L’insoutenable légèreté de la titraille

Milan Kundera, l’Insoutenable Légèreté de l’être, éd. de 2019, couverture

L’Oreille tendue aime bien se considérer comme un service public. C’est pourquoi il lui arrive de proposer des moratoires, notamment en matière de titraille : ne pas s’inspirer de Laclos, de Gabriel García Márquez (ici ou ), de Marivaux, de Houellebecq, de Denys Arcand ou de Réjean Ducharme, ne pas marier la tradition à la modernité, ne pas pratiquer le chiasme, ne pas adresser des lettres d’amour.

Accueillons aujourd’hui, dans ce club sélect, Milan Kundera.

«L’insoutenable inutilité de l’être» (le Devoir, 3 avril 2020).

«L’insoutenable légèreté de l’être occidental» (le Devoir, 21 mars 2020).

«Investiture démocrate. L’insoutenable dangerosité du (mot) socialisme» (la Presse+, 5 mars 2020).

«L’insoutenable légèreté du sentiment» (Fabula, janvier 2020).

«“Celle que vous croyez” : l’insoutenable légèreté du virtuel» (le Devoir, 27 septembre 2019).

«L’insoutenable légèreté de Jason Kenney» (la Presse+, 17 juin 2019).

À votre service.

Chronique d’un moratoire annoncé

Gabriel García Márquez, Chronique d’une mort annoncée, 1981, couverture

Ceci, dans le Devoir du jour : «Chronique d’un fiasco annoncé.»

En voyant ce titre, l’Oreille tendue, qui aime assez les moratoires, même non suivis d’effets, s’est souvenue d’une suggestion d’un de ses lecteurs : «Pour un éventuel complément à votre entrée de L’oreille tendue, voici une autre formule toute faite souvent vue et lue dans les titres : “Chronique d’une [quelque chose] annoncée”, d’après García Márquez, cette fois. Celle-là, elle m’agace particulièrement…»

En effet.

«Chronique d’une invasion annoncée en Syrie» (le Devoir, 4 novembre 2019).

«Éducation. Chronique d’une crise annoncée» (le Devoir, 29 août 2019, p A1).

«Baleines. Chronique d’une mort annoncée» (la Presse+, 28 juillet 2019).

«Chronique d’un suicide annoncé» (le Devoir, 2 août 2017, p. B7).

Pitié pour Gabriel García Márquez, svp.

Mise en délibéré

Dans le Devoir des 8-9 février 2020 :

«D’ailleurs, au risque de dire quelque chose qui semblera peut-être incongru, ce film, c’est aussi une lettre d’amour à Montréal» (le D magazine, p. 5).

«Cette série est une lettre d’amour au pouvoir de la télévision» (le D magazine, p. 37).

Déjà en 2015 :

«une vibrante lettre d’amour au cinéma» (24 décembre 2015, p. E4).

Dans la Presse+ :

«Leur auteur les décrit comme une “lettre d’amour à Montréal”, mais c’est surtout l’œuvre d’un érudit qui nous livre une très belle réflexion philosophique» (6 novembre 2019).

«Cet album est une lettre d’amour à l’amour, dans tout ce qu’il a de plus irritant, passionné, excitant, ravissant, horrible, tragique, magnifique, glorieux» (26 août 2019).

«Lettre d’amour à» : moratoire ou pas ? L’Oreille tendue se tâte.

Autopromotion 437

Festival du solstice d’été, 2019, communiqué

Aujourd’hui, vers 13 h 30, l’Oreille tendue sera à l’émission Là-haut sur la colline d’Antoine Robitaille, sur Qub radio, pour parler langue et politique.

Deux sujets au menu. 1. Le représentant d’intérêts te propose un solstice. 2. Les bâillons de l’Oreille tendue. (Elle proposera quelques moratoires. C’est sa marotte. Une de ses marottes.)

 

[Complément]

On peut (ré)entendre l’entretien ici.

Le «lobbyiste» devenu «représentant d’intérêts» ? De ce côté.

Mélanie Joly ? De celui-là.

Décomplexé ? Par .

Proposition de moratoire du lundi pluvieux

Logo de Netflix

Soit trois phrases tirées du quotidien le Devoir :

«Le géant de l’informatique [Apple] aligne les stars afin de rivaliser avec les Netflix de ce monde» (26 mars 2019, p. B7).

«On saura si les Netflix de ce monde ont reçu des traitements de faveur» (7 mai 2019).

«Qu’une star de ce calibre veuille se pencher sur un projet aussi délicat en apparence pouvait rassurer Hulu, une plateforme qui commence sérieusement à toiser les Netflix de ce monde […]» (18-19 mai 2019, p. 35).

Laissons Netflix tranquille, mais faisons un usage plus parcimonieux du syntagme «de ce monde».

Merci à l’avance.