Les zeugmes du dimanche matin et de Philippe Manevy

Philippe Manevy, la Montagne ardente, 2026, couverture

«Puis il devance l’appel — c’est la Grande Guerre — et revient du front avec une blessure sans gravité et une réputation de héros» (p. 163).

«À Lourdes, ils sont entrés dans la grotte, se sont agenouillés au pied de la statue de la Vierge, ont déposé à ses pieds une flamme minuscule et leurs prières démesurées» (p. 231-232).

Philippe Manevy, la Montage ardente. Récit, Montréal, Leméac, 2026, 289 p.

 

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 9 juillet 2026.

 

(Une définition du zeugme ? Par .

L’oreille tendue de… Pierre Nepveu

Pierre Nepveu, Romans-fleuves, 1997, couverture

«Histoire

Des mots perdus traversaient ma chambre.
Je prenais pour âme le tournant d’une saison.
(Parfois les ruisseaux brûlent au fond du sommeil,
et toute la vie est une forêt sans feuilles.)
Il y eut des histoires, là-bas.
Cloisons levées entre les mondes.
Des automnes de cierges, des printemps de velours.
On chanta des hymnes sous les chênes
au bord de vieux fleuves aux noms enchantés.
Des enfants crurent qu’on changeait de siècle, déjà.
Et leurs kyrielles de chiens, et les voisins fous.
Une race dans chaque rue, chaque maison,
avec leurs langues mourantes qui pavoisaient.
Ô musique ! Nous aurions pu les apprendre
en tendant l’oreille et le cœur,
au-delà des vitres et du vent devenu
notre frère dans l’émoi, dans l’exercice
d’effleurer pour mieux vivre.»

Pierre Nepveu, Romans-fleuves, Saint-Hippolyte, Éditions du Noroît, 1997, 93 p., p. 11.

Conseil estival ?

Mikaël Lalancette, Jean-Claude Tremblay, 2024, couverture

Pendant des décennies, les joueurs de hockey ne s’entraînaient guère entre les saisons. Jean-Claude Tremblay, le défenseur des Canadiens de Montréal, puis des Nordiques de Québec, était de ceux-là. Un jour, il a pris conscience que cela ne lui convenait plus : il devait mieux se préparer.

Comment ? Voici ce qu’écrit son biographe, Mikaël Lalancette, en 2024 :

Dès le début juillet, l’athlète de 35 ans se soumet à un entraînement quotidien rigoureux qui consiste en trois heures d’exercice intensif, une partie de golf dans l’après-midi, deux bières, un bon souper et du repos (ch. 16).

«Deux bières» : un conseil à suivre ?

P.-S.—Souvenons-nous de cette autre technique d’entraînement.

 

Référence

Lalancette, Mikaël, Jean-Claude Tremblay. Le magicien de la ligne bleue, Montréal, Éditions de l’Homme, 2024, 259 p. Ill. Préface de Serge Savard. Édition numérique.

Curiosités voltairiennes (et classiques)

Voltaire, l’Écossaise, production du Lucernaire, Paris, 2007, affiche

Qu’est-ce qu’un classique ? Ici, réponse théorique. Ci-dessous, démonstration au quotidien, dans la Presse+ (Montréal).

 

«Mais bon, le théâtre change. Et c’est normal. L’art nous amène à penser autrement. C’est son rôle. On aime Montaigne, Voltaire, Molière et Hugo pour cela.»

Mario Girard, «Vers un théâtre plus diversifié», la Presse+, 6 juin 2026.

 

«On voit défiler la Révolution, le goût d’argumenter, et l’insatiable curiosité d’une époque où s’activent Voltaire, Rousseau, Diderot, d’Alembert et madame du Châtelet.»

Dany Laferrière, «La mode ne connaît ni temps ni lieu», la Presse+, 12 juin 2026.

 

«Quelle autre institution peut prétendre avoir eu pour membres Racine, Corneille, La Fontaine, Boileau, Montesquieu, Voltaire, d’Alembert, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Musset, Littré, Pasteur, Bergson, Yourcenar ou Senghor, et cela sans toucher aux règlements qui la régissent depuis sa fondation ?»

Dany Laferrière, «Le jardin secret des mots», la Presse+, 3 juillet 2026.

 

«Apprenant l’arrestation de Sartre, de Gaulle aurait déclaré qu’il ne ferait pas à Sartre ce que Frédéric de Prusse n’a pas fait à Voltaire. En un mot : Charles de Gaulle n’arrête pas Jean-Paul Sartre.»

Dany Laferrière, «La porte étroite de la langue», la Presse+, 10 juillet 2026.

 

Voltaire est toujours bien vivant.

Divulgâchage érudit

George Sand, la Mare au Diable, 1846, couverture

George Sand, dans la Mare au Diable (1846), sème suffisamment d’indices (éd. de 1991, p. 127, p. 128) pour que ses lecteurs devinent que le futur maître de «la petite Marie» est une ordure (p. 133, p. 135).

Fallait-il que son commentateur le leur dise soixante pages à l’avance (p. 63), dans une note : «Le fermier vicieux lui offrira 100 francs» (p. 231) ?

Non. Le «vice» du «fermier» leur sera révélé bien assez tôt. Il y a des gens qui lisent les notes. Respectez leur héroïsme.

P.-S.—Oui, ce texte est lui-même une forme de divulgâchage. C’est comme ça.

 

Référence

Sand, George, la Mare au Diable, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 892, 1991, 244 p. Édition originale : 1846. Préface et notes de Léon Cellier.