Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Manevy

Philippe Manevy, la Montagne ardente, 2026, couverture

«Puis il devance l’appel — c’est la Grande Guerre — et revient du front avec une blessure sans gravité et une réputation de héros» (p. 163).

«À Lourdes, ils sont entrés dans la grotte, se sont agenouillés au pied de la statue de la Vierge, ont déposé à ses pieds une flamme minuscule et leurs prières démesurées» (p. 231-232).

Philippe Manevy, la Montage ardente. Récit, Montréal, Leméac, 2026, 289 p.

 

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 9 juillet 2026.

 

(Une définition du zeugme ? Par .

Divulgâchage érudit

George Sand, la Mare au Diable, 1846, couverture

George Sand, dans la Mare au Diable (1846), sème suffisamment d’indices (éd. de 1991, p. 127, p. 128) pour que ses lecteurs devinent que le futur maître de «la petite Marie» est une ordure (p. 133, p. 135).

Fallait-il que son commentateur le leur dise soixante pages à l’avance (p. 63), dans une note : «Le fermier vicieux lui offrira 100 francs» (p. 231) ?

Non. Le «vice» du «fermier» leur sera révélé bien assez tôt. Il y a des gens qui lisent les notes. Respectez leur héroïsme.

P.-S.—Oui, ce texte est lui-même une forme de divulgâchage. C’est comme ça.

 

Référence

Sand, George, la Mare au Diable, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 892, 1991, 244 p. Édition originale : 1846. Préface et notes de Léon Cellier.

Le zeugme du dimanche matin et de Réjean Ducharme

Réjean Ducharme, Le nez qui voque, éd. de 2022, couverture

«Nous mangeons chacun une pizza, une vraie, une énorme, une aussi grande qu’un soleil qui se couche; une pizza avec des piments rouges et des piments verts, avec des champignons, des anchois, des poires, du vinaigre, des tomates, des pois, de la laitue, des concombres, du poivre, du sel, des fromages multicolores, et avec des andouilles (il y en a plein le restaurant). Nous suons, tellement c’est fort. Nous voulons du vin, pour éteindre nos langues.»

Réjean Ducharme, Le nez qui voque. Roman, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 425-625, p. 576. Édition originale : 1967. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

L’oreille tendue de… Charles Dionne

Charles Dionne, les Ravisseuses, 2026, couverture

«Quand, avant de rencontrer Walid au camp de jour, Anabelle, Philippe et lui jouaient pendant des heures à la cachette dans le boisé de l’emprise, tous les sons devenaient suspects. Rémy analysait chaque bruit inusité, ou trop fort pour qu’un écureuil ou un oiseau en soient la cause. Il sillonnait leur forêt, furtivement, l’oreille tendue.»

Charles Dionne, les Ravisseuses. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Parallèle», 2026, 464 p., p. 210.

Mais bien sûr !

Philippe Manevy, La colline qui travaille, 2024, couverture

Proust et le rugby ? Il suffisait d’y penser. Philippe Manevy l’a fait dans La colline qui travaille (2024) :

Cette façon de conduire était associée dans mon esprit à son passé de rugbyman. Dès son adolescence, René avait pratiqué assidûment ce sport. Il avait commencé à jouer avec son grand frère Pierre, à qui sa carrure massive et sa force tranquille avaient valu la position de pilier — celui qui, pour assurer la solidité de la mêlée, encaisse les coups de boutoir de l’autre équipe. Plus fluet, plus rapide aussi, René officiait comme trois-quarts aile : il savait se faufiler entre les lignes adverses; bien souvent, c’est lui qui recevait la passe décisive à l’issue de l’action — cet échange long, complexe, plein de ruptures, de rebondissements, de retours en arrière et de brusques percées comme une phrase de Proust — et s’élançait vers la ligne pour plaquer au sol, dans un geste furieux et triomphant, le ballon ovale.

 

Référence

Manevy, Philippe, La colline qui travaille. Récit, Montréal, Leméac, 2024, 283 p. Édition numérique.