.

Elle a faibli depuis. Au palmarès de Paul Hiebert, «Against Promotional Author Photographs», elle n’a plus que 3,5 points sur 5.

Elle a une «photographie sophistiquée» («The Sophisticated Photograph (aka “The My-head-is-so-weighted-down-by-great-thoughts-it-requires-additional-support”)»). (Un point)

Benoît Melançon, portrait

Elle a une «photographie de bureau» («The Office Photograph (aka “The Oh-I-didn’t-hear-you-enter-please-come-in-it’s-really-no-problem”)»). (Un point)

Benoît Melançon, portrait

Elle a (presque) une «photo confo» («The Comfortable Photograph (aka “The Torso-twist-with-arm-resting-on-back-of-couch”)») : il y a la torsion du torse et la main qui se repose, mais pas sur un canapé. (Un demi-point)

Benoît Melançon, portrait

Non fumeuse, elle ne peut avoir la «photographie du fumeur» («The Smoker Photograph (aka “The You-can’t-be-bad-ass-by-doing-what’s-good-for-you-and-your-children”)»). (Aucun point)

Elle a, variation sur la première catégorie, une «photographie main / visage» («The Hand-To-Face Photograph (aka “The Face-alone-is-boring-and-therefore-not-enough”)»). (Un point)

Benoît Melançon, portrait

L’Oreille devra donc soigner ses clichés, histoire d’obtenir de meilleurs résultats. Devrait-elle se mettre à fumer ?