Oui, mais non

Marc Denis est un ancien gardien de but de la Ligue nationale de hockey, devenu analyste au Réseau des sports. L’Oreille tendue apprécie, dans l’ensemble, sa maîtrise de la langue française. Comme n’importe qui, Marc Denis a ses marottes — la patinoire est la «surface glacée», à une époque il aimait vraiment beaucoup le verbe gérer —, mais tout le monde en a. Pour le reste, il s’exprime avec justesse et aplomb.

Les oreilles de l’Oreille ont cependant saigné (un peu) hier soir.

Marc Denis refuse d’utiliser le mot anglais statement dans ses commentaires, ce qui est tout à son honneur. En revanche, quand il le remplace par énoncé, ça grince.

«Les joueurs ont voulu faire un énoncé» ? Non. «C’était un match-énoncé» ? Pas plus. Les Canadiens de Montréal se moquent des Islanders de New York ? C’est une bonne nouvelle, pas un «énoncé».

Quand Marc Denis dit «Les Canadiens ont battu les Islanders», ça, c’est un énoncé, au sens linguistique du terme : «Résultat, réalisation de l’acte de parole. […] Segment de discours ainsi produit» (le Petit Robert, édition numérique de 2014).

À chacun ses énoncés, et les victoires seront bien gardées.

P.-S.—Oui, c’est de la langue de puck.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014), couverture

Autopromotion 414

Les relations entre le français et l’anglais ne sont jamais simples au Québec.

Il en sera question plus tard cette semaine avec la diffusion à Télé-Québec du documentaire I speak français.

Il en sera aussi question cet après-midi, entre 15 h et 16 h, à l’émission Pas tous en même temps, au micro de Karyne Lefebvre.

Dans les deux cas, l’Oreille tendue en sera.

 

[Complément]

On peut (ré)entendre l’entretien d’aujourd’hui ici.

Autopromotion 411

Portrait de Benoît Melançon tiré du documentaire I speak français (2019)Karina Marceau a réalisé un documentaire sur la place de la langue française et de la langue anglaise chez les jeunes Québécois (de 18 à 30 ans).

I speak français sera diffusé à Télé-Québec le 20 mars à 20 h (rediffusion : 21 mars à 14 h et à 23 h, 24 mars à 20 h). Il sera présenté en avant-première au Théâtre Outremont le 15 mars à 20 h, en présence de la réalisatrice.

L’Oreille tendue en est, mais elle n’est pas de la bande-annonce qui tourne actuellement sur Facebook. Ses lecteurs ne seront pas étonnés d’apprendre qu’elle ne partage ni les sentiments de Mathieu Bock-Côté ni ceux de Denise Bombardier.

Dans le Journal de Montréal du jour, Karina Marceau rapporte les positions de l’Oreille, défendues notamment dans son livre Le niveau baisse !

P.-S.—Qu’est-ce qui est «circonscrit» ? Il faudra attendre la diffusion du film pour le savoir.

 

[Complément du 17 mars 2019]

Pour en savoir plus sur le documentaire, on peut lire le Devoir ou écouter Radio-Canada.

 

Référence

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

Rater sa sortie

The Sopranos, «Made in America», scène finaleEn conférence publique à Montréal, il y a plus de vingt-cinq ans, Robert Darnton avouait ne pas avoir la télévision : «I don’t own a television set», avait-il dit. Pour des raisons qui tiennent probablement plus à la formulation qu’à l’aveu lui-même, l’Oreille tendue n’a jamais oublié cette phrase.

Contrairement à l’historien américain, elle a la télé, essentiellement pour deux choses : les sports, les séries. En 2018, elle a ainsi pu assister à deux épisodes de clôture spectaculairement calamiteux.

Il y a d’abord eu l’épisode final de la troisième saison de la série Billions, «Elmsley Count», où les deux rivaux, qui ont tout perdu, se réunissent pour préparer leur retour. Disons-le simplement : cela n’a strictement aucun sens. La prochaine saison, annoncée pour 2019, devrait le confirmer.

Puis, il y a eu celui de la sixième et dernière (ouf !) saison de House of Cards. Autocitation de l’Oreille, sur Twitter : «Dire de la sixième saison de House of Cards que c’est une daube est bien en deçà de la vérité : “Jumping the shark”…»; «Après House of Cards 6, Homeland 6, c’est Shakespeare.»

Si vous le voulez bien, passons à autre chose.

P.-S.—Ne posez pas la question pour rien : oui, évidemment, l’épisode final des Sopranos, «Made in America», était parfaitement réussi.