Annie Desrochers et Canadien

Émission radiophonique le 15-18, Société Radio-Canada, Montréal, 2026, logo

Elles se sont d’abord croisées chez Franco Nuovo, à l’émission Dessine-moi un dimanche, de Radio-Canada, en 2011-2012. Annie Desrochers y tenait chronique; l’Oreille tendue y était parfois invitée.

Par la suite, la première a interviewé la seconde une douzaine de fois, surtout dans le cadre du 15-18, le plus souvent pour parler de sport. Hier, Annie Desrochers a animé sa dernière livraison de cette émission. Plus tard cette année, elle sera à la barre de l’émission matinale de fin de semaine, toujours à Radio-Canada.

Qu’en est-il du rapport d’Annie Desrochers avec les Canadiens de Montréal — c’est du hockey ?

Elle connaît ses classiques. Quiconque a déjà vu son exemplaire du livre l’Enjeu (The Game, 1983) de Ken Dryden sait qu’elle lui a fait souffrir les derniers outrages : il a été lu et relu. En 2014, elle a tout de suite vu à quelle photo célèbre faisait allusion Bernard Brault dans un de ses reportages pour le quotidien la Presse.

Ses réflexes journalistiques la poussaient évidemment à coller à l’actualité, la sportive comme les autres : l’image de Guy Lafleur, les tensions Canada—États-Unis, le français des joueurs et des partisans de son équipe favorite («Go Habs go !»), le cinquantième but de Cole Caufield, etc. Elle cherchait alors toujours à inscrire ces évènements dans une histoire plus longue.

L’Oreille va désormais s’ennuyer en cuisinant.

L’inconscient linguistique hexagonal

Le Bus. Les Bleus en grève, documentaire sur Netflix, 2026, affiche

On ne se refait pas : quand l’Oreille regarde du sport, elle reste tendue en matière de langue. Le cas le plus récent ? Le documentaire le Bus. Les Bleus en grève, sur Netflix, qui raconte la cascade de déconvenues causée par l’équipe de France à la Coupe du monde de football de 2010 en Afrique du Sud.

Une partie du scandale naît d’une déclaration jetée par un des joueurs étoiles de cette équipe, Nicolas Anelka, à l’endroit de son entraîneur, Raymond Domenech : «Va te faire enculer, sale fils de pute», rapportait alors le quotidien l’Équipe. Il n’est pas sûr que les paroles d’Anelka aient été exactement celles-là, mais tous s’entendent pour dire qu’il y a eu une altercation dans le vestiaire à la mi-temps entre les deux hommes. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Il m’a tutoyé. Il ne me tutoyait jamais» (37e minute).

À la suite de l’expulsion d’Anelka par la Fédération française de football, ses coéquipiers ont fait grève d’un entraînement. Ils ont rédigé une déclaration pour expliquer leur geste. C’est leur entraîneur (!) qui la lit devant les médias. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Putain, c’est pas eux qui ont écrit ça. Y a pas de fautes d’orthographe» (58e minute).

En quatre phrases, on voit la puissance de l’imaginaire linguistique hexagonal : le tutoiement et l’orthographe classent.

Rétronyme hockeyistique

La parahockeyeuse Raphaëlle Tousignant dans sa luge sur la glace

La semaine dernière, l’Oreille tendue a participé à l’enregistrement d’un·e balado, histoire de causer de la langue de puck (on en reparlera un autre tantôt).

Participait aussi à l’émission une olympienne en parahockey. L’Oreille l’a interrogée sur le vocabulaire propre à son sport. Elle a répondu ne pas voir beaucoup de différences avec le hockey debout.

Hockey debout ? L’expression n’est devenue nécessaire qu’au moment où est apparu un hockey assis, dans une luge, le parahockey. Avant la création de ce sport, hockey debout aurait paru pléonastique; aujourd’hui, il est utile.

Voilà, en effet, un rétronyme.

À votre service.

 

Référence

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey. Édition revue et augmentée, Montréal, Del Busso éditeur, 2024, 159 p. Préface d’Olivier Niquet. Illustrations de Julien Del Busso.

Benoît Melançon, Langue de puck. Abécédaire du hockey, 2014, couverture

Citation de circonstance (malheureuse)

Claude Lemieux marque un but contre les Whalers de Hartford le 29 avril 1986

La scène, tirée du roman Amiante (2024), de Sébastien Dulude, se déroule dans un autobus scolaire au printemps 1986.

Binette crachait des noyaux de merises dans les vitres ouvertes des autos qu’on dépassait. Il portait un chandail des Canadiens de Montréal, celui de Claude Lemieux, le fougueux 32. Binette prédisait la coupe demain soir pour les Canadiens. Le petit Poulin maugréait : Michel Goulet et sa troupe bleue avaient fini premiers de la division pour être éliminés au premier tour par les Whalers. Puis, c’est le 32 lui-même qui avait envoyé les Whalers en vacances, en prolongation; son dixième but des séries la veille avait rapproché les Canadiens d’une vingt-troisième coupe Stanley. Le petit Poulin avait juré qu’il n’écouterait aucune partie des Canadiens, même en finale. Moi, mon joueur c’était Petr Svoboda, le 25, mais il y avait aussi Stéphane Richer, Patrick Roy, sûrement la recrue de l’année, Naslund, Smith, Chelios, Carbonneau ! Je me disais que si on ne gagnait pas la coupe cette année, on allait certainement la gagner l’année suivante. Le soir, j’écoutais la première période du match avec mon père, en silence, et après je devais aller me coucher. Filer doux, comme il disait. J’apprenais le résultat le matin, à la radio (p. 40-41).

Claude Lemieux est mort hier.

 

Référence

Dulude, Sébastien, Amiante, Saguenay, La Peuplade, 2024, 209 p. Ill.