Frontières du grégarisme

Il faut se méfier des réunions. Les organisateurs de réunions, eux les premiers, le savent; ils ont donc trouvé des façons de ne pas dire qu’ils tiennent des réunions.

On peut changer le nom de la réunion et tenir plutôt une rencontre informelle. Celle-ci peut être aussi préparée que celle-là — animation, documents à distribuer avant les interventions, pistes de réflexion qui permettront de relancer les échanges au cas où il y aurait des temps morts, questionnaire de suivi —, mais elle effrayera moins la communauté.

Il y a plus radical, comme le rapportait Yves Boisvert dans la Presse du 16 mai 2003. Il citait alors un document de la Ville de Montréal qui présentait la «solution accélérée», soit

une technique qui «fait en sorte que dans un contexte et dans un cadre physique, toutes les personnes concernées sont réunies dans un même lieu, dans une certaine configuration, avec tout le support nécessaire pour prioriser et obtenir l’engagement et le soutien décisionnel nécessaire à la résolution des problématiques identifiées» (p. A5).

Foi d’Oreille tendue, on dirait bien une réunion.

P.-S. — Derrière ce document, il y avait Robert Abdallah, qui était alors directeur général de la Ville de Montréal.

Un tabarnac de scoop

L’entrepreneur numérique Guy Kawasaki lancera Enchantment. The Art of Changing Hearts, Minds, and Actions, son prochain livre, en mars 2011. Il y démontrera notamment que l’utilisation bien dosée du juron peut contribuer à cet enchantment qui, dans le domaine commercial, est à la fois séduction et conviction. Il est possible, oui, d’enchanter son client en sacrant.

Lecteur, tu l’auras d’abord lu chez l’Oreille tendue.

P.-S. — Il est vrai que tu l’auras peut-être entendu ici. Mais ce n’est pas la même chose.

L’art du portrait : ça n’arrête pas

Laurent Mauvignier, Seuls, 2004, couverture«Il n’aimait pas son visage ni sa petite taille, ses cheveux et les épis qui déformaient la tête dans le miroir, tous les jours, avec l’obligation de les couvrir de gel pour les rabattre derrière les oreilles. Il n’aimait pas sa voix. Il n’aimait pas ses lunettes aux contours épais ni le menton qu’il avait, qu’il trouvait trop petit sous le sourire qu’il tenait fermé, histoire de cacher les dents jaunes et mal placées — on aurait dit une bataille avec des lances dans tous les coins, qui volent et vont chahuter l’espace. Alors il ne disait rien et trouvait normal que Pauline n’ait pas songé à être amoureuse de lui.»

Laurent Mauvignier, Seuls, Paris, Éditions de Minuit, 2004, 171 p., p. 10-11.

Dépositaire de jurons

Dans la 462e  livraison de ses Notules dominicales de culture domestique (et de villégiature exotique), servie le 26 septembre, Philippe Didion narre des problèmes de plomberie.

Vie domestique. J’avais dit il faut appeler un plombier. Même si ce n’était pas grand-chose, un système de robinet à changer, du nanan même pour le débutant. Seulement quand j’ai voulu couper l’eau et que j’ai confondu l’avant et l’après compteur, le robinet d’arrivée d’eau avec celui de la vidange et que ce dernier m’est resté dans la main, ça s’est vite transformé en Laurel et Hardy plombiers avec ma pomme dans les deux rôles. Un geyser dans la cuisine. Impossible de remettre le robinet à cause de la pression. Une seule arme, mon doigt, pour colmater la fuite en attendant que Caroline trouve à la cave le moyen de couper l’arrivée d’eau de l’immeuble. Cela n’a duré que quelques minutes, meublées d’un flot de jurons dont je ne me savais même pas le dépositaire, et puis on a réussi à s’en sortir. J’ai appelé le plombier. Après, je me suis changé et j’ai pris en route la manifestation qui passait sous nos fenêtres légèrement embuées. 11 000 personnes. J’étais le seul à avoir les cheveux mouillés.

Les jurons : créatures de l’ombre et de la lumière.