Nostalgie culinaire

Restaurant Bens, Montréal, enseigne, non datée, Montréal Signs Project

Quoi qu’on en pense et quoi qu’on en dise, l’Oreille tendue a déjà été jeune. À cette époque, il lui arrivait relativement souvent de fréquenter le restaurant montréalais Bens, aujourd’hui disparu. L’endroit lui manque.

Quelle ne fut pas sa joie de voir Bens évoqué par François Hébert, dans son livre Homo plasticus, en 1987, dans le «Chant dixième» :

Bon patron, au restaurant j’invite tous mes employés.
Comme c’est eux qui paient l’addition (ainsi que mon loyer),
Ils choisissent un établissement pas cher : chez Ben.
Pour ceux qui ne le savent, c’est un délicatessen.
[…]
J’entame mon smokède-méate ainsi que le débat, sans ambages. (p. 19)

Ces vers appellent trois commentaires.

Pour la rime («Ben» / «délicatessen»), l’auteur a sacrifié une lettre finale : Bens est devenu Ben (et restera Ben; voir p. 30).

Le «smokède-méate» est, bien sûr, un smoked meat, spécialité montréalaise (et de Bens).

Le dernier vers contient un zeugme.

Bon appétit !

 

P.-S.—Vous avez entièrement raison : l’Oreille a déjà reconnu cette nostalgie.

P.-P.-S.—Dans ses archives, l’Oreille retrouve cette note, vieille de… 35 ans : «Chez Bens, parmi les photos dédicacées de sportifs et autres vedettes montréalaises, il y a un “Coin des poètes / Poets’ Corner”. Le mercredi 23 août 1989, on y trouvait, au milieu de quelques anglophones (Louis Dudek, A.M. Klein, etc.), des poètes francophones : Gaston Miron, Paul Chamberland (profil pharaonique), Jean Éthier-Blais (!), Sylvie Sicotte et… Nicole Brossard ! Comment imaginer Nicole Brossard mangeant un Bens Special ?»

 

Illustration : Montréal Signs Project

 

Référence

Hébert, François, Homo plasticus, Québec, Éditions du Beffroi, 1987, 130 p.

Le zeugme du dimanche matin et de William S. Messier

William S. Messier, le Miraculé, 2024, couverture

«Les semaines qui précèdent l’opération, je pars souvent seul après l’école avec rien d’autre que mon Discman et ma mauvaise humeur. Je marche longtemps. Je tente de chasser des pensées obsédantes : toutes les façons dont j’aurais pu mourir.»

William S. Messier, le Miraculé. Récit, Montréal, Le Quartanier, série «QR», 187, 2024, 162 p., p. 111.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Le zeugme du dimanche matin et de Louis Sébastien Mercier

Portrait de Louis-Sébastien Mercier

«Ses cheveux proprement tressés formaient un nœud derrière sa tête, et un léger soupçon de poudre leur laissait leur couleur naturelle. Ce simple accommodage ne présentait point une pyramide plâtrée de pommade et d’orgueil, ni ces ailes maussades qui donnent un air effaré, ni ces boucles immobiles qui, loin de retracer une chevelure flottante, n’ont d’autre mérite que celui d’une roideur sans expression, comme sans grâces.»

Louis Sébastien Mercier, l’An deux mille quatre cent quarante. Rêve s’il en fut jamais, édition, introduction et notes par Raymond Trousson, Bordeaux, Ducros, 1971, 426 p., p. 94-95. Édition originale : 1770-1771.

 

P.-S.—Il y a peu, l’Oreille tendue a écrit un texte sur ce roman.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Le zeugme du dimanche matin et de Philippe Besson

Philippe Besson, Ceci n’est pas un fait divers, 2023, couverture

«Je me souviens d’avoir été frappé par cette expression presque militaire : se tenir prête. Cela signifiait qu’elle y pensait depuis un certain temps, qu’elle avait pris sa décision, qu’elle attendait simplement le bon moment, ou le moins mauvais, elle avait peut-être même acheté des billets de train ou de bus, trouvé un hébergement, elle était organisée, elle n’aurait rien laissé au hasard, mais pourquoi avoir tardé, pourquoi ne pas avoir pris ses jambes à son cou et sa fille par la main.»

Philippe Besson, Ceci n’est pas un fait divers, Paris, Julliard, 2023. Édition numérique.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)