«Dors en paix, Nithard, dans ta terre picarde et mon admiration.»
Bernard Cerquiglini, l’Invention de Nithard, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Paradoxe», 2018.
(Une définition du zeugme ? Par là.)
« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).
«Dors en paix, Nithard, dans ta terre picarde et mon admiration.»
Bernard Cerquiglini, l’Invention de Nithard, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Paradoxe», 2018.
(Une définition du zeugme ? Par là.)
Fête des Pères oblige, l’Oreille tendue recevait hier ses fils (n=2). La discussion a porté, entre autres sujets, sur la non-conjugaison de certains verbes anglais dans le français familier des jeunes du Québec, qui que soient «les jeunes». Exemples : «J’vais chill au parc» (j’vais glandouiller au parc) et «J’l’ai pas snitch» (j’l’ai pas dénoncé) — là où une personne âgée comme l’Oreille aurait dit «J’vais chiller au parc» ou «J’l’ai pas snitché».
Jérôme 50 abordait en 2023 la question dans sa balado Ainsi soit chill, balado consacrée au «néofrançais» parlé au Québec, au «français québécois chilleur», au «français québécois des jeunes», au «nouveau français québécois», au «sociolecte chilleur», au «français québécois chilleur», au «français parlé par les jeunes en contexte informel».
Dans l’épisode «La conjugaison des verbes», il donne l’impression que cette façon de (non) conjuguer serait généralisée au Québec, alors qu’elle ne serait pas utilisée en Acadie.
La linguiste Marie-Ève Bouchard arrive à des conclusions légèrement différentes. Dans son étude «J’va share mon étude sur les anglicismes avec vous autres ! : A Sociolinguistic Approach to the Use of Morphologically Unintegrated English-Origin Verbs in Quebec French», elle affirme que le phénomène serait d’abord montréalais. On le repérerait aussi un peu à Sherbrooke, mais guère à Québec.
Tendons l’oreille : ces choses-là peuvent changer rapidement, se répandre ou disparaître.
Référence
Bouchard, Marie-Ève, «J’va share mon étude sur les anglicismes avec vous autres ! : A Sociolinguistic Approach to the Use of Morphologically Unintegrated English-Origin Verbs in Quebec French», Journal of French Language Studies, 33, 2023, p. 168-196. https://doi.org/10.1017/S0959269523000054
(Accouplements : une rubrique où l’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)
Essai sur le caractère et les mœurs des François comparés à ceux des Anglois, À Londres, 1776, 284 p. Paru anonymement. Texte de Jean-Jacques Rutlidge. (Orthographe modernisée.)
«Lorsque la langue d’un peuple devient plus générale que celle d’un autre, nous n’en devons pas tant chercher la cause dans son excellence, que dans les considérations politiques qui peuvent opérer cet effet. Quand une grande nation brille avec éclat et étend sa puissance par ses conquêtes et ses établissements, il est naturel que le monde en prenne connaissance, et il s’ensuit nécessairement que l’usage de sa langue s’étende à proportion de la correspondance que ses acquisitions et la multiplicité des affaires forcent d’avoir avec elle. Ainsi, la langue latine devint universelle du temps des Romains, et l’espagnol a été aussi à la mode que le français l’est aujourd’hui : mais on ne doit pas inférer de là que les nations française ou espagnole aient été en vénération chez leurs voisins, dès qu’on voit au contraire que leur politique les a fait détester. Rien que la nécessité de négocier avec elles n’a pu obliger de parler leur langue, parce que leur interposition dans toutes les affaires la rendait la plus commune : d’où l’on peut conclure que l’extension de la langue française, ce motif si souvent plaidé en sa faveur, au lieu de nous convaincre de son excellence et de la préférence qu’elle mérite, a un effet contraire et sert plutôt à nous rappeler l’ambition et l’inquiétude qui sont la vraie et injuste origine de cette vaste extension» (p. 268-269).
Weinreich, Max, Yivo [Yiddish Scientific Institute] bleter, 25, 1, 1945.
«A language is a dialect with an army and navy.» (Pour en savoir plus, voir ici ou là.)
Belleau, André, «Langue et nationalisme», Liberté, 146 (25, 2), avril 1983, p. 2-9; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Y a-t-il un intellectuel dans la salle ? Essais, Montréal, Primeur, coll. «L’échiquier», 1984, p. 88-92; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, p. 115-123; repris, sous le titre «Langue et nationalisme», dans Francis Gingras (édit.), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Espace littéraire», 2014 (troisième édition), p. 425-429; repris, sous le titre «Pour un unilinguisme antinationaliste», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 286, 2016, p. 113-121. https://id.erudit.org/iderudit/30467ac
«Une langue, c’est un dialecte qui s’est doté un jour d’une armée, d’une flotte et d’un commerce extérieur…» (éd. de 1986, p. 118)
Plamondon, Éric, Oyana, Meudon, Quidam éditeur, 2019, 145 p.
«Je n’ai jamais oublié cette phrase qu’il m’avait dite : une langue, c’est un patois qui a gagné la guerre» (p. 45).
P.-S.—Les citations de Belleau et de Plamondon vous disent quelque chose ? C’est normal.
L’Oreille est toujours tendue quand Jean-Pierre Corbeil, Richard Marcoux et Victor Piché, seuls ou ensemble, se prononcent sur l’état démolinguistique du français au Québec.
Elle se réjouit donc de la parution de ceci, qui vient de tomber sur sa table de travail :
Corbeil, Jean-Pierre, Richard Marcoux et Victor Piché (édit.), Le français en déclin ? Repenser la francophonie québécoise, Montréal, Del Busso, 2023, 459 p. Ill.
Nous devrions en reparler.
Table des matières
Jean-Pierre Corbeil, Richard Marcoux et Victor Piché, «Avant-propos», p. 7-9.
Jean-Pierre Corbeil, Richard Marcoux et Victor Piché, «Un Québec au diapason de la nouvelle francophonie», p. 10-35.
Steven Therrien et Richard Marcoux, «Encadré 1. L’expression “déclin du français” dans les médias au Québec de 2017 à 2022», p. 35-38.
Victor Piché, «Encadré 2A. Langue et choix de société», p. 39-41.
Jean-Pierre Corbeil, «1. Une lecture plus nuancée de l’état de la situation linguistique au Québec en 2023», p. 42-92.
Jean-Pierre Corbeil, «Encadré 2B. Doit-on suivre l’évolution des groupes linguistiques ou celle de la présence et des usages du français ?», p. 93-95.
Victor Piché «2. Un peu d’histoire : au-delà des indicateurs désincarnés», p. 96-111.
Marc Termote, «3. Forces et faiblesses des indicateurs linguistiques», p. 112-146.
Jean-Pierre Corbeil et Richard Marcoux, «Encadré 3. La capacité autodéclarée de soutenir une conversation en français : un indicateur utile et pertinent», p. 147-149.
Calvin, Weltman, «4. L’analyse sociolinguistique des variables linguistiques du recensement canadien», p. 150-167.
Éric Caron-Malenfant et Jean-Pierre Corbeil, «Encadré 4. Les changements au contenu linguistique dans le recensement de 2021 : une mise au point», p. 168-170.
Nicolas Auclair, «5. Portrait et évolution des groupes de langues française et anglaise dans la région de Montréal selon différentes approches, 2011-2016», p. 171-187.
Éric Caron-Malenfant, Jean-Pierre Corbeil et Nicolas Bastien, «6. La mesure des transferts linguistiques au Québec : différentes approches et considérations méthodologiques», p. 188-205.
Michel Pagé, «7. Connaître l’usage des langues en public : une question de méthode», p. 206-220.
Jean-Benoît Nadeau, «8. Qu’est-ce qu’un francophone ? Enjeux et implications d’une définition», p. 221-232.
Richard Marcoux, «Encadré 5. Les limites de la langue maternelle pour renseigner sur la réalité francophone», p. 233-235.
Patricia Lamarre. «9. Une approche ethnographique dans l’analyse de la situation linguistique québécoise», p. 236-257.
Corina Borri-Anadon, Josée Charette et Danial Nabizadeh, «10. Politiques d’aménagement linguistique et éducation inclusive en milieu scolaire : leviers et obstacles», p. 258-273.
Diane Gérin-Lajoie, «11. Le rapport aux langues chez les jeunes dans les écoles de langue anglaise au Québec : une réalité complexe», p. 274-287.
Karine Vieux-Fort, «12. Que deviennent ces étudiantes et étudiants francophones qui fréquentent le cégep anglophone ?», p. 288-304.
Louis Cornelissen, «13. L’évolution de la composition industrielle de l’économie québécoise a-t-elle affecté l’usage des langues au travail ?», p. 305-319.
Jean-Pierre Corbeil, «Encadré 6. Éducation postsecondaire et langue : une causalité à repenser», p. 320-323.
Étienne Lemyre, «14. Fréquence d’utilisation du français au travail par les diplômés des cégeps et des universités anglophones de l’île de Montréal», p. 324-338.
Mario Polèse, «15. Petite promenade dans NDG et quartiers avoisinants : le dilemme linguistique québécois (et canadien)», p. 339-354.
Victor Piché et Jean-Pierre Corbeil, «Encadré 7. Quel Montréal ?», p. 355-357.
Jean-Philippe Gauvin et Antoine Bilodeau, «16. Quels rôles la langue française joue-t-elle dans l’intégration politique des personnes immigrantes au Québec ?», p. 358-369.
Chenour Oechslin et Danièle Bélanger, «Encadré 8. Les défis de la francisation des immigrants temporaires», p. 370-372.
Stéphanie Arsenault, Alessandra Bonci et Samantha Giroux, «17. Le parcours à obstacles des résidents temporaires en emploi pour apprendre le français à Québec», p. 373-386.
Malika Danican, «18. Francophone ou Québécois : quand “parler français” ne garantit pas l’intégration», p. 387-400.
Michel Symour, «19. La loi 14. Des mesures raisonnables au niveau collégial ?», p. 401-415.
Julius Grey, «20. La réforme des lois linguistiques : la fausse prémisse», p. 416-430.
Richard Y. Bourhis et Réal Allard, «21. Vitalité communautaire et acceptabilité des immigrants anglophones : perceptions d’étudiants franco-ontariens, acadiens et québécois», p. 431-448.
Marco Micone, «22. Langue et immigration», p. 449-456.
Sous la direction de Dorothée Aquino-Weber et Sara Cotelli Kureth, les Cahiers internationaux de sociolinguistique consacrent leur 21e livraison aux «Chroniques de langage dans la francophonie» (147 p., ISBN : 978-2-14-030354-8). L’Oreille tendue a le plaisir d’en être; merci aux éditrices de lui avoir donné l’occasion de raconter sa vie.
Table des matières
Cotelli Kureth, Sara et Dorothée Aquino-Weber, «Les chroniques de langage dans la Francophonie : état des lieux», p. 7-35
Partie 1 : Témoignages de chroniqueuses et chroniqueurs
Feltin-Palas, Michel, «Par amour de la diversité culturelle», p. 39-43
Francard, Michel, «Heurts et bonheurs d’un chroniqueur de langue», p. 45-50
Gasquet-Cyrus, Médéric, «“Dites-le en marseillais”, la vulgarisation linguistique par le divertissement», p. 51-57
Matthey, Marinette, «Mais pourquoi des chroniques de langage ?», p. 59-66
Melançon, Benoît, «De Montréal, tendre l’oreille», p. 67-71
Nadeau, Jean-Benoît, «Pourquoi je chronique», p. 73-77
Partie 2 : Les chroniques de langage dans la Francophonie : analyses
Gauvin, Karine, «À propos des chroniques de langage en Acadie», p. 81-102
Aquino-Weber, Dorothée et Sara Cotelli Kureth, «Les régionalismes dans les chroniques de langage de Suisse romande : un premier aperçu», p. 103-127
Dister, Anne, «Maurice Grevisse et André Goosse : du bon usage au français universel», p. 129-145
[Complément du 1er février 2023]
Le numéro est désormais disponible en ligne ici.
[Complément du 30 août 2023]
Le texte de l’Oreille tendue se trouve également là.