«Puis il devance l’appel — c’est la Grande Guerre — et revient du front avec une blessure sans gravité et une réputation de héros» (p. 163).
«À Lourdes, ils sont entrés dans la grotte, se sont agenouillés au pied de la statue de la Vierge, ont déposé à ses pieds une flamme minuscule et leurs prières démesurées» (p. 231-232).
«Nous mangeons chacun une pizza, une vraie, une énorme, une aussi grande qu’un soleil qui se couche; une pizza avec des piments rouges et des piments verts, avec des champignons, des anchois, des poires, du vinaigre, des tomates, des pois, de la laitue, des concombres, du poivre, du sel, des fromages multicolores, et avec des andouilles (il y en a plein le restaurant). Nous suons, tellement c’est fort. Nous voulons du vin, pour éteindre nos langues.»
Réjean Ducharme, Le nez qui voque. Roman, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 425-625, p. 576. Édition originale : 1967. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.
«Quand, avant de rencontrer Walid au camp de jour, Anabelle, Philippe et lui jouaient pendant des heures à la cachette dans le boisé de l’emprise, tous les sons devenaient suspects. Rémy analysait chaque bruit inusité, ou trop fort pour qu’un écureuil ou un oiseau en soient la cause. Il sillonnait leur forêt, furtivement, l’oreille tendue.»
Charles Dionne, les Ravisseuses. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Parallèle», 2026, 464 p., p. 210.
Soit le passage suivant de La colline qui travaille (2024), l’excellent récit de Philippe Manevy :
Encouragée par ce premier succès, La Rouge, un peu grise déjà, lève le poing : Debout, les damnés de la terre ! Debout, les forçats de la faim ! Mais des protestations s’élèvent aussitôt : «Ah non ! Tu ne vas pas commencer à nous emmerder avec ta politique!» Les idées fusent. Une voix crie «Maurice Chevalier !», une autre «Mistinguett !», une autre encore «Le fiacre !», mais une dernière répond : «C’est trop cochon !» Et l’on en reste là.
Peut-être aurez-vous reconnu les paroles de «L’Internationale» et les noms de Maurice Chevalier et de Mistinguett. Mais qu’en est-il de ce «fiacre» dont le texte serait «trop cochon» pour être chanté ?
Il s’agit d’une chanson rendue célèbre par Yvette Guilbert. On y décrit des amours hippomobiles illicites.
Cela vous dit maintenant quelque chose ? Vous avez raison : l’Oreille tendue a déjà consacré un long article à ce type de manifestation des «fureurs de la locomotion» (Flaubert).
«Au commencement, ce ne sont que des apparitions furtives, au loin; un vrombissement, un éclat métallique dans un nuage de poussière, et tous interrompent la moisson en cours pour suivre la comète qui s’enfuit, tendre l’oreille vers le grondement qui monte et s’efface tout aussi vite. Quelques secondes, on a eu la preuve qu’un autre monde existe, un univers dont on soupçonnait jusqu’alors l’existence sans parvenir à l’imaginer vraiment; dans des villes lointaines, des hommes vivent dans un siècle plus neuf, fait de lumière, de vitesse et de bruit. Mais la chose a disparu aussi vite qu’elle était venue et l’on s’interroge du regard : est-ce qu’on a bien vu ?»