Annie Desrochers et Canadien

Émission radiophonique le 15-18, Société Radio-Canada, Montréal, 2026, logo

Elles se sont d’abord croisées chez Franco Nuovo, à l’émission Dessine-moi un dimanche, de Radio-Canada, en 2011-2012. Annie Desrochers y tenait chronique; l’Oreille tendue y était parfois invitée.

Par la suite, la première a interviewé la seconde une douzaine de fois, surtout dans le cadre du 15-18, le plus souvent pour parler de sport. Hier, Annie Desrochers a animé sa dernière livraison de cette émission. Plus tard cette année, elle sera à la barre de l’émission matinale de fin de semaine, toujours à Radio-Canada.

Qu’en est-il du rapport d’Annie Desrochers avec les Canadiens de Montréal — c’est du hockey ?

Elle connaît ses classiques. Quiconque a déjà vu son exemplaire du livre l’Enjeu (The Game, 1983) de Ken Dryden sait qu’elle lui a fait souffrir les derniers outrages : il a été lu et relu. En 2014, elle a tout de suite vu à quelle photo célèbre faisait allusion Bernard Brault dans un de ses reportages pour le quotidien la Presse.

Ses réflexes journalistiques la poussaient évidemment à coller à l’actualité, la sportive comme les autres : l’image de Guy Lafleur, les tensions Canada—États-Unis, le français des joueurs et des partisans de son équipe favorite («Go Habs go !»), le cinquantième but de Cole Caufield, etc. Elle cherchait alors toujours à inscrire ces évènements dans une histoire plus longue.

L’Oreille va désormais s’ennuyer en cuisinant.

Du coup

Réjean Ducharme, Va savoir, éd. originale de 1994, couverture

Dans le français populaire du Québec, il y a plus d’une façon de donner un coup. Relevons-en deux aujourd’hui.

On peut sacrer un coup, voire une volée. (Le destinataire, lui, mange une volée.)

On voit également saprer un coup, par exemple chez Réjean Ducharme, dans Va savoir (1994) : «Quand tu verras ce que je veux dire, tu me sapreras un coup de pied…» (éd. de 2022, p. 1648)

À votre service.

P.-S.—On pourrait en effet reprocher à l’Oreille tendue de faire du clickbait avec ce titre.

 

Référence

Ducharme, Réjean, Va savoir. Récit, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 1547-1724. Édition originale : 1994. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.

Technique d’écriture locale

«Feuilles d’érable à sucre», 2006

Quel est le travail de préparation d’un écrivain ? Lisons le romancier québécois Robert Charbonneau, dans Aucune créature, en 1961 :

Il aimait potasser ces énormes liasses de notes, les réduire à la façon de la sève d’érable qu’on fait bouillir au printemps, les ordonner, les compléter, détruire celles qui faisaient double emploi, oblitérer les pistes abandonnées. En relisant ses notes, il pouvait voir tous les méandres de la composition, les retours en arrière, les progrès lents et pénibles, les sauts brusques, les poussées en avant, plus tard délaissées au profit de turgescences d’abord anodines. Il entrait dans la période fiévreuse, la plus enthousiaste de la création, trop longue à certains égards, trop courte à d’autres, où l’œuvre prend corps, devient organique, viable (p. 91).

On appréciera la comparaison avec la «sève d’érable qu’on fait bouillir au printemps».

 

Illustration : «Feuilles d’érable à sucre», 2006, photo déposée sur Wikimedia Commons

 

Référence

Charbonneau, Robert, Aucune créature. Roman, Montréal, Beauchemin, 1961, 178 p.

Visites de saison

«Schéma du système digestif humain», par Mariana Ruiz, Jmarchn, 2006

En cette période de festivités, n’oubliez pas de rendre les visites les plus importantes, celles que le romancier québécois Robert Charbonneau décrivait ainsi en 1961 : «Il aimait la compagnie, allait souvent dans le monde et accordait une importance exagérée au rituel des réponses aux invitations, aux visites de digestion et, en général, à tout ce qui touchait les coutumes» (p. 60).

 

Illustration : «Schéma du système digestif humain», par Mariana Ruiz, Jmarchn, 2006, image déposée sur Wikimedia Commons

 

Référence

Charbonneau, Robert, Aucune créature. Roman, Montréal, Beauchemin, 1961, 178 p.

Accouplements 272

L’Inconvénient, numéro 101, automne 2025 couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

D’abord la question.

Béland, Martine, «Le triptyque du collectionneur», l’Inconvénient, 101, automne 2025, p. 10-15.

«Les messages des biscuits chinois n’ont pas été fabriqués par un artisan qui peut y reconnaître le fruit de son labeur. Qui, au juste, les a produits ?» (p. 12)

Ensuite, la réponse.

Gionet, Simon et Clara Lacasse, «Incursion inédite dans l’usine de biscuits chinois de Montréal», le Devoir, 15 novembre 2025.

«Près des installations, une imposante pile de messages emballés repose sur une table. C’est peut-être là l’un des autres mystères entourant ces biscuits : l’origine de leurs messages, parfois simples ou énigmatiques, qui invitent au jeu prophétique de deviner l’avenir.

“La plupart ont été imaginés par mon père, révèle M. Lee. Certains sont des vœux de bonne fortune, d’autres sont des vœux de bonne santé. Ça dépendait aussi de son humeur”, explique-t-il. Certains messages étaient directement inspirés de son expérience : “Parfois, disons que quelqu’un lui avait fait du tort, alors mon père écrivait : ’S’il te plaît, ne fais pas ça.’ S’il était heureux, par exemple si l’un de ses enfants se mariait, il était d’humeur joyeuse. C’était très personnel”, raconte-t-il.

Depuis le décès de son père, Arthur Lee, en 2002, Garnet indique que lui et certains membres de la famille se sont mis à créer quelques messages. Au fil des années, la compagnie a aussi adapté certains textes aux réalités technologiques d’aujourd’hui ou, encore, changé certains messages en fonction de l’évolution des mœurs.»

À votre service.