Loisirs (livresques) de confinement

Vous prenez quelques livres. Vous les superposez. Que vous disent-ils ?

(Ces photos ont d’abord paru sur le compte Twitter de l’Oreille tendue.)

Qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? Je vais courir.
Activité solitaire par temps de #covid19

 

Y a-t-il un intellectuel dans la salle ? Moi je, en toute innocence.
Saluons André Belleau, né un 18 avril, en 1930

 

Après le printemps, abolissons l’hiver.
Souhait de saison

 

Dans mon livre à moi / Moi je / Je sais tout / Tout à l’envers
Travail à la chaîne

 

Après le printemps, laisse la moustache en territoire adverse
Conseil pilaire du jour

 

Qu’est-ce que les Lumières ? L’âge de raison
#lumières

 

 

[Complément du 19 avril 2020]

Vous voulez tout savoir ?
Vous voulez tout savoir ?

 

État d’esprit
État d’esprit

 

Oui, ça va à peu près
Oui, ça va à peu près

 

Première personne du singulier
Première personne du singulier

 

Première personne du pluriel
Première personne du pluriel

 

C’est l’heure de l’apéro
C’est l’heure de l’apéro

 

Récit animalier du soir
Récit animalier du soir

 

[Complément du 20 avril 2020]

Deuxième personne du singulier
Deuxième personne du singulier

 

Deuxième personne du pluriel
Deuxième personne du pluriel

 

 

Les douze questions existentielles du jour
Les douze questions existentielles du jour

 

Quand ?
Quand ?

 

À quatre villes près, le tour du monde était complet
À quatre villes près, le tour du monde était complet

 

[Complément du 21 avril 2020]

Je vous lis sur Twitter — et sur papier
Je vous lis sur Twitter — et sur papier

 

Conseil nutritionnel du jour
Conseil nutritionnel du jour

 

Verbe
Verbe

 

Double doublon du jour
Double doublon du jour

 

Petit poème géographique du soir
Petit poème géographique du soir

 

Le meilleur ami de l’homme
Le meilleur ami de l’homme

 

[Complément du 22 avril 2020]

Quand je lui demande de me constituer une équipe de hockey montréalaise, en excluant Maurice Richard, ma bibliothèque ne m’offre qu’un ensemble déséquilibré
Quand je lui demande de me constituer une équipe de hockey montréalaise, en excluant Maurice Richard, ma bibliothèque ne m’offre qu’un ensemble déséquilibré

 

365 jours
365 jours

 

Vaste sujet
Vaste sujet

 

Récits de vie
Récits de vie

 

Conseil oratoire
Conseil oratoire

 

Yolo
Yolo

 

[Complément du 23 avril 2020]

La pièce d’équipement obligatoire du hockeyeur ? Le point d’exclamation
La pièce d’équipement obligatoire du hockeyeur ? Le point d’exclamation

 

Gardons espoir
Gardons espoir

 

Paysage nordique
Paysage nordique

 

Sur la terre comme au ciel
Sur la terre comme au ciel

 

Arc-en-ciel intérieur
Arc-en-ciel intérieur

 

À l’hôpital, lisez toujours les petits caractères
À l’hôpital, lisez toujours les petits caractères

 

[Complément du 24 avril 2020]

On n’est jamais tranquilles !
On n’est jamais tranquilles !

 

Pas besoin de choisir : prenez les deux
Pas besoin de choisir : prenez les deux

 

Hommage, encore une fois, à André Belleau (1930-1986)
Hommage, encore une fois, à André Belleau (1930-1986)

 

Dans le ring
Dans le ring

 

[Complément du 25 avril 2020]

 

Ils sont allés danser en silence
Ils sont allés danser en silence

 

Chiasme
Chiasme

 

N’oubliez pas de réserver votre brunch pour demain midi
N’oubliez pas de réserver votre brunch pour demain midi

 

[Complément du 26 avril 2020]

Dure journée pour les hommes
Dure journée pour les hommes

 

C’est la vie
C’est la vie

 

Dure journée pour les femmes
Dure journée pour les femmes

 

[Complément du 27 avril 2020]

Je ne m’y attendais pas du tout
Je ne m’y attendais pas du tout

 

Nulla dies sine linea
Nulla dies sine linea

 

Chacun chez soi
Chacun chez soi

 

Accouplements 150

Gustave Flaubert et Jean Echenoz, collage

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

«La vie conne et fine de Gustave F. [épisode 6]», la Mer gelée, mars 2020.

«La mère des enfants se serait appelée Béatrice, Béa pour ses amis, rien à voir avec Christelle, ce nom de contrôleuse de l’URSSAF ou de gestionnaire de sinistres en assurances. Il aurait voyagé un temps, et connu aussi l’angoisse du ratage définitif, la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues.»

Echenoz, Jean, Je m’en vais, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 252 p.

«Il connaît la mélancolie des restauroutes, les réveils acides des chambres d’hôtels pas encore chauffés, l’étourdissement des zones rurales et des chantiers, l’amertume des sympathies impossibles» (p. 196).

Flaubert, Gustave, l’Éducation sentimentale. Histoire d’un jeune homme, introduction, notes et relevé de variantes par Édouard Maynial, Paris, Classiques Garnier, 1961, xii/473 p.

«Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues» (p. 419).

P.-S.—En effet : ce n’est pas la première fois que l’Oreille tendue aborde les liens entre Jean Echenoz et Flaubert.

La langue est une machine

Jean Echenoz, Un an, 1997, couverture

«Les deux hommes avaient une cinquantaine d’années, des manières de chemineaux mais ils s’exprimaient avec une précision non exempte, chez Poussin, de préciosité. La voix de Castel était un peu cassée, lyophilisée, sèche comme un échappement de moteur froid, quand celle de Poussin sonnait tout en rondeur et lubrifiée, ses participes glissant et patinant comme des soupapes, ses compléments d’objet dérapant dans l’huile.»

Jean Echenoz, Un an, Paris, Éditions de Minuit, 1997, 110 p., p. 87-88.

Point(s) de vue

Deux couvertures de Jean Echenoz

On le sait : tout, dans la vie, est affaire de point de vue. (On trouvera une démonstration de cette vérité universelle ici même, le 7 octobre 2013, s’agissant d’une activité sexuelle doublement consentie.)

Autre exemple celui-là, chez Jean Echenoz.

L’Oreille tendue a déjà cité ce passage de Je m’en vais (1999) :

Vous allez sur Toulouse ? lui demande Baumgartner.

La jeune femme ne répond pas tout de suite, son visage n’est pas bien distinct dans la pénombre. Puis elle articule d’une voix monocorde et récitative, un peu mécanique et vaguement inquiétante, qu’elle ne va pas sur Toulouse mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent, que rien ne justifie cela qui s’inscrit en tout cas dans un mouvement général de maltraitance de la langue contre lequel on ne peut que s’insurger, qu’elle en tout cas s’insurge vivement contre, puis elle tourne ses cheveux trempés sur le repose-tête du siège et s’endort aussitôt. Elle a l’air complètement cinglée (p. 194).

Le lecteur est alors appelé à voir la scène avec les yeux de Baumgartner (qui est peut-être Louis-Philippe, mais c’est une autre histoire). Deux ans plus tôt, dans Un an (vous suivez ?), ce n’est pas tout à fait la même chose :

Vous allez vers Toulouse ? fit une voix d’homme. Victoire acquiesça sans se tourner vers lui. Elle était hagarde et ruisselante et semblait sauvage et mutique et peut-être mentalement absente. […] Elle s’endormit sur son siège avant que ses cheveux soient secs (p. 70).

Sur ou vers ? La question est d’importance.

 

Références

Jean Echenoz, Je m’en vais, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 252 p.

Echenoz, Jean, Un an, Paris, Éditions de Minuit, 1997, 110 p.

Curriculum vitæ itératif

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, 2020, couverture

(Quand paraît un nouveau livre de Jean Echenoz, cela se célèbre. Vie de Gérard Fulmard venant de paraître, célébrons pendant quelques jours.)

On l’a vu : Gérard Fulmard est un des narrateurs de Vie de Gérard Fulmard. Mais de qui s’agit-il ? On l’apprend par touches successives.

Page 16 : «Revenons à moi qui me nomme Fulmard, me prénomme Gérard et suis né le 13 mai 1974 à Gisors (Eure). Taille : 1,68 m. Poids : 89 kg. Couleur des yeux : marron. Profession : steward. Domicilié rue Erlanger, Paris XVIe, où je vis seul.»

Pages 16-17 : «cette profession de steward, je ne l’exerce plus. Mon vrai statut actuel est celui de demandeur d’emploi en passe de se reconvertir, mais je vais développer ce point.»

Page 19 : «Mais pourquoi, direz-vous, ne suis-je donc plus steward, pourquoi n’exercé-je plus une si enviable profession ? Eh bien, sans évoquer le handicap de mon surpoids toujours mal vu dans le milieu aérien, disons que je l’ai pratiquée pendant six ans avant d’être licencié pour faute. Je ne tiens pas à m’étendre sur cette faute, si ce n’est qu’elle m’a valu une peine avec sursis assortie d’une obligation de soins.»

Page 175 : «Arrêtez-moi si je me trompe mais vos empreintes avaient été relevées, me semble-t-il au moment de votre histoire sur le vol Paris-Zurich, non ? Je pense qu’ils ont dû les conserver dans leurs fichiers. Il a encore souri. J’ai marqué le coup.»

Page 177 : «Il m’est revenu qu’en effet, dans un moment de faiblesse, prenant Bardot pour un praticien normal tenu par le secret professionnel, je m’étais assez déballonné à propos de ce vol pour Zurich, de ses conséquences douloureuses ayant abouti à mon renvoi ainsi qu’à l’inscription de mon nom sur une liste noire.»

Page 211 : «Puis ils avaient eu beau me déchoir de mes droits civiques après l’histoire du Paris-Zurich, ils m’avaient quand même laissé mon permis de conduire.»

Ce sera tout. Merci de votre intérêt.

 

Référence

Echenoz, Jean, Vie de Gérard Fulmard, Paris, Éditions de Minuit, 2020, 235 p.