2018 en livres

L’Oreille tendue vit dans les livres : elle en écrit, elle en édite, elle en commente (en classe, ici, ailleurs, à l’écrit et à l’oral). Et elle en lit. Que retenir de ses lectures de 2018 ?

Qu’elle a relu des classiques, George Dandin de Molière, Jacques le fataliste de Diderot et des textes épars d’Arthur Buies, en y retrouvant son habituel bonheur.

Qu’elle a lu des livres sur la langue, notamment ceux de Michel Francard — Tours et détours. Les plus belles expressions du français de Belgique (2016), Vous avez de ces mots… Le français d’aujourd’hui et de demain ! (2018), Tours & détours le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique (2018) —, et sur l’édition — l’Édition à l’ère numérique de Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati (2018).

Qu’elle a apprécié la poésie de Marie-Hélène Voyer (Expo habitat, 2018) et de Maxime Catellier (Mont de rien, 2018), et la prose de David Turgeon (A propos du style de Genette, 2018) de Catherine Voyer-Léger (Prendre corps, 2018), d’Éric Chevillard (Défense de Prosper Brouillon, 2017), de Philippe Lançon (le Lambeau, 2018) et de Serge Bouchard (les Yeux tristes de mon camion, 2016).

Elle a aussi lu des romans.

Elle devrait continuer à lire en 2019.

Marat à Bangkok

The Bangkok Asset (2015), de John Burdett, est un bien étrange livre — à la fois polar, roman de science-fiction, texte gore et délire transhumaniste —, à la fin spectaculairement bâclée.

Comme il se doit, il est difficile d’y dénombrer précisément les cadavres. Celui de Lord Sakagon, richissime avocat véreux, est l’objet d’une mise en scène élaborée, fondée sur le tableau «La mort de Marat» de Jacques-Louis David (1793).

Jacques-Louis David, «La mort de Marat», tableau, 1793

Quand il arrive sur les lieux du crime, le «héros» de Burdett, le détective Sonchai Jitpleecheep, trouve la victime nue dans sa baignoire.

I stare and stare.
The tableau is very famous, so famous I have come across it often in my endless travels through time and space on the Net. […] I open my smart phone, key in French Revolution, David, Marat, death of, and there they are : the picture on the phone and the still life, so to speak, in the bathroom.
[…]
[Krom] glances at me. «Murder as art ? The final farang decadence ?»
She is referring to the way the cadaver has been arranged to perfectly imitate the painting of the revolutionary Marat, with a few differences. For example, instead of a letter, Sakagorn is holding a barrister’s brief in his left hand. Instead of a cloth around his head the perp has wrapped his long hair up into a bun. Instead of an ink pot on a side stool, my half brother has wittily replaced it with an Apple laptop. But, as in the painting, one arm hangs out over the side of the bath, there is a light-colored towel with bloodstains under the armpit and a green towel also draped over the bath, and he is lurched to one side with his head almost resting on his right shoulder, his mouth slightly open and the fatal wound in his upper chest. As in the painting, the body has been dead just long enough to acquire a greenish tinge.

Reprises : la posture du corps de Marat, sa couleur funèbre, des tissus, dont certains tachés de sang.

Divergences : un document juridique au lieu d’une lettre, un chignon pour un turban, un ordinateur à la place d’un pot d’encre.

On n’arrête pas le progrès.

Illustration : Jacques-Louis David, «La mort de Marat», 1793, disponible sur Wikimedia commons

Référence

Burdett, John, The Bangkok Asset, New York, Alfred A. Knopf, 2015. Édition numérique : iBooks.

John Burdett, The Bangkok Asset, couverture

Autopromotion 371

Un écrivain taillant sa plume, tableau de Jan Ekells, 1784

L’Oreille tendue, pour la première fois de sa longue carrière de professeure d’université, a donné récemment un cours de création littéraire. Ce cours portait sur le blogue.

Elle a tenu son journal de cette expérience d’enseignement. Ça se lit ici, chez les amis de la revue numérique Sens public.

Référence

Melançon, Benoît, «Le blogue à l’université. Journal d’un enseignement», Sens public, revue numérique, rubrique «Chroniques», 5 juillet 2018. [HTML] [PDF]

Illustration : Un écrivain taillant sa plume, tableau de Jan Ekells, 1784, Rijksmuseum, Amsterdam

Vous en connaissez, vous ?

Logo original de la série télévisée Gossip GirlL’Oreille tendue donne actuellement un cours sur le blogue. Dans ce cadre, elle est à la recherche d’œuvres de fiction qui représentent cette pratique d’écriture.

Des exemples ?

Le blogue du docteur John Watson dans la série télévisée Sherlock.

L’épisode de The West Wing où Josh Lyman démontre qu’il ne comprend rien à cette forme d’expression.

Le film Julie & Julia de Nora Ephron (2009).

Les romans de la série Gossip Girl et les émissions de télévision qu’on en a tiré.

Le Compteur intelligent. Carnets libres, volume II de Daniel Sylvestre (Montréal, La Mèche, coll. «Les doigts ont soif», 2013, 92 p. Ill.).

Vous avez d’autres suggestions ? Les commentaires sont ouverts. Merci à l’avance.

P.-S.—Des livres tirés de blogues ? Non merci : pour l’instant, l’Oreille a ce qu’il faut sur ce plan.

Illustration : Logo original de la série télévisée Gossip Girl. L’élite de New York, disponible sur Wikimedia Commons