Les zeugmes du dimanche matin et d’Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné, la Vraie Vie, 2018, couverture«La principale fonction de ma mère était de préparer les repas, ce qu’elle faisait comme une amibe, sans créativité, sans goût, avec beaucoup de mayonnaise.»

«Je suis allée jusqu’à la voiture à remonter le temps. J’ai attrapé une barre de fer et j’ai frappé. Frappé le pare-brise, frappé le capot, frappé le micro-ondes, frappé toute cette année de travail, de dessins, de recherches et d’espoir.»

«Mais sitôt les forains partis, chacun s’en retournait à sa prostration solitaire, devant sa télé, cultivant, au choix, dépression, aigreur, misanthropie, apathie ou diabète.»

«Je connaissais ses cris, quand mon père perdait le contrôle de sa colère et du Glenfiddich, mais c’étaient des petits cris d’amibe.»

«Du côté de ma mère, il n’y avait plus que ma grand-mère, malade et vieille. On allait la visiter une fois par an dans une maison de retraite qui sentait l’ennui, le renoncement et le beurre rance.»

Adeline Dieudonné, la Vraie Vie, Paris, L’iconoclaste, 2018, 200 p. Édition numérique.

Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Claudel

Philippe Claudel, J’abandonne, 2006, couverture«Je suis sorti comme on sort d’un cauchemar. Je pensais aux draps blancs, immensément brodés dans lesquels je t’avais couchée avant de t’abandonner seul dans l’appartement pour marcher dans Paris et dans quelques souvenirs» (p. 25).

«J’ai posé mon sac dans le couloir, ma fatigue et bien d’autres choses, et le baby-sitter est venu me voir» (p. 32).

«Et puis elle est sortie, pour une rave dans un squat du onzième, “totale défonce” m’a-t-elle assuré, et moi je lui ai souhaité une bonne soirée en refermant sur nous deux la porte et le monde» (p. 34).

«Quand la baby-sitter est revenue hier matin, après sa nuit électrique, tu as fui. Elle sentait la sueur, la fatigue, la bière» (p. 25).

Philippe Claudel, J’abandonne, Paris, Stock, coll. «La bleue», 2006, 115 p.

Accouplements 132

Jo Nesbø, le Bonhomme de neige, 2008, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

L’accouplement du jour est une gracieuseté de Luc Jodoin.

Son tweet du 5 janvier 2019 : «“Il était sept heures et demie et trois cafés” Sérotonine, Houellebecq.»

Sa lecture du Bonhomme de neige de Jo Nesbø : «Gaspar Hagen s’était arrêté à la porte du restaurant Schrøder, et regardait autour de lui. Il était parti de chez lui exactement trente-deux minutes et trois conversations téléphoniques après le générique de Bosse» (éd. de 2008, p. 359).

Oui, ce sont des zeugmes. Ce ne sont pas les seuls de ce roman (voir ici et ).

Merci, Luc.

Référence

Nesbø, Jo, le Bonhomme de neige. Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, traduction d’Alex Fouillet, Paris, Gallimard, coll. «Folio policier», 575, 2008 (2007), 583 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Myriam Beaudoin

Myriam Beaudoin, Épiphanie, 2019, couverture

«Celui qui m’attendait avait la quarantaine, de légères lunettes rondes, une pilosité alarmante rasée du haut des joues jusqu’à l’encolure d’un t-shirt pâle usé, et un ton insupportable» (p. 35).

«Un jour, ce fut l’arrêt total du régime totalitaire pour la fécondité, la fin du courage et de l’acharnement, un terme à mes fréquentations avec de doux et gentils guérisseurs, et de froids médecins armés de stylos-billes et de statistiques cruelles» (p. 66-67).

«À notre demande, sœur Thérèse ouvrira le parloir et le dialogue» (p. 74).

«neuf fois sur dix elle perd pied et maison» (p. 129).

«Chaque jour au coin de ma rue j’ai croisé des parents funambules aux poches transpercées, vides de pain, de comptines, de baisers pour les grands chagrins» (p. 131).

Myriam Beaudoin, Épiphanie. Confession, Montréal, Leméac, 2019, 139 p.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 26 février.