François Legault et ses prescriptions littéraires

Les prescriptions littéraires de François Legault, novembre 2020

La semaine dernière, dans le cadre de sa série de «Prescriptions littéraires», l’Association des libraires du Québec diffusait, sur Facebook, une vidéo du premier ministre du Québec. François Legault y recommandait dix œuvres (la vidéo se trouve ici — pour l’instant ?).

La même liste de recommandations apparaissait sur Twitter et sur Instagram.

Le Journal de Montréal annonce aujourd’hui que l’ALQ «a fait disparaître des suggestions de livres à lire de François Legault après avoir reçu des plaintes de gens qui lui reprochaient qu’elle eût offert une tribune au premier ministre».

Pour l’Oreille tendue, les suggestions de lectures de François Legault n’ont pas d’intérêt. En revanche, le fait qu’il ait des suggestions de lectures lui semble une bonne chose, et parfaitement légitime.

La pusillanimité de l’Association des libraires du Québec ne l’honore pas, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

[Complément du 30 novembre 2020]

Par communiqué, l’Association des libraires du Québec annonce faire marche arrière. C’était la décision à prendre.

Les «mots en»

Depuis quelques semaines, il est beaucoup question, au Québec, du mot en n-. Cette forme d’euphémisation commence à fleurir dans d’autres domaines.

Le mot en a- : austérité (le Devoir, 14-15 novembre 2020, p. B5).

Le mot en s-: systémique, comme dans racisme systémique (le Devoir, 12 novembre 2020, p. A3).

Le mot en t- : torchon (le Québec maintenant, 98,5, 16 novembre 2020).

Le mot en t- : tramway (le Soleil, 10 novembre 2020).

À suivre. Tendons l’oreille.

 

[Complément du 28 novembre 2020]

Le mot en c- : curling («Estaben et son papa», épisode 131, 26 novembre 2020)

 

[Complément du 29 janvier 2021]

Le mot en s- : sauvageLes mots tabous, encore», la Presse+, 29 janvier 2021).

 

[Complément du 2 avril 2021]

Le mot en f- : frog (selon Jagmeet Singh, le chef du parti du Nouveau Parti démocratique du Canada, à l’émission de télévision Tout le monde en parle le 28 mars 2021).

 

[Complément du 17 avril 2021]

Le mot en b- : Bitche, ce village français dont Facebook n’aime pas le nom.

 

[Complément du 3 mai 2021]

Le nom en m- : Mozart (la Presse+, 3 mai 2021).

Le mot en o- (en anglais) : objective (The Conversation, 18 avril 2021).

 

[Complément du 11 mai 2021]

Le mot en c- : crise (le Devoir, 11 mai 2021).

 

[Complément du 14 mai 2021]

Le mot en m- : mongol (Twitter, 14 mai 2021)

 

[Complément du 17 mai 2021]

Le mot en i- : Indien (la Presse+, 15 mai 2021)

 

[Complément du 27 mai 2021]

Le mot en a- : AstraZeneca (Twitter, 27 mai 2021)

 

[Complément du 28 mai 2021]

Le mot en a- : apartheid (Twitter, 27 mai 2021)

 

[Complément du 31 mai 2021]

Le mot en r- : respect (Avenues.ca, 28 mai 2021)

Le mot en K- : knife (le Devoir, 29-30 mai 2021)

 

[Complément du 9 juin 2021]

Le mot en t- : terrorisme (la Presse+, 9 juin 2021)

Le mot en i- : islamophobie (la Presse+, 9 juin 2021)

 

[Complément du 16 septembre 2021]

Le mot en H- : Hachey (Twitter, 14 septembre 2021)

Le mot en i- : inflation (la Presse+, 16 septembre 2021)

 

[Complément du 17 septembre 2021]

Le mot en w- : woke (la Presse+, 17 septembre 2021)

 

[Complément du 19 octobre 2021]

Le mot en a- : aliens (Twitter, 12 octobre 2021)

Le mot en r- : racisme (Twitter, 10 octobre 2021)

 

[Complément du 23 novembre 2021]

Le mot en f- : fuck (le Devoir, le D magazine, 16-17 octobre 2021, p. 3)

Le mot en f- : fif (le Devoir, le D magazine, 16-17 octobre 2021, p. 18)

Le mot en t- : tapette (le Devoir, le D magazine, 16-17 octobre 2021, p. 18)

Le mot en w- : woke (Twitter, 5 novembre 2021)

Le mot en n- : naïveté (Twitter, 22 novembre 2021)

Le mot en d- : décroissance (le Journal de Montréal, 23 novembre 2021)

 

[Complément du 30 novembre 2021]

Le mot en p- : pénurie (la Presse+, 26 novembre 2021 et 30 novembre 2021)

 

[Complément du 5 avril 2022]

Le mot en g- : génocide (la Presse+, 5 avril 2022)

Le mot en n- : nucléaire (la Presse+, 28 février 2022)

Le mot en p- : Palestine (la Presse+, 28 janvier 2022)

Le mot en f- : fucking (RDS, 15 décembre 2021)

Le mot en r- : reconstruction / rééquipement (retool) / réinitialisation (la Presse+, 20 janvier 2022)

Le mot en t- : tablette (la Presse+, 17 février 2022)

Le mot en p- : poutine (Twitter, 12 mars 2022)

 

[Complément du 21 juin 2022]

Le mot en f- : fuck (la Presse+, 9 juin 2002)

Le mot en s- : souverainiste (le Devoir, 11 juin 2022)

Le mot en d- : dynastie (la Presse+, 12 juin 2022)

Le mot en g- : génocide (la Presse+, 27 mai 2022)

Le mot en r- : racisme (le Devoir, 3 mai 2022)

Le mot en s- : séparatisme (le Devoir, 16-17 avril 2022)

Le mot en c- : cage à poule (Radio-Canada, 20 avril 2022)

 

[Complément du 4 septembre 2022]

Le mot en n- : nuance (la Presse+, 5 juillet 2022)

Le mot en r- : récession (la Presse+, 14 juillet 2022)

Le mot en d- : dopage (le Devoir, 16-17 juillet 2022, p. A10)

Le mot en p- : privé (le Devoir, 13 août 2022, p. B9)

Le mot en C- : Canadiens de Montréal (la Presse+, 13 août 2022)

Le mot en r- : retraite (la Presse+, 19 août 2022)

 

[Complément du 5 septembre 2022]

Proposition pleine de bons sens de @machinaecrire sur Twitter.

Notes californiennes

Ces derniers jours, l’Oreille tendue a été californienne, histoire de rendre hommage à un collègue, et néanmoins ami, sur le point de partir à la retraite. Notes.

De Westwood à Hollywood, il faut un peu plus de trois heures de marche. Il n’y a pas grand-monde qui s’y essaie (euphémisme). L’Oreille, si, en conjugale compagnie. Ils se sentaient comme des Martiens.

Pendant le trajet, admirer ce paradoxe publicitaire.

 

Publicité, Santa Monica Boulevard, Los Angeles, 20 mai 2017

Ella Fitzgerald aurait son étoile gravée dans un trottoir d’Hollywood. Ce sera pour une autre fois : la foule ne voulait pas qu’on la trouve.

Le système de transport de Los Angeles n’est pas de la première clarté. (Il y aurait un métro et des tramways, mais personne ne semble en avoir entendu parler.) Cela dit, il est efficace, surtout les jours où on ne souhaite pas ajouter trois heures de marche pour revenir à son hôtel.

Le Californien peut être serviable; on ne saurait le lui reprocher. Quand il vous offre de l’aide (non sollicitée), qu’il vous explique qu’il a presque 60 ans et qu’il aime marcher, qu’il est le voisin de Céline Dion à Las Vegas, qu’il écrit des chansons pour elle (mais qu’elle ne les retient pas), qu’il a déjà chanté les Beatles en français, du temps des Baronets, en Louisiane, avec René Angélil (qu’il appelle René Charles), qu’il a déjà été modèle à Paris (il parle français) et que sa fille y est danseuse, et que sa femme, adoptée, a du sang royal (il semble confondre les Bourbons et la Sorbon[ne]), ça commence à faire un peu trop de serviabilité (et de mythomanie). Tout cela en quatre minutes chrono. «Merci, mais nous devons y aller. À une prochaine.»

Au resto, à la table d’à côté, deux soi-disant acteurs, dans la vingtaine, qui s’échangent des souvenirs. De Jack Warner, mort en 1978.

Au cocktail, le serveur se dit acteur et cascadeur. Qui serions-nous pour le contredire ?

Au même cocktail, discuter du centralisme linguistique hexagonal avec une collègue états-unienne et toujours s’étonner de sa puissance. Convaincre une doctorante de fermer son compte sur Academia.edu.

Il y a plusieurs façons, en librairie, de classer les livres. Pourquoi pas une section de livres censurés («banned books») ?

Dans une librairie de Los Angeles, section des «Banned Books», 19 mai 2017

La chose la plus difficile à faire en Californie ? Commander un simple expresso, pour qui ne veut que cela. Autrement, on est noyé sous les choix.

Essayer des chaussures à 300 $ US la paire (quand même). Ne pas les acheter.

Suivre les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey à la télé, près des palmiers. Pleurer chaque jour le départ de P.K. Subban de Montréal. (Et manger, sans y avoir réfléchi, chez Pikey.)

L’Oreille causait sur le campus de l’Université de la Californie à Los Angeles (UCLA). On y a formé nombre d’athlètes. Dans le couloir qui menait à sa chambre, il y avait des photos de Jimmy Connors, de Lew Alcindor et de Jackie Joyner-Kersee. Jackie Robinson a aussi étudié à UCLA. On serait ému à moins.

Monument en l’honneur de Jackie Robinson, UCLA, 22 mai 2017

Le Getty Center est une splendeur, qu’on visite gratuitement. On y trouve des masses de merveilles, dont des tableaux d’Hubert Robert. Ça tombe bien : c’était l’anniversaire de sa naissance pas plus tard que la veille.

À l’aéroport de Los Angeles, l’Oreille a droit à une fouille particulière de son sac à dos. «Pourquoi ?» demande-t-elle. «Vous avez des livres ? Cela pourrait avoir la forme d’un livre et ne pas en être un.» Sale temps pour la lecture.

Le vol en avion fait sortir ce qu’il y a de pire en l’humain.

Ceci, abandonné en cabine, par un voyageur. Un présage ? (Non, heureusement.)

Couverture du magazine The New Yorker

Autopromotion 216

Portrait d’Adolf Hitler

Hier, l’Oreille tendue a été interviewée à la télévision de Radio-Canada, par Louis-Philippe Ouimet, sur l’entrée de Mein Kampf dans le domaine public.

On peut (ré)entendre l’entretien ici et le (re)voir .

(Auto)censure à la dinde

Logo de l’émission de radio The Vinyl Cafe

À la mémoire de Butch

L’Oreille tendue a une confession à faire : elle aime Stuart McLean, son émission de radio, The Vinyl Cafe, ses spectacles, ses livres. (Elle s’étonne de ne pas avoir fait cet aveu plus tôt, sinon allusivement.)

Parmi les histoires de ce conteur, «Dave Cooks the Turkey» est une des plus populaires. En décembre, elle est rediffusée presque tous les ans depuis sa création en 1996. On y suit les aventures, en quelque culinaire sorte, de Dave et de la dinde qu’il a oublié de préparer pour le repas familial de Noël, Butch. C’est hilarant.

Tout allait bien jusqu’à l’an dernier, quand des défenseurs des animaux ont écrit massivement à McLean pour se plaindre de la façon dont l’auteur parlait de la… dinde. Il aurait fait preuve d’insensibilité envers elle, notamment en utilisant l’adjectif «abused» pour la décrire. En 2015, après de longues discussions avec sa productrice de Radio-Canada, Jess Milton, il a décidé de retirer trois phrases du conte, jugées offensantes, au moment de sa rediffusion.

Nouvelle levée de boucliers : les fervents admirateurs de «Dave Cooks the Turkey» refusaient, tout aussi massivement que ses détracteurs, voire plus, que l’on touche à ce «classique».

Que faire en 2016 ? Après de nouvelles discussions avec sa productrice et des échanges soutenus sur la page Facebook de l’émission, McLean a décidé de revenir à la version intégrale du conte. Il s’en explique longuement dans la livraison du 19 décembre de sa baladodiffusion, «Talking Turkey», avant de rediffuser cette demande spéciale de ses auditeurs.

Vous devriez aller écouter cela. D’une part, cela vous fera rire. D’autre part, vous aurez une fois de plus la démonstration que le ridicule ne tue pas (les censeurs).

P.-S. — Dans un de ses livres, Écrire au pape et au Père Noël, l’Oreille évoque très brièvement un des contes épistolaires de McLean.

Écrire au pape et au Père Noël, 2011, couverture