Les zeugmes du dimanche matin et de Monique Proulx

Monique Proulx, les Aurores montréales, éd. de 2016, couverture

«Il est seul, bon, il s’en doute depuis longtemps, et peut-être un jour finira-t-il par s’y faire. Il est seul, échappant aux statistiques idiotes et aux clichés, il n’est pas cet ado fluo en panne de cause et d’orthographe que les sociologues ont érigé en norme et que les journaux n’arrêtent pas de fustiger. Sont morons» (p. 159-160).

«Chez lui, presque tout de suite après, il la débarrasse de son sac, de ses hésitations, de ses vêtements, et voilà que la magie recommence […]» (p. 174).

«Il prit alors la parole et ne la lâcha pas de tout le repas, tant qu’il n’eut pas exprimé du sujet et des plats leurs sucs substantiels, car une rare dextérité lui permettait d’agiter alternativement la luette et la langue sans que rien n’en souffre, ni déglutition ni discours. Sylvain, lui, toucha à peine à ses aliments, incapable de s’abandonner à l’appétit et au foudroiement en même temps» (p. 183).

Monique Proulx, les Aurores montréales. Nouvelles, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 85, 2016 (1996), 238 p.

L’oreille tendue de… Natalie Jean

Natalie Jean, le Goût des pensées sauvages et autres nouvelles, 2020, couverture

«Je me penche sur une rosette de ciboulette en tendant l’oreille. Une mésange se moque un peu de moi, le bruit des feuilles qui poussent, sinon rien. Ouf.»

Natalie Jean, le Goût des pensées sauvages et autres nouvelles, Montréal, Leméac, 2020, 144 p., p. 90.

Interrogation toponymique du jour

Publicité pour l’emploi en région, métro de Montréal, avril 2022

Ayant quitté le Togo pour vivre à Granby, comment Taka prononcera-t-il/elle le nom de sa ville d’adoption, cette «“capitale du bonheur” autoproclamée» (le Basketball et ses fondamentaux, p. 229) ?

Ainsi que le faisait remarquer, à juste titre, @OursMathieu, on entend parfois quelque chose comme «Grammebé».

La troupe de théâtre Le théâtre du futur propose, dans son plus récent spectacle, «Graine B». (Graine comme dans graine ?)

Le Wiktionnaire offre cinq variations phonétiques pour le même mot.

Tant de questions, si peu d’heures.

P.-S.— Les auditeurs de la radio de Radio-Canada se souviendront que Serge Bouchard avait toujours grand plaisir à mâcher ce mot en ondes.

 

Référence

Messier, William S., le Basketball et ses fondamentaux. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2017, 239 p.

L’oreille tendue de… Gérard Bessette

Gérard Bessette, la Bagarre, couverture

«— Vous êtes injuste, Ken. Vous… Elle [Thérèse] s’arrêta, tendit l’oreille. Weston écouta lui aussi. Ils entendirent une porte s’ouvrir et les pas traînards de Mme Beauchamp glisser dans le corridor.»

Gérard Bessette, la Bagarre, Montréal, Le cercle du livre de France, 1958, 231 p., p. 42.

Autopromotion 635

Benoît Melançon, la Vie et l’œuvre du professeur P., 2022, couverture

Le 7 avril 2016, l’Oreille tendue proposait une «Chronique nécrologique». Elle l’a récemment développée et elle en a tiré une plaquette :

Melançon, Benoît, la Vie et l’œuvre du professeur P. Sotie, Montréal, À l’enseigne de l’Oreille tendue, 2022, 56 p. ISBN : 978-2-9820826-1-8.

C’est une publication hors commerce. On peut néanmoins se la procurer ici. Le tirage initial est de cent exemplaires.

Commentaires (judicieusement) choisis

«J’ai vraiment beaucoup ri. Dans le contexte actuel, avec les disparitions de toute une génération et les départs à la retraite d’une autre, ça résonne (entre le glas et un son grinçant)…» (un collègue content mais inquiet)

«J’ai aimé l’humour, l’ironie et la causticité (certains diraient voltairiens) de ce texte, tout autant que la pénétration et la lucidité du regard que vous y déployez» (un collègue d’un tout autre milieu).

«Flaubert, sors de ce corps. Ou pas. Merci de donner un peu de travail à mes muscles zygomatiques (ça faisait longtemps qu’ils n’avaient pas servi)» (un collègue en manque).

«Tu te moques des universitaires… tu es vilain !» (une non-universitaire)

«délicieusement cruel» (un professeur).

«À lire absolument» (un autre professeur).

«C’était chouette» (un troisième professeur).

«J’ai lu d’une traite avec bonheur» (encore).

«Je l’ai lu avec plaisir et tristesse» (un Italien).

«Déjà lu, le sourire aux lèvres du début à la fin» (un Québécois).

«Beaucoup ri, souvent jaune» (un voisin de bureau).

«Amusant et désolant à la fois… La satire des colloques est délicieuse !» (un États-Unien)

«Reçu et lu. Avec grand plaisir !» (un jeune, façon de parler, collègue)

«Je suis tombé sur ton petit joyau de sotie académique, et j’ai eu un “fun noir”, comme dirait Ducharme» (un voisin de bureau, mais de l’autre côté du corridor).

«Il ne faut jamais abuser des bonnes choses, mais pourquoi bouder son plaisir : j’en aurais pris encore un peu» (une professeure de cégep).

«Je me suis délectée de cette lecture, j’ai ri beaucoup, et franchement !» (une ancienne étudiante)

«Jamais rien lu d’aussi drôle et d’aussi vraisemblable sur le milieu universitaire. Jouissif. Et on y rencontre même un tintinophile technophobe» (un collègue gatinois).

«Lecture délicieusement déprimante» (un collègue ontarien [d’adoption]).

«Le plombier est finalement plus sympathique que son maître à pas penser» (bis).

«C’est presque la vie de Charles Bovary, qui aurait lu Oblomov» (un flaubertien).

«Après une journée passée à évaluer des demandes de subvention, c’était la soupape parfaite ! J’en rigole encore» (un voisin du dessus).

«Et merci pour ta sotie qui m’a bien fait rire !» (une professeure émérite)

«Mais comment as-tu, de là où tu es, pu observer ton modèle ? Car P. vit (ou vivait) (ou vécut) ici, dans mon université, évidemment; et je l’ai mollement connu, même si ma mémoire ne garde de lui qu’un souvenir qui s’estompe au fur et à mesure que passent les années de retraite. Même de son nom, je ne suis plus très sûr. Sauf que je suis sûr de ceci : son nom est Légion…» (un émérite professeur, et belge)

«Sotie de Maistre @benoitmelancon pour servir à l’édification publique et particulière du bon peuple des universités. À recommander contre les multiples maux de l’Alma Mater» (un belge professeur, et émérite).

«Fou braque. À lire» (un lecteur satisfait).

«J’ai lu ta sotie sur le professeur P. Elle m’a fait sourire, rire franchement et rire jaune» (une voisine d’étage).

«À mon arrivée dans le monde universitaire, on m’a parlé du PPO (Petit Prof Ordinaire) — une mise en garde ? Longtemps je l’ai cherché. Mais comment le reconnaître ? Toutes les réponses sont (enfin) dans ce livre de @benoitmelancon. Le PPO est un PSS (Prof-sans-Souci)» (une collègue qui ne cherche plus).

«Le professeur P. est un raté, un médiocre, et toute l’ironie de Benoît Melançon trouve dans ce portrait l’occasion de s’exprimer avec talent» (un zeugmaticien rouennais).