Le 16 janvier 2013, l’Oreille tendue publiait ses «Dix commandements», une série de conseils (universitaires) en matière de rédaction et de présentation des devoirs. Il n’y en avait pas dix, mais trente. Il y en eut ensuite trente-sept, puis quarante-deux. Il y en a maintenant quarante-six. C’est ici.
Le sens de la famille
En 2004, l’Oreille tendue cosignait un Dictionnaire québécois instantané. L’entrée «famille dysfonctionnelle» y tenait en un mot : «Pléonasme» (p. 88).
Les éditions montréalaises Le Quartanier semblent partager le point de vue de l’Oreille. En quatrième de couverture de Les familles combattent le fascisme ! de Jacob Wren, on lit en effet : «Un théoricien du complot apparaît sur le pas de la porte d’une famille normale, c’est-à-dire dysfonctionnelle, et loue une chambre au sous-sol.»
[Complément du 7 décembre 2022]
Dans une entrevue accordée au magazine The New Yorker, Robert McKee abonde dans le même sens : «McKee is from the suburbs of Detroit, the son of an engineer and a real-estate agent. “I was raised in a family—dysfunctional, of course,” he said. “Then I raised a family—dysfunctional, of course. I think all the best families are. You don’t want a happy childhood!”»
Références
Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2019, 234 p.
Wren, Jacob, Les familles combattent le fascisme !, Montréal, Le Quartanier, coll. «Nova», 10, 2013, 48 p. Traduction de Christophe Bernard.
Moyennant moyenner

L’Oreille tendue a eu plusieurs occasions de le dire : elle est une lectrice assidue des Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion.
Dans la livraison servie le 24 novembre, le Notulographe, s’agissant du roman Au Bon Beurre de Jean Dutourd, écrit : «J’ai retrouvé aussi, comme cela s’est déjà produit chez Fallet, des expressions qu’il m’arrive d’employer et que je n’avais jamais vues écrites, comme “si y a moyen de moyenner” ou “aller au chlofe”.»
L’Oreille ne connaît pas aller au chlofe. Y a moyen de moyenner, si, car l’expression est fréquente au Québec. Définition du Wiktionnaire : «Trouver une solution malgré certaines difficultés.» Exemple, tiré des débats parlementaires, toujours selon le Wiktionnaire : «J’ai toujours pensé qu’il y avait moyen de moyenner puis d’arranger les choses en tenant compte des opinions […]. — (Assemblée nationale du Québec, Journal des débats, 14 novembre 1996).»
Les gens de la génération de l’Oreille se souviennent d’un film de 1973, signé Denis Héroux, qui portait ce titre. Ce n’est pas exactement un classique du cinéma québécois.
Le zeugme du dimanche matin et du Printemps érable
«Nous avons pris tout ce que nous pouvions prendre : les rues, les ponts, les ports, les villes… et des coups aussi» (Alexis Desgagnés).
Guillaume Simoneau, la Commande du morse, Montréal, Éditions du renard, 2013, s.p. Ill. Suivi de «Notre année lumineuse» par Alexis Desgagnés.
(Une définition du zeugme ? Par là.)
Bell et la linguistique
L’Oreille tendue le disait l’autre jour : la compagnie de télécommunications Bell méprise la langue française et, par là, ses clients, actuels et potentiels, et les téléspectateurs qui sont exposés à ses publicités. Elle semble refuser de le reconnaître, mais, pour certains, «ça leur dérange».
(Félicitons au passage la Société Radio-Canada qui a retiré de ses ondes le message dont il était question ici le 21 octobre. Le Réseau des sports n’a pas eu le même courage. Il est vrai qu’il est propriété… de Bell.)
Le plus récent message télévisé de Bell ne comporte pas de fautes de langue aussi grossières que le précédent. Il repose toujours, en revanche, sur le recours aux stéréotypes : ici, celui de la belle-mère qui ne se mêle pas de ses affaires. En outre, il prend appui sur une erreur de conception linguistique commune au Québec : le personnage de la belle-mère y postule en effet que «“on” exclut la personne qui parle».
On entend beaucoup, et depuis longtemps, cette fausseté. Comment démontrer que ce n’est pas vrai ? Un exemple devrait suffire.
Quand un des membres d’un couple dit Ce soir, chéri(e), toi et moi, on fait l’amour, on peut légitimement déduire qu’il ne pense pas à s’exclure de l’invitation. Du moins, on ne le lui souhaite pas.
P.-S. — Ce n’est pas la première fois qu’il est question de cette supposée exclusion chez l’Oreille. Voir ici.


