Le Goncourt à l’école

Dans la livraison de ses Notules dominicales de culture domestique (et de villégiature exotique) servie le 7 novembre, Philippe Didion montre ce que doit le Michel Houellebecq «des bons jours, celui des Particules élémentaires, plus encore celui d’Extension du domaine de la lutte», à Jean-Patrick Manchette. Chez les deux, on trouve une «langue soigneusement méprisante». Voilà qui est très bien vu. On pourrait faire de cette remarque un beau sujet de dissertation à la Chassang et Senninger.

Vous expliquerez et discuterez, s’il y a lieu, la formule suivante de Philippe Didion : le Michel Houellebecq «des bons jours, celui des Particules élémentaires, plus encore celui d’Extension du domaine de la lutte», doit beaucoup à Jean-Patrick Manchette, en particulier une «langue soigneusement méprisante». Étayez votre discussion d’exemples puisés dans l’œuvre du lauréat du prix Goncourt.

Référence

Chassang, Arsène et Charles Senninger, la Dissertation littéraire générale. Classes supérieures de Lettres et Enseignement supérieur, Paris, Hachette, 1955, vi/442 p.

Une tête bien faite

L’université de l’Oreille tendue souhaite la former. Soit. Celle-ci a donc assisté récemment à une «formation pour cadre académique». (Elle laisse ses lecteurs rêver au PowerPoint qu’on nous a asséné.)

Elle y a découvert des choses; elle n’en disconvient pas. Cela dit, on lui a appris que nous avions l’obligation d’«instrumenter nos processus» et «nos décisions». Si elle a bien compris, elle devrait être elle-même «instrumentée». Elle n’a pas osé demander ce que cela voulait dire; froussarde qu’elle est, elle avait peur de la réponse.

Une tabarnac de maestria

L’Oreille tendue a déjà eu l’occasion de causer jurons, notamment ici, et d’avouer sa longue relation affectueuse avec le mot tabarnac. Elle ne peut donc que s’incliner devant la maestria dont fait preuve Julien Poulin, l’interprète du personne d’Elvis Gratton, quand il se plie aux demandes du réalisateur Pierre Falardeau.

Cela, en effet, mérite applaudissements.

Citation typographique du jour

Jean Bernard-Maugiron, Du plomb dans le cassetin, 2010, couverture

«Les fonctions du correcteur sont très complexes. Reproduire fidèlement le manuscrit de l’écrivain, souvent défiguré dans le premier travail de la composition typographique; ramener à l’orthographe de l’Académie la manière d’écrire particulière à chaque auteur; donner de la clarté au discours par l’emploi d’une ponctuation sobre et logique; rectifier des faits erronés, des dates inexactes, des citations fautives; veiller à l’observation scrupuleuse des règles de l’art; se livrer pendant de longues heures à la double opération de la lecture par l’esprit et de la lecture par le regard, sur les sujets les plus divers, et toujours sur un texte nouveau où chaque mot peut cacher un piège, parce que l’auteur, emporté par sa pensée, a lu, non pas ce qui est imprimé, mais ce qui aurait dû l’être : telles sont les principales attributions d’une profession que les écrivains de tout temps ont regardée comme la plus importante de l’art typographique.»

Lettre adressée à l’Académie française par la Société des correcteurs des imprimeries de Paris, juillet 1868, citée dans Jean Bernard-Maugiron, Du plomb dans le cassetin. Roman, Paris, Buchet/Chastel, 2010, 106 p., p. 44-45.