Le zeugme du dimanche matin et d’Émile Henriot

Plaque commémorative pour Émile Henriot, Nesles-la-Vallée«Je suis ravi, cher ami, de vous avoir distrait, si j’y ai réussi, avec ces notes du Temps ! Et si je n’y ai pas joint, depuis trop longtemps à mon gré, des nouvelles manuscrites à votre adresse, c’est que la vie que je mène est fort sotte, d’une part, si de l’autre elle est glorieuse. (Encore est-ce là une façon de parler, et peut-être un préjugé : car la gloire de ramasser du crottin dans des cours de ferme, et faire l’exercice dans un champ, ou se tapir dans des trous de rat, sous la sauvegarde de fils de fer, et d’y recevoir des bouts de ferraille chaude, c’est un sujet discutable, quand depuis six mois on mène ce métier.) Néanmoins, je suis, cher ami, enchanté de l’exercer, et de passer à travers la neige, le froid, la pluie, la boue, les puces, quelquefois les balles, la mauvaise humeur des uns et des autres, en conservant une humeur, pour ma part, charmante, beaucoup d’appétit, et une santé telle que je ne m’en suis jamais connu» (Émile Henriot, lettre du 2 janvier 1916, dans Paul-Jean Toulet, Lettres de P.-J. Toulet et d’Émile Henriot, dans Paul-Jean Toulet, Œuvres complètes, citée dans la livraison du 6 janvier 2019 des Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion).

Illustration : Plaque commémorative pour Émile Henriot, dans l’avenue qui porte son nom, Nesles-la-Vallée, disponible sur Wikimedia Commons

Les zeugmes du dimanche matin et de Jo Nesbø

Jo Nesbø, Macbeth, 2018, couverture«Certains avaient affirmé qu’il était mort, d’autres qu’il s’était enfui à l’étranger, qu’il avait changé d’identité et coupé ses nattes claires, pour savourer sa vieillesse et ses cigarillos tout fins sur une terrasse en Argentine» (p. 14).

«Duff soupira. Qu’est-ce qu’elles voulaient, ces femmes ? Avaient-elles toutes besoin de le lier pieds et poings, de l’attacher aux montants du lit, de le nourrir dans la cuisine pour pouvoir traire son portefeuille et ses testicules afin de le noyer sous la progéniture et la mauvaise conscience ?» (p. 146)

«Andrianov eut le temps de tendre le bras vers le pistolet avant que sa vie et son raisonnement soient interrompus par la balle qui pénétra son front, son cerveau et le dossier du fauteuil pour ne s’arrêter qu’en rencontrant le mur au papier peint à fils d’or que Lady avait acheté à Paris pour une somme exorbitante» (p. 176).

Jo Nesbø, Macbeth, traduction de Céline Romand-Monnier, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2018, 617 p.

Le zeugme du dimanche matin et de Nadine Bismuth

Nadine Bismuth, Un lien familial, 2018, couverture«Un frisson me parcourt le corps et je me cale davantage dans mon siège, mais le téléphone se met à sonner, interrompant à la fois la musique électro dans les haut-parleurs et les caresses d’Olivier.»

Nadine Bismuth, Un lien familial, Montréal, Boréal, 2018, 317 p., p. 78-79.

Le zeugme du dimanche matin et de Maupassant

Maupassant, Boule de Suif, éd. 2000, couverture

«Sa femme, grande, forte, résolue, avec la voix haute et la décision rapide, était l’ordre et l’arithmétique de la maison de commerce qu’il animait par son activité joyeuse.»

Guy de Maupassant, Boule de Suif, dans Boule de Suif suivi de la Maison Tellier, postface de Chloé Radiguet, Paris, Mille et une nuits, 2000, 101 p., p. 15.

Les zeugmes du dimanche matin et de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra, Khalil, 2018, couverture«Mille fois, j’étais sur le point de rentrer chez moi retrouver mon kebab, mon bistrot, les filles que j’adorais embêter à la sortie du lycée, les copains qui préféraient les tubes d’été aux prêches incendiaires, et mes DVD.»

«D’autres se pavanaient en agitant des banderoles et des drapeaux tricolores, déjà ivres de ferveur et de bière.»

Yasmina Khadra, Khalil, Paris, Julliard, 2018, 264 p.