Conseils utiles ?

Catherine Duffau et François-Xavier André, J’entre en fac, 2013, couvertureJ’entre en fac. Méthodes du travail universitaire en lettres, langues, arts et sciences humaines est destiné à un lectorat hexagonal, surtout de premier cycle, mais il peut aussi intéresser les étudiants des cycles supérieurs.

L’ouvrage est découpé en cinq parties :

«Devenir étudiant» (qu’est-ce que l’université française ?);

«Méthodes de travail» (comment organise-t-on son temps et son travail ?);

«Se former» (comment se documente-t-on ?);

«Acquérir des connaissances» (quels sont les types d’écriture qu’on pratique à l’université ?);

«Présenter des travaux universitaires» (quelles sont les normes de présentation à l’écrit et à l’oral ?).

Des choses sont bien vues, notamment en matière d’ouverture à la dimension numérique de la recherche et sur la recherche comme dialogue :

«Toutes les publications universitaires doivent […] être abordées comme les manifestations d’un savoir collectif en cours d’élaboration» (p. 92);

«souvenez-vous que le travail universitaire fait dialoguer plusieurs voix proposant des thèses différentes et que vous devez pouvoir les situer les unes par rapport aux autres» (p. 96);

«Le dossier, le mémoire, la thèse exposent une pensée personnelle, mais clairement et explicitement élaborée à partir de la synthèse critique des textes existants» (p. 149).

En revanche, à partir de la quatrième section, «Acquérir des connaissances», les problèmes sont de plus en plus nombreux : absence d’exemples, propos flous, coquilles.

Certaines phrases sont contestables, pour ne pas dire plus, d’autres cocasses :

«Gardez-vous du remplissage qui ne fera pas illusion et de propos alignés au hasard en faisant des vœux pour que l’enseignant y trouve tout seul quelque chose qui a un rapport avec le sujet. Cela fera plus mauvaise impression qu’une ignorance assumée» (p. 20);

«Sachant qu’il y a 168 heures dans une semaine, déduisez le temps que vous trouvez normal de consacrer au sommeil, aux repas, à l’hygiène et au sport, aux transports, aux heures de cours, à votre vie sociale et à vos relations amicales» (p. 36);

«Les enseignants à l’université, les chercheurs écrivent souvent des blogs intéressants. Encore faut-il bien vérifier qu’il ne s’agit pas d’un auteur farfelu» (p. 65);

«On ne peut citer Wikipédia dans un travail universitaire» (p. 68);

«Il apparaît donc clairement que le copier-coller, qui est quasi de règle sur Internet, est une pratique inadaptée au travail universitaire» (p. 150).

Il est recommandé de se méfier de l’inspiration : «Comme cela a été expliqué […], le travail universitaire n’est pas comparable à celui d’un artiste qui déclare écrire poussé par sa seule inspiration» (p. 149). Cela se défend.

Cela étant, ce n’est pas tout à fait une lecture indispensable.

P.S. de pion.—Ce n’est pas le genre de texte où l’on prend des leçons de style. Il y a tous les tics de l’heure (en termes de, compétences transversales, au niveau de employé là où il n’y a pas de hiérarchie, point au sens d’unité argumentative, posture, identifier employé incorrectement, opportunité mis pour occasion, problématique confondu avec problème). Il n’est par ailleurs pas recommandé de donner cinq éléments d’une énumération quand on en annonce quatre (p. 100).

 

Référence

Duffau, Catherine et François-Xavier André, J’entre en fac. Méthodes du travail universitaire en lettres, langues, arts et sciences humaines, Paris, Presses Sorbonne nouvelle, coll. «Les fondamentaux de la Sorbonne nouvelle», 2013, 165 p.

Épistoliers d’aujourd’hui

Projet «Lettre à toi», Québec, 2017-2018

L’Oreille tendue n’a pas peur de se répéter. Depuis plus de 20 ans, elle raconte à qui veut l’entendre (ou pas) que la forme épistolaire, malgré le discours ambiant, n’est pas appelée à disparaître. On écrit moins de lettres qu’auparavant ? Évidemment. On va cesser d’écrire des lettres ? Pas du tout. Ce qui a changé, c’est le contexte dans lequel l’épistolarité paraît s’imposer comme la forme de communication la plus appropriée. Pour le dire dire d’un mot : devant la mort, par exemple, la lettre garde tout son poids.

Des exemples ? Quand meurent le chanteur John Lennon en 1980, la princesse Diana en 1997 ou le joueur de hockey Maurice Richard en 2000, leurs admirateurs leur dressent des autels spontanés où ils déposent des objets et par lesquels ils s’adressent à leur idole disparue : on écrit à un mort, auquel on confie sa peine. Ce n’est donc pas d’hier qu’on se livre à cette forme d’hommage, mais cela continue à se faire, en cette ère du tout-numérique (dit-on). Quand un train déraille au cœur de Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, faisant 47 morts, l’église de cette petite ville québécoise réserve un espace où punaiser des courts messages destinés tant aux survivants qu’aux victimes. On fera la même chose en Corée du Sud, au moment du naufrage du Sewol le 16 avril 2014 (plus de 300 disparus), et on l’avait fait lors de la tuerie de l’école états-unienne Sandy Hook en 2012. À la mort de l’écrivain Gabriel García Márquez (2014), on met à la disposition de ses admirateurs une murale à Barcelone : les témoignages manuscrits affluent. Il est manifestement des moments où le courriel, le SMS, Twitter, Instagram, Snapchat et Facebook ne suffisent pas; il faut revenir à l’écriture manuscrite, et à une écriture manuscrite partagée.

Cela a encore été le cas dans la ville de Québec l’an dernier. Après un attentat dans sa grande mosquée, le 29 janvier 2017, des citoyens se sont mobilisés pour lutter contre l’intolérance. Ils ont d’abord organisé une vigile de solidarité en servant des réseaux sociaux. Puis autre chose leur est apparu nécessaire.

À la suite de la veillée, le groupe s’est réuni de nouveau pour en prolonger l’effet. Est née alors l’idée d’envoyer des lettres de réconfort aux familles des victimes et à leurs proches. Baptisée «Lettre à toi», cette initiative a permis de recueillir au sein du public plus de 350 lettres manuscrites en provenance de partout. «Malgré mes faibles moyens, je te promets de mettre tout en œuvre pour faire tomber autour de moi les préjugés qui divisent et pour bâtir les ponts qui nous unissent», peut-on lire dans l’une d’entre elles. «S’il te plaît ne perds pas espoir.»

«Les lettres ont été photocopiées et on a fait une quinzaine de cartables, raconte Annie Demers-Caron. On les a distribués dans des mosquées, mais aussi dans des lieux non religieux [comme des organismes communautaires]. Parce qu’on l’oublie, mais il y a seulement 40 % des personnes de confession musulmane qui fréquentent les mosquées.»

Le groupe a aussi conçu 11 boîtes à partir des 100 plus belles lettres à l’intention des familles des victimes et des blessés. Certains les ont reçues tout récemment. «L’idée, c’était de faire perdurer la solidarité dans le temps», résument Annie et Tommy [Bureau] (Isabelle Porter, «Des lettres pour panser les plaies», le Devoir, 20-21 janvier 2018, p. B2).

La lettre reste utile.

Illustration : détail de la photo de Renaud Philippe qui accompagnait l’article d’Isabelle Porter dans le Devoir.

P.-S.—Ce texte reprend un passage d’un texte publié par l’Oreille il y a quelques années : Melançon, Benoît, «Le cabinet des curiosités épistolaires», Épistolaire. Revue de l’AIRE (Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire, Paris), 40, 2014, p. 257-259.

 

[Complément du 26 novembre 2020]

Sur Twitter, que suggère la (future) vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, en ce jour de l’Action de grâce (Thanksgiving) ? D’écrire, enfin, la lettre dont on ne cesse de différer l’écriture.

 

[Complément du 5 décembre 2020]

L’Oreille tendue est citée dans le Devoir du jour, au sujet de l’envoi des cartes de Noël et de ce que cela révèle de la lettre aujourd’hui : «Dès qu’une tragédie se produit, qu’il s’agisse de la mort de la princesse Diana ou celle de Lac-Mégantic, les gens ont le réflexe d’écrire des lettres […]. Et disons-le : la pandémie actuelle est sans aucun doute LA circonstance spéciale, d’autant que les gens se voient beaucoup moins.»

Dans la Presse+, au même moment, elle découvre l’existence du projet «Le moment de votre lettre», «ce courrier du cœur pandémique» : «Lancée en avril dernier, l’initiative est à la fois toute simple et lumineuse : en ces temps si difficiles, il s’agit de permettre à des personnes âgées esseulées de recevoir gratuitement chaque semaine, pendant un an, une lettre rédigée pour elles par des artistes québécois.» Cela circule par courriel, photocopieuse, Facebook.

CQFD.

Autopromotion 344

Article «Molière», Wikipédia

L’Oreille tendue utilise Wikipédia. Elle y collabore. Elle en traite en classe. Elle s’en sert pour ce blogue. Elle donne des conférences sur le sujet, souvent sous le titre «Diderot : de l’Encyclopédie à Wikipédia», et des entrevues, par exemple celle-ci. Elle a publié des articles là-dessus :

Melançon, Benoît, «Journal d’un (modeste) Wikipédien», dans Rainier Grutman et Christian Milat (édit.), Lecture, rêve, hypertexte. Liber amicorum Christian Vandendorpe, Ottawa, Éditions David, coll. «Voix savantes», 32, 2009, p. 225-239. https://doi.org/1866/11380

Melançon, Benoît, «Confessions d’un optimiste (numérique)», dans Transmettre la culture. Enjeux et contenus de l’enseignement secondaire au Québec. À la recherche d’un socle. Synthèse et Actes du colloque d’octobre 2012, Montréal, Académie des lettres du Québec, [2014], p. 54-70. Suivi d’une «Discussion de cet exposé», p. 71-80. https://doi.org/1866/13165

Elle a eu l’occasion d’en parler à la radio, notamment le 18 mars 2012.

Rebelote cet après-midi, à l’émission Plus on est de fous, plus on lit !, au micro de Marie-Louise Arsenault, à la radio de Radio-Canada, entre 14 h et 15 h.

 

[Complément du jour]

On peut (ré)entendre l’entretien ici.

Autopromotion 343

Marcello Vitali Rosati, Navigations, 2015, couverture

L’Oreille tendue a des collègues et elle a des amis. Parfois, il s’agit des mêmes personnes. C’est le cas de Marcello Vitali-Rosati, avec qui elle a longuement discuté lors de la parution de la 3000e entrée de ce blogue.

Ledit ami, et néanmoins collègue, vient de mettre en ligne un texte intitulé «Production de l’auteur et éditorialisation». L’Oreille est au menu. Elle rougit et elle est un peu étourdie; vous verrez pourquoi.

Noms d’oiseaux

Stéfanie Clermont, le Jeu de la musique, 2017, couverture

Elles ont des patronymes d’oiseaux : Sabrina Cormoran, Céline Milan, Julie Grive. Elles ont été adolescentes ensemble à Ottawa. Leurs chemins se sont séparés, puis ils se recroisent. Elles ont des amis (Vincent, qui se suicide, Kat, Tahar, Estella, Jess) et des amants, dont l’identité sexuelle n’est pas toujours arrêtée («Tu disparais sous le poids de ton amour pour quelqu’un qui n’a plus de sexe […]», p. 299). Elles sont nourries de culture populaire (chanson, cinéma, télé, Internet). Seules ou ensemble, elles apparaissent dans la plupart des nouvelles du recueil le Jeu de la musique de Stéfanie Clermont (2017), souvent dans des moments de crise.

Comme presque tous les autres personnages — à l’exception de quelques enfants, et des parents de Céline, Vivianne et Pierre —, elles sont dans un entre-deux, jamais tout à fait ici ni parfaitement là : «Elle guette les occasions de commencer à vivre “vraiment”, qui ne viennent pas» (p. 83); «Tu attends que quelqu’un vienne te chercher» (p. 101); «Mon seul souvenir du temps, c’est : j’aurais pu» (p. 262). Leur monde est plein de souffrances et de violences : verbale, physique, sexuelle, sociale, raciale, politique.

Qu’elles soient brèves (la parfaite «L’enfant» [p. 96] fait cinq lignes) ou longues, les nouvelles de Stéfanie Clermont sont dures, à l’avenant.

 

Référence

Clermont, Stéfanie, le Jeu de la musique. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 15, 2017, 340 p.