On n’est jamais si bien…

Michael Benazon (édit.), Montreal mon amour. Short Stories from Montreal, 1989, couverture

«Here laboured Mr. Furlong senior, the father of the Rev. Edward Fareforth. He was a man of many activities; president and managing director of the companies just mentioned [Hymnal Supply Corporation; Hosanna Pipe and Steam Organ Incorporated; Bible Society of the Good Shepherd Limited], trustee and secretary of St. Asaph’s, honorary treasurer of the university, etc.; and each of his occupations and offices was marked by something of a supramundane character, something higher than ordinary business. His different official positions naturally overlapped and brought him into contact with himself from a variety of angles. Thus he sold himself hymn books at a price per thousand, made as a business favour to himself, negotiated with himself the purchase of the ten-thousand-dollar organ (making a price on it to himself that he begged himself to regard as confidential), and as treasurer of the college he sent himself an informal note of enquiry asking if he knew of any sound investment for the annual deficit of the college funds, a matter of some sixty thousand dollars a year, which needed very careful handling. Any man — and there are many such — who has been concerned with business dealings of this sort with himself realizes that they are more satisfactory than any other kind

Stephen Leacock, «The Rival Churches of St. Asaf and St. Osoph», dans Arcadian Adventures with the Idle Rich (1914), reproduit dans Michael Benazon (édit.), Montreal mon amour. Short Stories from Montreal, Toronto, Deneau, 1989, xix/290 p., p. 1-18, p. 11.

Autoportrait animalier du jour

Hervé Prudon, Tarzan malade, 1983, couverture

«Je me suis regardé devant la glace. Une barbe de trois jours. Un pyjama crasseux. Des yeux vitreux. Un raton-laveur à la dérive.»

Hervé Prudon, Tarzan malade, Villeurbanne, Jean-Luc Lesfargues éditeur, coll. «Choc corridor», 1, 1983, 184 p., p. 111. Édition originale : 1979.

Description peu flatteuse du jour

Éric Dupont, la Fiancée américaine, 2015, couverture

«Pas assez fous pour mettre le feu, mais pas assez fins pour l’éteindre !»

Éric Dupont, la Fiancée américaine. Roman , Montréal, Marchand de feuilles, 2015, 877 p., p. 146. Édition originale : 2012.

P.-S.—S’agissant du sens du mot innocent au Québec, l’Oreille tendue avait évoqué la prédilection de sa mère pour cette phrase.

 

[Complément du 27 mai 2016]

Autre occurrence, avec précision géographique et évaluation linguistique, chez le même auteur : «Pas assez fous pour mettre le feu, mais pas assez fins pour l’éteindre, c’est ce qu’ils disaient de ses oncles à Rivière-du-Loup. Avouez que c’est coloré comme langage» (p. 846).

 

[Complément du 11 décembre 2018]

Troisième occurrence, montréalaise celle-là, dans la pièce Nos ghettos (2018) :

Ici, on ne va pas casser une vitrine
sous prétexte qu’on embourgeoise le quartier
Personne n’est assez fou pour mettre le feu
ni assez fin pour l’éteindre (p. 47)

J-F Nadeau, Nos ghettos. Avec des chansons de Stéfan Boucher, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 17, 2018, 107 p. Ill. Suivi de «Contrepoint. De l’écume et des commerces ethniques» par Marie-Sophie Banville.

 

[Complément du 26 septembre 2021]

Variation simenonienne : «Écoutez, monsieur le commissaire, je ne suis pas très intelligente, mais je ne suis pas tellement bête.»

Simenon, Georges, l’Amie de madame Maigret, Paris, Presses Pocket, coll. «Presses Pocket», 1066, 1974, 187 p., p. 116. Édition originale : 1952.

Un portrait de Marc Denis

Gilles Marcotte, le Poids de Dieu, 1962, couverture

 

«Pourtant, ce soir-là, le premier moment d’exaltation passé, Claude avait senti que leur amitié ne résistait pas au temps. Seul Marc Denis continuait d’habiter la zone où ils s’étaient rencontrés. D’une intelligence brillante, travailleur infatigable, cultivé comme il n’est guère habituel dans son milieu, on l’avait affecté à l’enseignement au grand séminaire. Claude éprouvait un plaisant vertige à se laisser entraîner par lui d’un point à l’autre du vaste domaine intellectuel où Marc se mouvait avec une aisance prodigieuse. De saint Thomas à André Gide, de Platon à quelque théorie scientifique, c’étaient des rapports d’une rapidité fulgurante, établis par une intelligence jamais en repos. Mais, pour Claude, le point de saturation est venu plus tôt que d’habitude. Au grand séminaire, déjà, quand il baignait dans une atmosphère d’intense ferveur théologique, il lui arrivait d’être lassé par la haute voltige de Marc Denis. Maintenant, le fil est coupé» (p. 63-64).

P.-S.—On ne confondra pas ce Marc Denis, personnage d’un roman de Gilles Marcotte, le Poids de Dieu, paru en 1962, avec l’ex-cerbère de la Ligue nationale de hockey qui porte le même nom.

 

Référence

Marcotte, Gilles, le Poids de Dieu, Paris, Flammarion, 1962, 218 p.

Portrait cartographique du jour

Jean Echenoz, Envoyée spéciale, 2016, couverture

«L’individu d’âge mûr est l’homme au front orné d’une tache de vin en forme de Nouvelle-Guinée que nous avons aperçu déjà rue de Pali-Kao puis ici-même, plus récemment. Il paraît préoccupé, rude, son humeur maugréante approfondit une ride verticale sur sa tache de naissance, matérialisant la frontière qui sépare sur les cartes de cette île, en pointillés comme c’est l’usage, les provinces indonésiennes orientales d’avec la Papouasie Nouvelle-Guinée à proprement parler» (p. 76).

Jean Echenoz, Envoyée spéciale. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2016, 312 p.

P.-S.—L’Oreille tendue a dit le bien qu’elle pense de ce roman ici.