Mourir, dans deux langues

L’Oreille tendue est bien prête à le croire : tout le monde, dit-on, va mourir un jour. Elle n’en disconvient pas.

Cela étant, elle a beaucoup de mal à comprendre pourquoi de plus en plus de gens refusent d’employer le verbe mourir. Si tout le monde doit y passer, n’y aurait-il pas moyen de le dire simplement ?

Dès 2009, elle demandait une chose simple : «Laissez-les mourir.» Elle n’a pas été entendue. (Elle s’y attendait.)

Sur Twitter, elle a découvert, hier, que le mal est le même en français et en anglais : dans ces deux langues, l’euphémisme fleurit.

Cela l’attriste, sans l’étonner.

Citation de classe du jour

Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, 2009, couverture

C’est «une qualité qu’on doit reconnaître aux bourgeois à l’ancienne de ne pas recourir à cette langue de bois et de dire qu’on est mort, pas décédé ou parti».

Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, Paris, P.O.L, 2009, 309 p., p. 95.

Excuse acceptée

L’Oreille tendue n’aime ni décéder ni décès, auxquels elle préfère mourir et mort. Elle fait quand même des exceptions.

Elle en a déjà indiqué une chez Loco Locass.

Elle en trouve une autre à l’Oulipo : «Claude Berge sera désormais absent excusé pour cause de décès aux réunions de l’Oulipo.»

Et une dernière, dans la livraison du 29 novembre des Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion : «Une autre défection, attendue celle-là, concerne François Caradec, excusé pour cause de décès.»

Parfois, la tolérance s’impose.

 

[Complément du 19 janvier 2022]

Autre exemple oulipien, celui de Michelle Grangaud, dans le Monde du 17 janvier.

Annonce de la mort de Michelle Grangaud, le Monde, 17 janvier 2022

P.-S.—En effet : les deux virgules sont inutiles.