Signes distinctifs recherchés

Le Pullman est un bar à vin montréalais. Quelle «faune» y trouve-t-on ? «[De] façon générale, on y croise surtout des professionnels et autres adultes urbains à la recherche d’une atmosphère intelligente et de vins et de nourriture de qualité» (la Presse, 26 décembre 2009, cahier Gourmand, p. 5).

Comment reconnaît-on une «atmosphère intelligente» ? Des «adultes urbains» ?

Pour le second cas, ce devrait être facile. L’Oreille tendue suppose que l’adulte urbain se nourrit de cuisine «dite urbaine d’inspiration internationale» et qu’il écoute de la musique «à saveur urbaine», voire «à saveur lounge et urbaine» (ça se pratique, entre autres endroits, à Québec).

Pour le premier, il lui faudrait des indices.

Autopromotion 002

Benoît Melançon, Bangkok, 2009, couverture

Vient de paraître : Benoît Melançon, Bangkok. Notes de voyage, Montréal, Del Busso éditeur, coll. «Passeport», 2009, 62 p. Quinze photographies en noir et blanc. ISBN : 978-2-923792-00-2. (14,95 $)

Site de l’éditeur : <http://delbussoediteur.ca/publications/bangkok/> (description, commandes).

Deux extraits :

«Tricycle motorisé, clinquant, pétaradant, omniprésent. Le tuk-tuk a beau être ouvert sur les côtés, il offre de la ville une vue bien singulière : que des jambes sur les trottoirs, que des roues dans la rue. Son toit bas aplatit l’espace, le regard» (p. 12).

«Dans un restaurant chinois, la nourriture, déposée sur un plateau, vient à notre rencontre. Dans un japonais, ce sont des rails qui charroient, en boucle, les sushis. Les Thaïlandais aiment manger, et la mécanique» (p. 48).

 

[Complément du 31 août 2011]

Le livre est désormais disponible en format numérique.

 

[Complément du 7 novembre 2016]

À tuk-tuk, l’Office québécois de la langue française préfère l’autopousse ou le rickshaw pour désigner une «Voiturette motorisée à trois roues, typique de plusieurs pays asiatiques, que l’on conduit comme une petite moto et qui sert au transport de passagers, assis sur une banquette protégée des intempéries». L’Oreille tendue ne sait pas si elle va pouvoir s’y faire. Heureusement qu’il y a cette note : «Selon le pays où on le trouve, ce véhicule peut avoir des appellations locales. Par exemple, en Thaïlande on l’appelle couramment touk-touk (ou tuk-tuk), une onomatopée formée d’après le bruit du moteur.»

Prendre la route 001

L’Oreille tendue, bien que partie se détendre pendant quelques jours, est restée à l’affût. Cela étant, il lui est arrivé ce qui devait arriver : ses réflexes se sont un brin émoussés.

Ainsi devant ce panneau :

Labelle, 12 août 2009
Labelle, 12 août 2009

Elle a cru y voir d’abord une invocation écologique : «Ô Bio».

Or ce n’est pas tout à fait cela :

Le bio n’était que billot.

 

[Complément du 18 juillet 2015]

À Sainte-Luce-sur-Mer, l’Oreille pourrait s’approvisionner / se faire guillotiner à La tête sur le bio (voir ici).

Capitale(s)

Le Québec aime tellement les capitales qu’il en compte plusieurs.

Il y a d’abord la Vieille Capitale, Québec : la capitale nationale de la province de Québec n’est en effet pas sa capitale économique ou culturelle. (Rien là d’étonnant : cela se voit ailleurs.) Il lui arrive de se faire «capitale mondiale de la planche à neige» (le Devoir, 16 mars 2007, p. B1) ou capitale gastronomique, selon le titre du livre d’Anne L. Desjardins (Montréal, Éditions La Presse, 2008). Son équipe de baseball s’appelle Les capitales.

Il y a aussi Drummondville, «capitale du monde» (la Presse, 17 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 7). Cela a probablement quelque chose à voir avec son Mondial des cultures.

Trois-Rivières n’est pas en reste. Festival international de la poésie oblige, la ville serait la «capitale de la poésie».

Et Montréal ? La question de son statut, et notamment de sa place au palmarès géographique mondial, est récurrente et pourrait se formuler ainsi : «Montréal, destination de calibre international ?» (la Presse, 23 mars 2005, cahier Actuel, p. 4).

Par certains aspects, la ville ne s’en tire pas trop mal. Elle est la «capitale nord-américaine du papier journal» (la Presse, 30 janvier 2007, cahier Affaires, p. 1), «une capitale mondiale pour la danse» (la Presse, 17 décembre 2003, cahier Arts et spectacles, p. 3), une «grande capitale mondiale de la gastronomie» (la Presse, 3 juillet 2004, p. A1), la «capitale de l’animation numérique» (la Presse, 21 août 2006, cahier Affaires, p. 1), la «capitale mondiale de la gestion de projets» (le Devoir, 24 juillet 2006, p. A6), la «capitale mondiale du livre» (la Presse, 21 novembre 2004, p. A9), la «capitale des festivals» (la Presse, 22 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 10). Tout ça n’est pas rien; du moins, on l’espère.

Parfois, c’est moins glorieux : «Montréal capitale du faible revenu» (la Presse, 25 octobre 2007, p. A13).

Surtout, la ville doute. «Montréal, la capitale du jeu électronique ?» (le Devoir, 7 février 2005, p. B7). «Montréal, capitale culturelle ? » (la Presse, 3 janvier 2004). «Pour que Montréal devienne une capitale mondiale de la culture» (le Devoir, 10-11 novembre 2007, p. H1).

Il arrive que cette interrogation prenne des formes assez alambiquées, s’agissant pourtant d’une même discipline. D’un côté, affirmations : «Montréal, capitale mondiale du design» (la Presse, 13 août 2004, p. A6); «Montréal est la capitale mondiale du design» (le Devoir, 21-22 mai 2005, p. H1). De l’autre, question : «Montréal, capitale du design mondial ?» (le Devoir, 22-23 mai 2004, p. I5). Il est vrai que l’on est passé de la capitale mondiale du design à la capital du design mondial. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

La Fontaine ? La fable «La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf» ? Vous croyez ?