Toujours pas

Dès sa naissance, l’Oreille tendue a déploré l’usage fréquent, au Québec, du verbe quitter sans complément d’objet direct, comme dans «J’ai quitté» mis pour «Je suis parti». C’est une de ses marottes. C’est comme ça. Elle lui a même consacré toute une rubrique.

Cela étant, elle ne se fait pas d’illusion : cet usage est là pour rester.

Elle n’en tique pas moins devant pareille publicité, tirée de la Presse+ du 23 juin :

«Déménager, ça veut aussi dire quitter», publicité pour Best Buy, 23 juin 2018

Quitter quoi ? Qui ?

 

[Complément du 2 juillet 2018]

L’Office québécois de la langue française trouverait à redire, pour sa part, à ce «disposer de», au sens de «jeter».

La dictée de l’Oreille tendue

Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks)Toujours à l’affût des besoins de ses bénéficiaires, l’Oreille tendue leur a préparé une dictée. Elle dure deux minutes trente secondes et on peut l’entendre ici :

À ton crayon.

Illustration : Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks) près de Sheffield au Royaume-Uni en 2001 (source : Wikimedia).

 

[Complément du 1er mars 2017]

Corrigé

Là, là, les étudiants et les étudiantes, tu t’installes pour la dictée. Tu prends ton p’tit crayon, pis ton p’tit papier, pis tu tends bien l’oreille. T’es prêt ? On commence.

«Hier soir, j’ai quitté plus tôt que d’habitude. Je suis allé au bar à repassage. Il y avait un tournoi de repassage extrême. Ce tournoi se voulait à saveur compétitive. Le prix à gagner était un voyage dans la capitale urbaine du swag. Je me sentais décomplexé. Au niveau de mon repassage, ma problématique était bonne. À la fin du tournoi, les juges se sont assis et ils ont voté. On parle d’une décision difficile pour l’estime de soi.» [Il n’y avait évidemment pas de virgule dans la dernière phrase; c’était un piège.]

Bon, c’est fini, les étudiantes et les étudiants. Tu me donnes ta p’tite dictée, pis tu vas dans le parc-école. Je te dirai tout à l’heure si t’as un privilège ou si t’as une conséquence.

Quiz (facile) du jour

Les phrases qui suivent sont toutes tirées du même ouvrage. Où cet ouvrage a-t-il écrit ?

Les jeunes «ne demandent pas mieux que de s’asseoir et de bâtir des projets».

Les «rencontres de discussions» pouvaient «durer jusqu’à quatre heures sans que personne ne quitte».

Nul doute «que l’exercice nous permettra de prendre conscience de l’ampleur de la problématique».

On avait «eu raison de faire en sorte que l’Église ne fasse plus partie de la sphère politique au début des années 60».

«Les valeurs de la Révolution tranquille se voulaient, sans aucun doute, collectives […].»

«Plusieurs groupes d’intérêts ont leur propre stratégie et s’efforcent de la communiquer aux autres groupes qui, souvent, ont malheureusement déjà un agenda différent.»

Il serait bon «de cheminer au niveau des opinions politiques et de s’engager à titre de citoyen».

«Dans tous les cas, il est essentiel pour les jeunes, si l’on ne veut pas voir le rêve de la Révolution tranquille sombrer, de se rassembler pour déterminer notre plan de match […].»

Wikipédia et la mort

L’Oreille tendue mène toute une série de batailles qu’elle sait perdues d’avance : contre l’emploi absolu du verbe quitter, contre la problématique et contre l’euphémisation de la mort (les gens meurent; dans la langue courante, ils ne décèdent pas).

Elle vient cependant de se trouver une alliée inattendue en Wikipédia, à l’article «Mort vs décédé», rubrique «Style encyclopédique». On y lit notamment ceci : «Dans une rédaction encyclopédique, il vaut mieux parler de la “mort” de quelqu’un que de son “décès”. En effet, le mot “décès” est un terme juridique et administratif (acte de décès) […].» Suivent quelques exemples assez réjouissants, où décéder ne peut pas remplacer mourir, par exemple celui-ci : «Le roman de Colleen McCullough paru en 1977 a pour titre Les oiseaux se cachent pour mourir et non pas Les oiseaux se cachent pour décéder

Ne nous réjouissons pas trop vite : «N’étant pas une règle ou une recommandation, cette page ne représente pas forcément l’opinion de la communauté, mais avant tout celle de ses auteurs.»

Réjouissons-nous quand même un tout petit peu.