Le zeugme du dimanche matin et d’Alice Zeniter

Alice Zeniter, l’Art de perdre, 2017, couverture

«Hamid ne saisit pas ce que veut son interlocuteur. Son père travaille à l’usine, comme la plupart des voisins, et dans leur discours il semble n’en exister qu’une. C’est l’Usine. Celle qui fait qu’on les a emmenés là. Il n’a jamais pensé qu’elle produisait quoi que ce soit puisque Ali n’en n’est jamais revenu les mains chargées. Dans sa tête, l’Usine fabrique surtout de la fumée, des blessures, des crampes et une odeur de cramé que son père traîne d’une pièce à l’autre de l’appartement malgré les douches.»

Alice Zeniter, l’Art de perdre. Roman, Paris, Flammarion, 2017, 507 p., p. 224.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Les fourberies de…

On se demande parfois ce qu’est l’utilité des œuvres classiques. Sont-elles toujours d’actualité ?

Prenons un exemple. Le Théâtre du Nouveau Monde, «Le théâtre de tous les classiques, ceux d’hier et de demain», présente ces jours-ci une pièce du répertoire du XVIIe siècle.

Aux Ve et VIe scènes du deuxième acte, le personnage le plus fourbe de la pièce se donne pour mission de convaincre un père de famille naïf que celui-ci doit payer tout de suite une somme importante, histoire de ne pas avoir à payer une somme encore plus élevée dans le futur. À force de tromperies et d’arguments fallacieux, le fourbe arrivera à ses fins.

Toute ressemblance entre les Fourberies de Scapin de Molière et la gestion de la rémunération, actuelle et à venir, de certains types de personnel dans le système de santé québécois serait, évidemment, le fruit du hasard.

Divergences transatlantiques 053

Deux paires de chaussures suspendues, Montréal, 5 juin 2010

Certaines personnes — l’Oreille tendue n’en est pas — aimeraient courir, dit-on. Elles pratiquent la course, le jogging, le footing, voire — la création paraît récente — le running. Pour Wikipédia, cet «anglicisme» désigne «une pratique libre de la course à pied», inscrite «dans le culte de la performance : courir plus longtemps ou plus vite par exemple».

Dans un mois, Cécile Coulon fera ainsi paraître, chez François Bourin, un Petit éloge du running.

Au Québec, ce titre pourrait prêter à confusion : le running, ou running shoe, y est surtout la chaussure qui permet la course, non la course elle-même. Des exemples littéraires de cet emploi ? Voyez Attaquant de puissance, de Sylvain Hotte, qui utilise aussi bien, en italiques, runnings (p. 132, p. 152) que running shoes (p. 175). (On voit aussi espadrille, chaussure de sport, shoe-claques, sneakers, etc. Le site le Français de nos régions a consacré une étude à la répartition géographique de ces termes au Canada.)

Quoi qu’il en soit de l’éloge à paraître, tout ça est une affaire de pied(s).

 

Référence

Hotte, Sylvain, Attaquant de puissance, Montréal, Les Intouchables, coll. «Aréna», 2, 2010, 219 p.

Les zeugmes du dimanche matin et d’Éric Plamondon

Éric Plamondon, Donnacona, 2017, couverture

«Désormais, la Domtar jonglait avec les grosses commandes et les périodes difficiles, les sauvetages économiques et la grogne des syndicats» (p. 29-30).

«Je l’avais précédé en criant par-dessus les rapides et notre excitation : “Amène-le jusqu’ici”» (p. 35).

Éric Plamondon, «Donnacona», dans Donnacona. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 116, 2017, 118 p., p. 9-46.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

L’oreille tendue de… Gustave Desnoiresterres

Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812

«Il n’y avait pas que des violents, que des paysans du Danube, dans ce Paris. Il y avait, et nous le savons, des dominateurs par l’esprit, et chaque salon subissait l’influence plus ou moins absolue de l’un de ces causeurs armés jusqu’aux dents, autour desquels on se pressait, l’oreille tendue, prêts à applaudir aux moindres choses qui sortaient de leurs lèvres : un Rivarol, un Chamfort, un Rulhières.»

Gustave Desnoiresterres, la Comédie satirique au XVIIIe siècle, Paris, Librairie académique Didier, Émile Perrin, libraire-éditeur, 1885, 458 p., p. 141.

 

Illustration : Anicet Charles Gabriel Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812.