Hexagone maudit

Logo de la société d’aviation Porter

Porter diffuse actuellement une publicité télévisée où un des personnages se demande s’il faut prononcer le nom de cette société aérienne porté ou porteure. Ses amis, pour essayer de lui faire entendre raison, l’interrogent sur la prononciation d’autres mots avec une graphie semblable. Lagué ou lagueure (la bière) ? Vancouvé ou Vancouveure (la ville) ?

Arrive un moment où la question porte sur lighté ou lighteure (le briquet). Un autre voyageur se joint alors de la conversation : «Hé, les gars, on fume pas dans l’avion, là.» Voilà quelqu’un qui ne se mêle manifestement pas de ses affaires, en plus de prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’une plaisanterie.

On ne saura qu’une chose de lui, à cause de son accent : il vient de l’Hexagone. Au Québec, l’image du maudit Français n’est jamais bien loin.

L’inconscient linguistique hexagonal

Le Bus. Les Bleus en grève, documentaire sur Netflix, 2026, affiche

On ne se refait pas : quand l’Oreille regarde du sport, elle reste tendue en matière de langue. Le cas le plus récent ? Le documentaire le Bus. Les Bleus en grève, sur Netflix, qui raconte la cascade de déconvenues causée par l’équipe de France à la Coupe du monde de football de 2010 en Afrique du Sud.

Une partie du scandale naît d’une déclaration jetée par un des joueurs étoiles de cette équipe, Nicolas Anelka, à l’endroit de son entraîneur, Raymond Domenech : «Va te faire enculer, sale fils de pute», rapportait alors le quotidien l’Équipe. Il n’est pas sûr que les paroles d’Anelka aient été exactement celles-là, mais tous s’entendent pour dire qu’il y a eu une altercation dans le vestiaire à la mi-temps entre les deux hommes. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Il m’a tutoyé. Il ne me tutoyait jamais» (37e minute).

À la suite de l’expulsion d’Anelka par la Fédération française de football, ses coéquipiers ont fait grève d’un entraînement. Ils ont rédigé une déclaration pour expliquer leur geste. C’est leur entraîneur (!) qui la lit devant les médias. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Putain, c’est pas eux qui ont écrit ça. Y a pas de fautes d’orthographe» (58e minute).

En quatre phrases, on voit la puissance de l’imaginaire linguistique hexagonal : le tutoiement et l’orthographe classent.

Curiosité voltairienne (et inconnue)

Émission de télévision Jeopardy !, logo

Dans sa livraison du 27 mai 2026, le jeu questionnaire Jeopardy ! a, en quelque télévisuelle sorte, accueilli Voltaire.

C’était dans la catégorie «Heated Rivalries» (Rivalités irréductibles), pour 2000 $.

Voici l’indice : «The sieur de Crébillon used his job as censor to harass this fellow author, who wrote a nasty eulogy on the sieur in 1762» (Crébillon père abusa de sa fonction de censeur pour harceler cet auteur, qui écrira un éloge funèbre virulent à son sujet en 1762).

Aucun des trois participants n’a essayé de répondre.

Réaction de l’animateur : «Don’t tick off Voltaire !» (Ne vous mettez pas Voltaire à dos !) Le conseil est judicieux.

Son Éloge de M. de Crébillon (août 1762) n’en était, en effet, pas un. Exemple, au hasard : «Tout cela n’est ni bien écrit ni bien pensé.» Il y a pire.

 

Voltaire est toujours bien vivant.

Étalon boulanger

Pain Maurice «Rocket» Richard, emballage

Dans la langue populaire du Québec, l’innovation peut se mesurer avec le vocabulaire de la boulangerie. Dire d’une chose qu’elle est «la plus grande invention depuis le pain tranché» est donc positif, non sans une forte pointe, il est vrai, d’ironie.

L’Oreille tendue a pensé à cette expression en entendant, à la télévision, une publicité qui emploie l’expression pour vanter une nouvelle variété de… pain tranché.

À votre service.