Conseil estival ?

Mikaël Lalancette, Jean-Claude Tremblay, 2024, couverture

Pendant des décennies, les joueurs de hockey ne s’entraînaient guère entre les saisons. Jean-Claude Tremblay, le défenseur des Canadiens de Montréal, puis des Nordiques de Québec, était de ceux-là. Un jour, il a pris conscience que cela ne lui convenait plus : il devait mieux se préparer.

Comment ? Voici ce qu’écrit son biographe, Mikaël Lalancette, en 2024 :

Dès le début juillet, l’athlète de 35 ans se soumet à un entraînement quotidien rigoureux qui consiste en trois heures d’exercice intensif, une partie de golf dans l’après-midi, deux bières, un bon souper et du repos (ch. 16).

«Deux bières» : un conseil à suivre ?

P.-S.—Souvenons-nous de cette autre technique d’entraînement.

 

Référence

Lalancette, Mikaël, Jean-Claude Tremblay. Le magicien de la ligne bleue, Montréal, Éditions de l’Homme, 2024, 259 p. Ill. Préface de Serge Savard. Édition numérique.

Mais bien sûr !

Philippe Manevy, La colline qui travaille, 2024, couverture

Proust et le rugby ? Il suffisait d’y penser. Philippe Manevy l’a fait dans La colline qui travaille (2024) :

Cette façon de conduire était associée dans mon esprit à son passé de rugbyman. Dès son adolescence, René avait pratiqué assidûment ce sport. Il avait commencé à jouer avec son grand frère Pierre, à qui sa carrure massive et sa force tranquille avaient valu la position de pilier — celui qui, pour assurer la solidité de la mêlée, encaisse les coups de boutoir de l’autre équipe. Plus fluet, plus rapide aussi, René officiait comme trois-quarts aile : il savait se faufiler entre les lignes adverses; bien souvent, c’est lui qui recevait la passe décisive à l’issue de l’action — cet échange long, complexe, plein de ruptures, de rebondissements, de retours en arrière et de brusques percées comme une phrase de Proust — et s’élançait vers la ligne pour plaquer au sol, dans un geste furieux et triomphant, le ballon ovale.

 

Référence

Manevy, Philippe, La colline qui travaille. Récit, Montréal, Leméac, 2024, 283 p. Édition numérique.

Un score précis

Max Pacioretty sur la glace du Centre Bell, Montréal, 2011

On l’a déjà vu : Enki Bilal, dans la Foire aux immortels, en 1980, souhaitait apporter une précision aux scores des matchs de hockey. Outre le nombre de buts pour chaque équipe, il proposait de noter, dans un futur pas trop éloigné, le nombre de blessés (graves) et de morts.

Doug Wright, en couverture du Standard Magazine du 20 mars 1948, était plus descriptif. Il indiquait la nature des blessures : «charley horses» (claquages), «broken arms» (bras cassés), «busted legs» (jambes fracturées), «split skulls» (crânes fendus). Les joueurs représentés portaient une armure.

Le passé est aussi inquiétant que l’avenir.

P.-S.—C’est Don Weekes qui reproduit la couverture dans Picturing the Game (2023, p. 143).

 

Références

Bilal, Enki, la Foire aux immortels, Paris, Dargaud, 1980, 64 p. Rééditions : Genève, Humanoïdes associés, 1990, 68 p.; Casterman, 2005, 64 p.; dans la Trilogie Nikopol, Genève, Les Humanoïdes associés, 2002, 175 p.

Weekes, Don, Picturing the Game. An Illustrated Story of Hockey, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2023, xviii/390 p. Ill.

Vieilles barbes

Bob Bissonnette, les Barbes des séries, 2012, pochette

La pratique est commune dans le monde du hockey : quand commencent les séries éliminatoires, des joueurs cessent de se raser. Ils arborent une barbe des séries. (Encore faut-il avoir de la barbe : les joueurs des Canadiens de Montréal, en 2026, ont eu du mal à faire exister la leur. Ils sont encore bien jeunes.)

La pratique est au moins centenaire : une caricature de 1926, reproduite par Don Weekes dans son livre Picturing the Game, l’évoque. «Abie Adenoid swore that he wouldn’t shave until Maroons won Stanley Cup» (p. 103, Abie Adenoid a juré qu’il ne se raserait pas tant que les Maroons n’auraient pas remporté la Coupe Stanley). Qui est cet «Abie Adenoid» ? L’Oreille tendue l’ignore, mais il ne semble pas qu’il s’agisse d’un joueur des Maroons.

La pratique est à transmettre aux jeunes générations, comme le fait Olivier Niquet dans Savais-tu ? Sport. Le hockey (2025) :

Savais-tu que les joueurs de hockey sont parfois superstitieux ? Sidney Crosby ne communique jamais avec sa mère les jours de match parce que ça lui porterait malheur. Patrick Roy, lui, parlait aux poteaux de son filet pendant les parties pour implorer leur aide. Durant les séries éliminatoires, certains se laissent même pousser une barbe. C’est la fameuse barbe des séries (p. 36-37).

La pratique est enfin musicale, comme le savent les fans de Bob Bissonnette.

 

Références

Niquet, Olivier, Savais-tu ? Sport. Le hockey, Montréal, Éditions Michel Quintin, 2025, 62 p. Illustrations d’Hugo G. L’Éclair.

Weekes, Don, Picturing the Game. An Illustrated Story of Hockey, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2023, xviii/390 p. Ill.

Patate chaude parfois bienvenue

Diagramme représentant le flea flicker, Wikipédia en anglais, 13 juin 2026

Au football (le canadien, donc l’américain), un jeu s’appelle le flea flicker.

Le quart-arrière s’installe derrière le joueur de centre. Celui-ci lui remet le ballon. Le quart-arrière le remet à son porteur, qui feint de courir avec l’objet. Au lieu de continuer sa course, le porteur redonne le ballon au quart-arrière, qui en profite pour le lancer, généralement loin. Il s’agit donc de faire croire à une course alors qu’on se prépare à une passe. (Wikipédia a, évidemment, un article au sujet de cette manœuvre, d’où est tirée l’illustration ci-dessus.)

Comment dire cela en français ? On peut se contenter de jeu truqué. On entend aussi parfois jeu de la patate chaude («À toi !» «Non à toi !»).

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première patate que nous croisons en ces lieux.

P.-P.-S.—D’autres mots de la langue du football ? Bien sûr.

P.-P.-P.-S.—On peut imaginer la manœuvre avec d’autres joueurs que le quart-arrière et le porteur, mais le principe reste le même.