Le zeugme du dimanche matin et d’Éric Chevillard

«Dans cette campagne profonde, je m’étais retiré avec un livre, un sandwich et l’intention de passer une après-midi tranquille dans le silence et l’isolement, et seul un autre homme, en effet, avait eu la même idée que moi, mais lui pour s’exercer à la trompette.»

Éric Chevillard, l’Autofictif, 3269, 11 avril 2017.

Les zeugmes du dimanche matin et de Pierre Michon

Pierre Michon, Vies minuscules, 1984, couverture«La petite église de Borinage se referma sur nous tous, sur son latin, sur ses chaises remuées quand on se lève, qu’on se rassied, sur ses déambulations bizarres, son grand froid et ses petits objets d’or, sur son Dies Irae qui est chaque jour» (p. 134-135).

«Puis, ce dernier jour, mon visage était encore déformé par la blessure, je craignis d’être défiguré; je rudoyai Marianne qui tâchait tendrement de me rassurer; j’emportai, avec un vague courroux, le Gilles de Rais, la vision des grands arbres encore, et le silence du père Foucault» (p. 159).

Pierre Michon, Vies minuscules, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 2895, 1984, 249 p.

P.-S. — Ce ne sont ni les premiers zeugmes de ce livre ni de cet auteur (voyez ici).

Les zeugmes du dimanche matin et d’Anatole France

Saint Georges terrassant le dragon, Martin Schongauer«Un tel fait n’est pas unique et l’on trouve dans les livres plusieurs histoires de dragons très féroces. Ces monstres se rencontrent principalement dans les cavernes, aux bords des eaux et de préférence chez les peuples païens» (p. 57).

«Ceinte de remparts, pleine de casernes et d’arsenaux, elle avait l’air martial et désolé» (p. 108).

«Très haut de taille et de pensée, il avait un respect de lui-même et d’autrui qui se manifestait par une froide politesse ainsi que par une redingote noire très mince et un chapeau de haute forme, dont sa personne se montrait émaciée et sublimée» (p. 168).

Anatole France, l’Île des Pingouins (1908), dans Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Marie-Claire Bancquart, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», 406, 1994, tome IV, p. 1-248.

Illustration : Saint Georges terrassant le dragon, Martin Schongauer, 1470-1490, Rijksmuseum, Amsterdam

Les zeugmes du dimanche matin et de Michael Delisle

Michael Delisle, le Palais de la fatigue, 2017, couverture«Pendant ce temps, les leçons particulières de son professeur peaufinaient son anglais et ses manières. […] C’est ainsi que George part pour Londres avec des souliers usés mais propres et une hâte teintée de dépit» (p. 109-110).

Michael Delisle, «Portage», dans le Palais de la fatigue. Nouvelles, Montréal, Boréal, 2017, 137 p., p. 93-125.

Les zeugmes du dimanche matin et de Grégoire Courtois

Grégoire Courtois, les Lois du ciel, 2016, couverture«Si ce type n’arrivait pas dans les cinq prochaines minutes, elle se disait qu’elle n’aurait plus qu’à se laisser tomber de l’autre côté du tronc, baisser son short et sa culotte et passer la nuit là, sur le flanc, se vidant douloureusement de ce qui lui restait de bile et de décence» (p. 38).

«Quand on a six ans et qu’on rampe dans un boyau mouillé qui s’effrite sous les doigts et trempe les paumes et les genoux et qu’on a peur la nuit de ne plus jamais revoir ses parents, ni ses frères et sœurs ni peut-être la lumière du jour, cette odeur et cette sensation c’est comme si l’arbre vous mangeait» (p. 83).

«Alors une branche de conifère avait stoppé net la litanie de Nathan en même temps que sa course, écorchant partiellement la peau de son visage» (p. 115).

«Nathan avait passé plusieurs heures à crier, à appeler sa mère, ou quiconque aurait pu passer par là et par miracle au beau milieu de la nuit» (p. 131).

«Sans clé, sans route, sans camp, sans signe ni flèche ni plan, dans les méandres d’un labyrinthe courbe, fait de vent et de vagabondage, nous sommes là […]» (p. 136).

«l’apaiser plutôt, l’encourager à s’asseoir et attendre que la nuit tombe et puis que la nuit passe à consoler ce petit être perdu dans le bois et le reste de sa vie» (p. 149).

«Et ces trois enfants de même mouraient devant eux, vomissant du vide et l’horreur d’être encore en vie […]» (p. 159).

«Si c’était le cas, Enzo n’en avait rien vu et n’avait trouvé en fouillant l’orbite que pulpe et sang, mélasse salissante et déception de renoncer une fois de plus à une part de la magie qu’on lui avait promise» (p. 162).

Grégoire Courtois, les Lois du ciel, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 99, 2016, 195 p.