Fil de presse 059

Charles Malo Melançon, logo, mars 2021

Des publications récentes sur la langue ? Certes et bien sûr.

Abeillé, Anne, La grammaire se rebelle, Paris, Le Robert, coll. «Temps de parole», 2026, 224 p.

Alain, Kihm, la Flexion dans les langues. Une introduction, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. «Sciences du langage», 2026, 368 p.

Beaulieu, Andréanne (édit.), 10 brefs essais sur le français québécois. Promouvoir, éduquer, sensibiliser, Montréal, Somme toute, 2026, 176 p.

Carnap, Rudolf, la Syntaxe logique du langage, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de philosophie», 2026, 496 p. Note liminaire et établissement du texte par Pierre Wagner, avec la collaboration de Baptiste Mélès. Édition et traduction par Jacques Bouveresse.

Costa, Béatrice et Caroline Fischer (édit.), Écrire à la croisée des langues. Littérature plurilingue en langues romanes entre contrainte politique et liberté esthétique, Paris, Honoré Champion, coll. «Bibliothèque de littérature générale et comparée», 194, 2026, 336 p.

Derrida, Jacques, le Monolinguisme de l’autre, Paris, Gallimard, coll. «Folio essais», 724, 2026, 160 p. Édition originale : 1996.

Écho des études romanes, 21, 1-2, 2025. Dossier «Néologie du verbe».

Études de linguistique appliquée, 291, juillet-septembre 2025, 134 p. Dossier «Lexicographie franco-chinoise. Hommage à Jean Pruvost et Jianhua Huang», sous la direction de Lian Chen.

Fatsis, Stefan, Unabridged. The Thrill of (and Threat to) the Modern Dictionary, New York, Atlantic Monthly Press, 2025, 416 p.

Glottopol. Revue de sociolinguistique en ligne, 41, 2026. Dossier «Controverses orthographiques. Conflits et débats dans la mise à l’écrit d’une langue, la définition d’une orthographe, sa révision».

Gygax, Pascal, Sandrine Zufferey et Ute Gabriel, Et si on arrêtait de penser au masculin ? Comment voir le monde sous un autre genre, Paris, Le Robert, 2026, 220 p. Édition originale : 2021 (sous le titre Le cerveau pense-t-il au masculin ?).

Hanus, Gilles, la Parenté des langues. Langage et traduction selon Walter Benjamin, Montreuil, Éliott, coll. «L’éclectique», 2026, 120 p.

Jeantheau, Jean-Paul, l’Orthographe chez les adultes des années 2020. Enquêtes en Centre-Val de Loire et Occitanie, Paris, L’Harmattan, coll. «Sociolinguistique», 2026, 330 p.

La Langue française dans le monde. 2023-2026, Paris, Gallimard / Organisation internationale de la Francophonie, coll. «Hors série Connaissance», 2026, 208 p. Ill.

Lombardero, Emily, Cécile Narjoux et Sandrine Vaudry-Luigi (édit.), la Langue de Marie-Hélène Lafon, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, coll. «Langages», 2025, 278 p.

Miras, Grégory, Isabel Colón de Carvajal, Nathalie Blanc et Shona Whyte (édit.), 60 Years of Applied Linguistics : Toward More Engaged Research, Philadelphie, John Benjamins Publishing Company, coll. «AILA Applied Linguistics Series», 22, 2026, 204 p.

Nédelec, Claudine, Argot et littérature du Moyen Âge aux Misérables, Montreuil, Le temps des cerises, coll. «Le temps littéraire», 2026, 512 p.

Neveux, Julie, Avec la langue. Manuel de survie linguistique, Paris, Grasset et Radio-France, 2026, 240 p. Dessins de Jul.

Orages. Littérature et culture 1760-1830, 24, 2025, 210 p. Dossier «Les révolutions de la langue française», sous la direction de Jean-Christophe Abramovici et Élise Pavy-Guilbert.

Shen, Feifei, Histoire culturelle des dictionnaires bilingues français-chinois (1605-1912), Paris, Honoré Champion, coll. «Lexica — Mots et dictionnaires», 46, 2026, 308 p

Fil de presse 058

Charles Malo Melançon, logo, mars 2021

Neige ? Froid ? Peu importe : la langue fait publier.

Baronian, Luc et Sandrine Tailleur (édit.), les Français d’ici en mouvement : hier et maintenant, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Les voies du français», 2025, 362 p.

Blondeau, Hélène et Wim Remysen (édit.), (Re)donner la parole aux corpus montréalais. Regards rétrospectif et prospectif, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2025, 294 p.

Brasart, Charles, l’Alternance codique. Structurer le sens en conversation bilingue, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Rivages linguistiques», 2025, 260 p.

Cahiers de lexicologie, 127, 2025, 258 p. Dossier «Varia».

Les Cahiers du dictionnaire, 17, 2025, 575 p. Dossiers «La fragmentation de la langue dans le dictionnaire» et «Dictionnaire et polylexicalité», sous la direction de Giovanni Dotoli, Pawel Golda, Salah Mejri et Éric Turcat.

Carlier, Anne, Joëlle Ducos, Gabriella Parussa, Gilles Siouffi et Olivier Soutet (édit.), le Français au rythme des diachronies, Paris, Honoré Champion, coll. «Lexica. Mots et dictionnaires», 45, 2025, 516 p.

De Mattia-Viviès, Monique, le Tiers parlant : de la grammaire à la linguistique clinique, Paris, L’Harmattan, coll. «Études psychanalytiques», 2026, 268 p. Préface de Jean-Jacques Lecercle.

Demers, Charles, The Eh Team. A Celebration of Canadianisms from Elbows Up to Poutine, Vancouver, Greystone Books, 2025, 208 p. Foreword by Dakota Ray Hebert.

Études de linguistique appliquée, 218, avril-juin 2025, 128 p. Dossier «Recherches sur la dyslexie-dysorthographie : nouveaux outils, nouveaux regards», sous la direction d’Audrey Mazur et Matthieu Quignard.

Feltin-Palas, Michel, les Anglicismes et nous. C’est quoi déjà le mot en français ?, Paris, Éditions Héliopoles, 2025, 168 p.

Fonteneau, Anne, la Révision linguistique. Connaître les normes pour détecter et corriger les fautes, Montréal, Éditions JFD, 2025, 390 p. Édition originale : 2020. Deuxième édition.

Le Français préclassique, 27, 2025, 202 p.

Krämer, Philipp, Katrin Mutz et Peter Stein, Manuel des langues créoles à base française, De Gruyter-Brill, Manuals of Romance Linguistics», 38, 2026, 564 p. Ill.

Lescasse, Marie-Églantine, Idéologie et imaginaire linguistiques en Espagne (1492-1625), Paris, Classiques Garnier, coll. «Mondes hispanophones», 2, 2025, 342 p.

Movassat, Parvin, Grammaire : pratique en contexte, Montréal, Éditions JFD, 2026, 244 p.

Le Moyen Français, 95, 2025, 114 p. Dossier «Giuseppe Di Stefano — Essais sur le moyen français».

Perrin, Laurent, le Langage, l’énonciation et le cri. Sens et formes linguistiques de l’expérience énonciative, Paris, Sorbonne Université Presses, coll. «Travaux de linguistique et de stylistique françaises», 2026, 342 p.

Pruvost, Jean, 100 nouveaux mots latins pour bien écrire 1000 mots français, Paris, Les Belles Lettres, coll. «La vie des classiques», série «Les petits latins. Débutant», 37, 2025, 172 p. Ill.

Stavans, Ilan (édit.), Conversations on Dictionaries. The Universe in a Book, Cambridge, Cambridge University Press, 2025, 322 p.

Zaïem, Farah (édit.), Linguistique et colonialisme cinquante ans après. Nouveaux concepts, nouvelles résistances, Limoges, Lambert-Lucas, 2025, 272 p.

De la suite dans les idées (encyclopédiques)

Les 28 volumes de l’Encyclopédie

Dans son édition des 29-30 mai 2010, le quotidien montréalais le Devoir titrait : «Médias. Wikipédia, l’encyclopédie Diderot et d’Alembert du XXIe siècle ?»

Dans l’édition d’hier, presque quinze ans plus tard : «Contribuer à Wikipédia, ce Diderot 2.0.»

Cette association de Wikipédia et de l’Encyclopédie, qu’ont dirigée au XVIIIe siècle Diderot et D’Alembert, a déjà intéressé l’Oreille tendue. Ça se lit ici.

P.-S.—En effet : c’est le même journaliste qui signe les deux textes.

P.-P.-S.—«Contribuer à Wikipédia, ce Diderot 2.0.» est le titre en ligne. Dans la version papier du journal, c’est «Wikipédia, la force du nombre».

P.-P.-P.-S.—Cet article porte sur un ouvrage récent, dirigé par Jean-Michel Lapointe et Marie D. Martel, le Mouvement Wikimédia au Canada (Presses de l’Université de Montréal, 2025).

Allez voir dans le livre

Médéric Gasquet-Cyrus et Christophe Rey, Va voir dans le dico si j’y suis !, 2024, couverture

On a tendance, du moins en français, à choisir comme arbitre en matière de langue un type d’ouvrage : «Va voir dans le dictionnaire.» Dans leur livre Va voir dans le dico si j’y suis ! (2024), Médéric Gasquet-Cyrus et Christophe Rey ne cessent de rappeler à juste titre qu’il n’existe pas un dictionnaire, mais des dictionnaires, chacun avec son «programme linguistique» (p. 144). Ce sont des ouvrages de référence qui évoluent dans le temps et selon les sociétés où ils naissent, d’où le sous-titre Ce que les dictionnaires racontent de nos sociétés. Ils ne sont jamais neutres, car les mots «sont chargés de toutes les tensions sociales» (p. 13). Aucun dictionnaire ne peut prétendre détenir la vérité sur la langue.

Après un premier chapitre consacré à la définition du dictionnaire, les auteurs proposent un découpage thématique : les «Sexes et genres» (ch. 2), les «races» (ch. 3), la religion (ch. 4), le sport (ch. 5), la sexualité (ch. 6), la cuisine (ch. 7), l’ordre social (ch. 8), la science et la technologie (ch. 9) et les gros mots (p. 10). Le livre est tout plein d’exemples tirés de dictionnaires anciens (Richelet, Furetière, l’Encyclopédie, Littré), mais aussi contemporains (le Wiktionnaire, les Larousse, les Robert). Les différentes éditions du dictionnaire de l’Académie française sont souvent comparées; malgré d’évidentes réserves sur le «purisme descriptif des académiciens» (p. 140), les auteurs essaient de ne pas être outrés. Certains des exemples font hurler (notamment dans le troisième chapitre, «Les uns et les autres»), mais ils sont nécessaires : les dictionnaires contiennent parfois des pages «nauséabondes et insupportables» (p. 89). L’actualité est présente : «iel» (p. 76-80) et «woke» (p. 76-80, p. 101-104) y sont, par exemple. Aux analyses elles-mêmes sont greffés des encadrés et des illustrations.

Le ton des auteurs est engagé contre les «préjugés» (p. 75) et «stéréotypes» (p. 168). Les jeux de mots sont nombreux. Comme l’Oreille tendue suit Médéric Gasquet-Cyrus sur les réseaux sociaux (Bluesky, Mastodon), elle connaît son humour; elle a tendance à lui imputer les plus spectaculaires. Exemple : «Puisque nous sommes en Provence, plongeons dans la lexicoc’graphie (lexicographie en langue d’oc) qui pourrait être (nous tentons un deuxième mauvais jeu de mots) une lexicock’graphie avec deux ouvrages dédiés aux mots du sexe […]» (p. 142). Ce sont peut-être les préjugés de l’Oreille qui parlent. Il n’est pas impossible que Christophe Rey soit atteint aussi gravement que son collègue.

Le corpus étudié par les auteurs est surtout celui des dictionnaires du français «hexagonal», mais il y a des ouvertures vers la francophonie et notamment le Québec. Le français de Marseille est bien représenté, Médéric Gasquet-Cyrus en étant spécialiste. Le rôle des illustrations (p. 31-33) et le poids des exemples dans les dictionnaires (p. 186) sont abordés, mais assez peu les questions d’étymologie, de prononciation et de classement par registre, du «vulgaire» au «littéraire», malgré quelques allusions (p. 120, p. 157, p. 217, p. 222-223, p. 225).

L’évolution des dictionnaires, cette «histoire sans fin» (p. 235), nécessite une veille constante. En offrant une «histoire culturelle lexicale» (p. 189) en mouvement, Médéric Gasquet-Cyrus et Christophe Rey font œuvre utile. Suivons-les dans leur «parcours au fil des dictionnaires» (p. 226).

P.-S.—Oui, c’est le même Médéric Gasquet-Cyrus.

P.-P.-S.—Une fois de plus, l’Oreille tendue va mettre sa casquette de dix-huitiémiste et râler sur le traitement réservé à l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert (les spécialistes contemporains de l’œuvre de ce dernier ont choisi la graphie avec la majuscule initiale).

Page 36, il est question «de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Arts et des Sciences», ce qui est une erreur : le sous-titre est Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. L’erreur, au-delà de l’inversion des deux premiers termes, est d’autant plus ennuyeuse qu’un des apports principaux de l’Encyclopédie à l’histoire du genre encyclopédique est précisément l’ajout des «métiers» à sa nomenclature.

Page 32 et page 46, on donne les dates suivantes pour «l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert» : 1751-1780. C’est encore une erreur. L’Encyclopédie publiée par Diderot et (de moins en moins au fil du temps) par D’Alembert l’a été de 1751 à 1772. Un Supplément a été publié de 1776 à 1780, mais ni Diderot ni D’Alembert n’y ont été associés.

Page 241, le titre et les dates sont, enfin, corrects.

Ça fait désordre.

 

Référence

Gasquet-Cyrus, Médéric et Christophe Rey, Va voir dans le dico si j’y suis ! Ce que les dictionnaires racontent de nos sociétés, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2024, 242 p. Ill.

Page de titre de l’Encyclopédie, 1751

Chantons la langue avec Zebda

Zebda, Essence ordinaire, 1998, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Zebda, «Le Petit Robert», Essence ordinaire, 1998

 

Petit, j’étais largué, on dit ici «à Lourdes»
Dans ce que l’on appelle une famille lourde
L’amour y était le contraire du doute
La tête collée contre le poêle à mazout
Rêveur et j’ose même dire dans le coton
À attendre qu’on me dessine un mouton
Mouton je l’étais jusque dans la tonsure
Mais les brushings font pas dans la littérature
Et la main de ma mère était là en cas de doute
Comme un parapluie qui te protège des gouttes
De pluie, et j’ose même dire du mauvais temps
On avait rien, on était content
Avant qu’on me dise «Dégage»
Et qu’on ne me parle plus au présent
Avant qu’on déchire mes pages
Et qu’on me dise «Place et au suivant»
Avant
Avant
Petit, j’étais gentil, j’étais même agréable
J’écrivais les deux coudes posés sur la table
J’ôtais de ma bouche les insanités
Comme un petit prince de l’humanité
Rêveur, je cédais ma place aux personnes âgées
Pour un sourire, une poignée de dragées
J’enlevais ma casquette en entrant à l’école
Mais être poli, ça dispense pas des colles
Gentil, et tout à la fois dernier de la classe
Éveillé comme pouvait l’être une limace
Je dormais, j’ose même le dire si profond
Et que s’écroule le plafond
Avant qu’on me dise «Dégage»
Et qu’on ne me parle plus au présent
Avant qu’on déchire mes pages
Et qu’on me dise «Place et au suivant»
Avant
Avant
Car j’attendais, petit prince des gloutons
Qu’on me porte à la bouche des paquets de bonbons
Y avait pas la monnaie mais c’était tout comme
Car le baiser remplaçait l’économe
Rêveur, et malgré les corvées de charbon
Ma récompense était un bisou à l’horizon
Mais dépassé le siècle où on te met au couvent
J’étais si nul, ma mère a pris les devants
Et se pointait à l’école un chiffon dans la chevelure
La maîtresse disait «Regardez ces ratures !»
Le cœur en miettes, elle faisait parler l’eau et le sel
Et s’en retournait à sa vaisselle
Avant qu’on me dise «Dégage»
Et qu’on ne me parle plus au présent
Avant qu’on déchire mes pages
Et qu’on me dise «Place et au suivant»
Avant
Avant
À 18 h se pointait le maçon
Un seul regard et à l’heure des cuissons
Y disait «Vous voulez qu’on nous coupe les bourses»
À ces mots une larme descend de la grande ourse
Et j’ai compris qu’il y avait qu’une façon
D’apprendre l’art de la multiplication
Depuis j’ai plus voulu ressembler aux statues
Et j’ai laissé mes potes à la salle de muscu
Ma mère m’a jeté un bouquin sur la table
Un gros machin qui rentrait pas dans mon cartable
C’est tous ces mots qui ont allumé la lumière
Et spéciale dédicace au Petit Robert
Avant qu’on me dise «Dégage»
Et qu’on ne me parle plus au présent
Avant qu’on déchire mes pages
Et qu’on me dise «Place et au suivant»
Avant
Avant
Avant
Petit
Rêveur
Mouton
Gentil
[?]
Avant qu’on me dise «Dégage»
Avant qu’on déchire mes pages
Avant qu’on me dise «Dégage»
Qu’on déchire mes pages
Avant
Qu’on me dise «Dégage»
Qu’on déchire mes pages