Accouplements 140

Kevin Lambert, Querelle de Roberval, 2018, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Petite, l’Oreille tendue a séjourné en Wallonie. Entre autres choses, elle en a rapporté une phrase fort utile pour elle (à l’époque) : «Wice qui l’brèsseû passe, li boldjî n’passe nin» (Où le brasseur passe, le boulanger ne passe pas).

Le narrateur de Querelle de Roberval (2018), de Kevin Lambert, ne pense pas autrement : «Judith, Bernard et une couple d’autres se sont aussi pris des bières; une 50, c’est aussi nourrissant qu’une tranche de pain» (p. 49).

 

[Complément du 7 janvier 2021]

Variation bruxelloise : «Une bière, ça vaut trois tartines

 

Référence

Lambert, Kevin, Querelle de Roberval. Fiction syndicale, Montréal, Héliotrope, 2018, 277 p.

Causons bruxellois

Revue Études françaises, 2010, couverture

La revue Études françaises vient de faire paraître un dossier intitulé «Hergé reporter. Tintin en contexte.» Rainier Grutman (R.G.) s’y penche sur le contact des langues chez Georges Remi (G.R., Hergé), plus particulièrement dans le Sceptre d’Ottokar, la huitième des «Aventures de Tintin» (1939, en noir et blanc; 1947, en couleurs). R.G. s’est donné pour objectif de repérer et d’interpréter le «substrat linguistique bruxellois» (p. 84) dans cet album, où Hergé met en scène un pays imaginaire, la Syldavie.

Qu’est-ce que le bruxellois ? Un dialecte, «flamand au sens large, brabançon au sens restreint», «contaminé par le français» (p. 94). De «nature germanique» (p. 96), il est essentiellement parlé.

À quoi sert-il dans le Sceptre ? La «langue mystérieuse attribuée aux Syldaves par Hergé» est «le dialecte germanique employé jusqu’il n’y a guère dans la capitale belge» (p. 85). R.G. montre cependant comment, loin d’être rendu de façon strictement réaliste, le «bruxellois travesti» (p. 97) fait partie des «idiomes pseudo-imaginaires» d’Hergé (p. 95).

La démonstration est faite, et bien faite : Hergé était beaucoup plus subtil linguistiquement que ses «adaptateurs» québécois.

 

Référence

Grutman, Rainier, «“Eih bennek, eih blavek” : l’inscription du bruxellois dans le Sceptre d’Ottokar», Études françaises, vol. 46, no 2, 2010, p. 84-99. URL : <http://www.erudit.org/revue/etudfr/2010/v46/n2/044536ar.pdf>.