Le zeugme du dimanche matin et de Jean-Philippe Baril Guérard

Jean-Philippe Baril Guérard, Royal, 2018, couverture

«C’est la première fois que tu la voyais ne serait-ce qu’un peu indisposée, elle qui est toujours pétillante, souriante, impeccable, dégoulinante de kale et de bons sentiments.»

Jean-Philippe Baril Guérard, Royal, Montréal, Éditions de Ta Mère, 2018, 287 p., p. 64.

Les zeugmes du dimanche matin et de David Goudreault

David Goudreault, Abattre la bête, 2017, couverture«Après un dernier joint enrichi de poudrasse en leur compagnie, j’ai payé l’artiste, remercié le complice devenu désuet et entamé ma street life. Je n’avais plus un dollar en poche, mais j’avais du style, de la drogue et la liberté. C’est plus que le bonheur en demande» (p. 59).

«Elle devait avoir quarante-neuf ans, mais en paraissait soixante-trois. On vieillit vite dans le milieu de la prostitution, c’est un métier physique, exigeant et documenté» (p. 86).

«Bébette avait quatre amphétamines et un corps sculptural» (p. 111).

«Elle avait ramassé ses dreads, ses espoirs d’un monde meilleur et s’était installée dans la métropole» (p. 113).

«Ma lèvre et mon amertume enflaient à vue d’œil» (p. 150).

«Un héros du dimanche approchait au pas de course, sa clique derrière lui. Plus de temps à perdre, je me suis enfermé dans la voiture avec mon chihuahua, une sacoche, un sac-banane et une forte dose d’adrénaline» (p. 159).

«Tout le monde hurlait et courait dans tous les sens, sauf le valet coincé sous ma voiture. Il hurlait, mais ne courait nulle part. Sans m’éterniser davantage, j’ai ramassé mon chien, mon gun et mon courage» (p. 180).

«Aussi surpris que moi, un laborantin est apparu au bas de l’escalier. Je me suis rué sur lui et lui ai placé le canon de mon arme dans le front. Quoi de neuf docteur ? Il a échappé son flegme et ses dossiers sur le sol» (p. 197).

David Goudreault, Abattre la bête, Montréal, Stanké, 2017, 234 p.

Les zeugmes du dimanche matin et d’Éric Vuillard

Éric Vuillard, l’Ordre du jour, 2017, couverture

«Il a l’air triste et inquiet; il tourne machinalement entre ses doigts un bel anneau d’or, à travers le brouillard de ses espoirs et de ses calculs — et il se peut que, pour lui, ces mots aient une seule signification, comme s’ils avaient été lentement aimantés l’un vers l’autre.»

«Ce sont des admirateurs de Bruckner, et, ensemble, ils évoquent parfois son langage musical, dans les bureaux de la chancellerie, là où s’est déroulé le congrès de Vienne, le long des couloirs où Talleyrand traîna ses brodequins pointus et sa langue de vipère.»

«C’est là-bas, dans cette Californie industrieuse, entre quelques boulevards au carré, à l’angle d’un donut et d’une pompe à essence, que la densité de nos existences adopte le ton des certitudes collectives.»

Éric Vuillard, l’Ordre du jour, Arles, Actes sud, 2017, 160 p. Édition numérique.

Le zeugme du dimanche matin et d’Yves Ravey

Yves Ravey, Pas dupe, 2019, couverture

«Et je me suis creusé la tête pour reprendre, point par point, le déroulement de notre soirée, somme toute très habituel, à l’image de tous ces samedis soirs qui se terminaient à quatre heures du matin, le dimanche avant l’aube, avec de l’alcool dans le sang et des embardées sur la route.»

Yves Ravey, Pas dupe, Paris, Éditions de Minuit, 2019, 139 p., p. 64-65.

Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Claudel

Philippe Claudel, Meuse l'oubli, éd. de 2006, couverture«Paule avait quelque trente ans et des seins de rodomontade, oui de rodomontade, même si cela ne veut rien dire […]» (p. 13).

«Celle-ci claquait des dents, et de rire et de froid, décembre en plein visage; les vagues si hautes nous giflaient de brisures d’eau pareilles a des silex. […] Saoul de beaucoup de breuvages et d’envie, je brandissais ses mamelons à la mère hurlante […]» (p. 13).

«Tous les troquets de Gand me virent tituber pendant les semaines qui suivirent la mort de celle que jadis je nommais, dans les grands soirs ensirupés de lyrisme et de vin de groseille, ma caressante» (p. 21).

«Qui ne l’a donc connue au travers de mes brailleries d’aube, soupes rances de bière, et de mots dont je régalais mes frères d’une nuit ?» (p. 22)

«Je promène dans Feil l’ombre de Paule et mes regrets» (p. 35).

«Une maison sur deux n’a plus de feu, ni de lit, de chuchotements, de pleurs, d’odeurs de soupe, d’engueulades énormes, de râles amoureux» (p. 36).

«Les vieux beloteurs sont là sans t’avoir connue. Ils vivent en ignorant que Paule fut belle et aimée, qu’elle avait le cul d’un Maillol et le rire dispendieux, des dents de fauve, le ventre d’un capitole, belle d’un revers de soie aux yeux de noctambule qui cherche, les mains tendues contre une muraille hérissée de tessons» (p. 41).

«Elle se mêlait tout éplorée aux traînes des cortèges pour essuyer, à peine la bière ensevelie et le sermon expédié, le chagrin des immanquables cousins que toutes funérailles un tant soit peu sérieuses convoquent, quand ce n’était pas la douleur du veuf lui-même, chaviré par les larmes, le grand air, le noir et l’encens» (p. 73).

«“Te prends-tu pour un petit Marcel”», lance ma mère en même temps qu’une claque sèche, un soir après que je viens de lui réclamer un baiser […]» (p. 83).

«Un jour ma mère prit un bateau et le bras d’un Sud-Américain» (p. 146).

Philippe Claudel, Meuse l’oubli, Paris, Stock, 2006 (1999), 152 p.