Fil de presse 050

Charles Malo Melançon, logo, mars 2021

Collecte pré-estivale d’ouvrages et de numéros de revue sur la langue.

Bancel, Pierre, Pris aux mots. De l’origine du langage à l’origine des langues, Paris, Exils, coll. «Essai», 2024, 336 p.

Boudreau, Annette, Parler comme du monde, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. «Essai», 2024, 177 p.

Bouvet, Marlène, Florent Chossière, Marine Duc et Estelle Fisson (édit.), Catégoriser. Lexique de la construction sociale des différences, Lyon, ÉNS éditions, coll. «Sociétés, espaces, temps», 2024, 722 p. Préface de Nonna Mayer.

Bradette, Marie-Ève, Langue(s) en portage. Résurgence littéraire et langagière dans les écritures autochtones féminines, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Expressions autochtones», 2024, 192 p.

Calvez, Ronan et Jean Lecoulant, Ça se dit comme ça en Bretagne, Paris, Le Robert, coll. «Ça se dit comme ça», 2024, 144 p.

Cardini, Filippo-Enrico, Consciousness and the Cultural Invention of Language, Londres, Routledge, 2022, 186 p.

Curzan, Anne, Says Who ? A Kinder, Funner Usage Guide for Everyone Who Cares About Words, New York, Penguin Random House, 2024, 336 p.

Davies-Deacon, Merryn, Breton in Contemporary Media. Speakers, Language, Community, De Gruyter, coll. «Language and Social Life», 27, 2024.

Dawson, Alain et Liudmila Smirnova, Ça se dit comme ça dans le Nord et la Picardie, Paris, Le Robert, coll. «Ça se dit comme ça», 2024, 144 p.

Delorme, Philippe, Éthique et esthétique du paria, de l’origine du mot à son épiphanie romantique (1673-1873), Paris, Honoré Champion, coll. «Romantisme modernité», 211, 2024, 522 p

Duval, Jean-François, les 100 mots de la Beat Generation, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2024, 128 p.

Études de lettres, 323, 2024. Dossier «FLE : français langue en expérience(s)», sous la direction de Stéphanie Pahud et Magali Cécile Bertrand.

Gasquet-Cyrus, Médéric, Ça se dit comme ça à Marseille, Paris, Le Robert, coll. «Ça se dit comme ça», 2024, 144 p.

Grajales Ramírez, Andrés, Jorge Molina Mejía et Pablo Valdivia Martin (édit.), Digital Humanities, Corpus and Language Technology / Humanidades Digitales, Corpus y Tecnología del Lenguaje : A Look from Diverse Case Studies / Una mirada desde diversos casos de estudio, Groningen, University of Groningen Press, 2023.

Hanus, Gilles, Une langue unique. Rousseau, Babel et la civilisation, Paris, Éliott, coll. «L’éclectique», 2024, 104 p.

Lidil, 69, 2024. Dossier «Formation en langues secondes face à l’urgence», sous la direction de Junkai Li et Aurora Fragonara.

Loïc, Jean-Louis et Anne Zribi-Hertz, Petit guide de créole martiniquais, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, coll. «Sciences du langage», 2024, 384 p.

Macchi, Yves, Études de chronosyntaxe, Paris, Honoré Champion, coll. «Bibliothèque de grammaire et de linguistique», 74, 2024, 432 p. Réunies par Marine Poirier.

Martin, Philippe, «Superstition», histoire d’un mot XVe-XXIe siècle, Paris, Fayard, 2024, 464 p.

Mbainaikou Mitta, Olivier, Didactique de francisation au Québec, Éditions universitaires européennes, 2024, 52 p.

Meney, Lionel, le Naufrage du français, le triomphe de l’anglais. Enquête, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «L’espace public», 2024, 280 p.

Rapport au Parlement sur la langue française 2024, Paris, ministère de la Culture, Délégation générale à la langue française et aux langues de France, 2024, 103 p.

Romanelli, Norma, les Grammaires de l’italien à l’usage des Français (1660-1900). «Pour entretenir noblesse», Paris, Honoré Champion, coll. «Linguistique historique», 17, 2024, 478 p.

Simon-Nahum, Perrine, Arthur Gautier, Isabelle Gougenheim, Laurence Lepetit, Paule-Henriette Lévy et Brigitte Rozen (édit.), Les mots qui disent la philanthropie, Paris, Odile Jacob, 2024, 272 p.

Les sparages

Benoît Melançon donnant une conférence sur l’Encyclopédie en 2022

L’Oreille tendue tient d’abord à offrir ses plus plates excuses à ses bénéficiaires. Le 12 mai 2015, elle a utilisé le mot sparages sans en offrir de définition.

Pourquoi en parler aujourd’hui ? À cause de cette phrase, lue dans la Presse+ du 4 juin dernier : «Ça devient lourd, ces simagrées et ces sparages muets en arrière-plan.»

Sparages, donc.

À «Sparages», Pierre DesRuisseaux propose «Faire des sparages. Gesticuler, faire un esclandre, parader» (p. 289).

Pierre Corbeil donne deux synonymes : «ostentation, énervement» (p. 130).

Parmi les définitions de Léandre Bergeron, en 1980, on trouve «Grands gestes exagérés. — Manifestation nerveuse. — Grand déploiement. Étalage» (p. 466).

Pour résumer : qui fait des sparages ne s’économise pas, s’emporte, exagère. Serait-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? Les sparages auraient-il quelque parenté avec l’esbroufe ?

Autre exemple : «Quand elle cause, l’Oreille multiplie les sparages.»

P.-S.—Vous avez raison : le mot ne s’emploie guère qu’au pluriel.

 

[Complément du 11 juin 2024]

Ajout double à ceci.

1.

Deux bénéficiaires de l’Oreille attirent son attention sur la chanson «Gens du pays» de Gilles Vigneault :

Piailleries d’école
Et palabres et sparages
Magasin général
Et restaurant du coin
Les ponts, les quais, les gares
Tous vos cris maritimes
Atteignent ma fenêtre
Et m’arrachent l’oreille

Merci.

2.

Ces jours-ci, l’Oreille (re)lit du François Hébert. Et elle tombe sur ceci quelques heures après la mise en ligne de son texte sur les sparages :

L’origine anglaise de sparage, et animale : «to spar» signifie «se battre», et se dit à propos des coqs, ainsi qu’au sens figuré, ou alors en référence à ces combats amicaux que l’on mène pour s’éprouver ou mesurer la force d’un rival. Moi je pense aux cerfs et à l’emmêlement de leurs andouillers dans la lutte, non moins qu’aux paroles lancées en l’air et se nouant à d’autres, ainsi qu’aux paroles d’autrui (Pour orienter les flèches, p. 56).

Ça ne s’invente pas.

 

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Corbeil, Pierre, Canadian French for Better Travel, Montréal, Ulysse, 2011 (troisième édition), 186 p. Ill.

DesRuisseaux, Pierre, Trésor des expressions populaires. Petit dictionnaire de la langue imagée dans la littérature et les écrits québécois, Montréal, Fides, coll. «Biblio • Fides», 2015 (nouvelle édition revue et augmentée), 380 p.

Hébert, François, Pour orienter les flèches. Notes sur la guerre, la langue et la forêt, Montréal, Trait d’union, coll. «Échappées», 2002, 221 p.

Canidé dégarni

16 mai, «Journée mondiale des chiens pas de médaille»

Dans le français populaire du Québec, le chien pas de médaille peut désigner, péjorativement, une personne. La référence à l’animalité (chien) et à ce qui lui manquerait (la médaille) n’augure rien de bon.

C’est à cela que pense Léandre Bergeron en 1980 : «Être un chien-pas-d’médaille», «Être un tout-nu-dans-à-rue» (p. 315, sous «médaille»).

Il fallait Serge Bouchard pour réhabiliter ce canidé dégarni. C’est dans Un café avec Marie :

Pour le chien que l’on promène, la liberté n’est plus la liberté, c’est devenu un jeu, un loisir, un exercice pour garder la forme. Sa liberté est une distraction bien encadrée. Car le chien véritablement libre deviendrait vite un chien-loup, c’est-à-dire un chien perdu pour la société cultivée, un authentique chien “pas de médaille”. Il irait où il veut (p. 155-156).

La pauvreté n’empêche pas la liberté.

 

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Bouchard, Serge, Un café avec Marie, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 2021, 270 p.