Une fois n’est pas coutume

Les occasions ne manquent pas de râler contre les publicitaires. Faisons une exception pour ceci, tiré de la Presse du 18 décembre 2010 (p. A20) :

Premier niveau de lecture : un écran plat ne l’est plus tout à fait quand on y projette un film en trois dimensions.

Second niveau : au Québec est dit plate ce qui ennuie; cette télé-là ne le sera «plus jamais».

Bien vu.

N.B. Il est d’autres sens de plate au Québec. C’est plate à dire, mais ce sera pour un autre jour.

 

[Complément du 28 mars 2017]

Voici une multinationale qui s’y met, Apple.

Apple, publicité pour iPad, mars 2017

Tutoiement d’outre-tombe

Quand on leur parle de tables tournantes, les sceptiques soulèvent nombre de questions.

Ils s’interrogent sur le matériel utilisé. Telle table est-elle inhabituellement inclinée ? Peut-on découvrir quelque chose qui n’est pas à sa place autour de telle autre, ce qui expliquerait qu’elle bouge ?

Ces sceptiques ne manquent pas non plus de signaler que l’attitude psychologique des participants aux séances de spiritisme joue un rôle dans ce qu’ils croient voir ou entendre.

S’agissant d’une nouvelle série à la télévision québécoise, le quotidien le Devoir, dans son édition du 4 décembre (p. E4), indique une autre question à se poser : comment s’adresse-t-on aux fantômes qui parlent par l’intermédiaire des tables ? Il semble en effet que, dans la série Rencontres paranormales de Chantal Lacroix, on s’adresse aux esprits à la deuxième personne du singulier.

Voilà une typtologie bien de chez nous.

P.-S. — Titre de l’article ? «Esotérisme expérimental. TVA glorifie l’infâme avec Rencontres paranormales. Au secours, Voltaire !»

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

Au Québec, ce qui est tricoté serré est sans faille.

Il peut s’agir d’une société : «Et puis, c’est qu’on nous la sert monolithique et tricotée serrée, cette société québécoise. Tous blancs, mignons, sortis de la souche de nos aïeux défricheurs, les lofteurs. À d’autres, le fameux vote ethnique. Mais passons…» (le Devoir, 11-12 octobre 2003). Il peut aussi s’agir d’une de ses parties — «L’Asie métissée serrée à Montréal» (le Devoir, 10 août 2010, p. A2) — ou d’une de ses villes — «[La] Vieille Capitale — surtout au niveau des cercles dirigeants — est un petit milieu tricoté serré» (la Presse, 11 janvier 2001).

Laine oblige, l’expression s’appliquerait à l’équipe de hockey dite nationale, les Canadiens de Montréal : «Preuve que la Flanelle est encore tricotée serré dans le cœur des Québécois» (la Presse, 15 janvier 2004, p. S4).

Comme il arrive souvent dès qu’une expression devient populaire, celle-ci connaît de nouveaux emplois.

Soit on l’utilise dans des contextes étonnants, par exemple pour désigner un ensemble de voitures : «Multisegments. Une catégorie métissée serré» (la Presse, 22 avril 2008, cahier Auto, p. 4).

Soit on la modifie juste assez légèrement pour qu’elle reste repérable : on montre par là qu’on sait distinguer les clichés sans y sombrer. Dans Peaux de chagrins, Diane Vincent dit de sa masseuse et de son policier qu’ils sont «crochetés serré» (p. 25). Renald Bérubé évoque, lui, dans les Caprices du sport, des «obligations nombreuses et tressées bien serré» (p. 137). Dans un des quotidiens de l’Oreille tendue hier : «C’est de l’entre nous twitté serré» (le Devoir, 1er novembre 2010, p. B9).

Puis arrive le moment où on lit ceci, dans la Respiration du monde de Marie-Pascale Huglo : «Elle en connaissait un rayon, côté marine, son père était capitaine, elle savait distinguer les authentiques (tricotés serré) des copies et ne plaisantait pas là-dessus : Miss O’Hara ne plaisantait jamais sur la marchandise» (p. 8). Pour une fois que l’expression tricoté serré est utilisée pour désigner proprement des travaux d’aiguille, en l’occurrence un bonnet de marin, c’est à peine si on la reconnaît.

 

[Complément du 26 juillet 2014]

Dans la Presse+ du jour, rubrique cinéma, ceci :

La Presse+, 26 juillet 2014

 

[Complément du 12 mai 2015]

Existe également en version «Tressé serré» (la Presse, 9 mai 2015, cahier Arts, p. 16).

 

[Complément du 19 septembre 2018]

Lundi soir, à Montréal, un débat télévisé réunissait les aspirants premiers ministres du Québec; c’était une première. Certains se sont opposés à la tenue de ce débat, mais pas Francine Pelletier. Dans le Devoir du jour, elle parle des «Anglos tricotés serrés» qui ont pu s’y reconnaître (p. A11).

 

Références

Bérubé, Renald, les Caprices du sport. Roman fragmenté, Montréal, Lévesque éditeur, coll. «Réverbération», 2010, 159 p.

Huglo, Marie-Pascale, la Respiration du monde, Montréal, Leméac, 2010, 165 p.

Vincent, Diane, Peaux de chagrins, Montréal, Triptyque, coll. «L’épaulard», 2009, 236 p.

La station assise

Au Québec, les échanges oraux ne se font ni debout ni couché ni à genoux; on ne discute qu’assis. D’où l’équivalence entre s’asseoir et parler. Les exemples ne manquent pas, dont les quatre suivants.

«La CSDM s’assoit avec ses partenaires afin de développer des stratégies pour l’avenir» (le Devoir, 30-31 octobre 2004).

«Les enseignants s’assoient avec le ministre» (le Devoir, 24 mai 2005, p. A2).

«Paul Martin en entrevue à la Presse. S’asseoir avec les provinces, oui; signer des chèques en blanc, non» (la Presse, 14 octobre 2005, p. A3).

«Mon collègue Marc Antoine Godin s’est assis avec l’analyste de RDS, Benoît Brunet, ce week-end à Québec, pour sonder ses états d’âme» (la Presse, 5 octobre 2010, cahier Sports, p. 4).

De pareilles réunions, il faut toutefois se méfier. Avant de s’asseoir, qu’est-ce que l’autre a décidé d’apporter à la table ?

 

[Complément du 21 mai 2012]

Foi de Twitter, en plus de s’asseoir avec, on peut désormais s’asseoir auprès de : «Pauline Marois réclame que le PM Charest s’assoie auprès de sa nouvelle ministre pour rencontrer les leaders étudiants.»