Les zeugmes du dimanche matin et de Barack Obama

Barack Obama, A Promised Land, 2020, couverture

«But when Teddy Roosevelt came into office, he determined that a single building couldn’t accommodate a modern staff, six boisterous children, and his sanity» (p. 3).

«But their influence over the Republican Party had by then been supplanted by billionaire ideologues like David and Charles Koch, who had spent decades and hundreds of millions of dollars systmetically building a network of think tanks, advocacy organizations, media operations, and political operatives, all with the express goal of rolling back every last vestige of the modern welfare state» (p. 261).

Barack Obama, A Promised Land, New York, Crown, 2020, 751 p. Ill.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 19 août 2021.

Obama épistolier

Barack Obama, A Promised Land, 2020, couverture

Certains disent que l’Oreille tendue se répète. D’autres, qu’elle radote. Tous ont raison.

Prenons un exemple : depuis plus de 25 ans, elle ne cesse de dire que le genre épistolaire, malgré ce que l’on entend partout, n’est pas en train de disparaître. Les gens écrivent encore des lettres aujourd’hui; ils en écrivent beaucoup moins, certes, et souvent dans des circonstances particulières, mais ils continuent de pratiquer cette forme d’écriture.

La preuve ? Barack Obama.

Dans ses Mémoires récents — oui, avec la majuscule initiale et au masculin —, A Promised Land (2020), le 44e président des États-Unis évoque à plusieurs reprises sa pratique épistolaire.

Ce qui concerne l’utilisation du courriel était prévisible. D’une part, on l’a assez dit, la campagne d’investiture, puis la campagne présidentielle, d’Obama ont eu très largement recours à l’univers numérique (p. 130). D’autre part, comme tout organisme contemporain, le gouvernement états-unien carbure au courrier électronique, de même que les militants, tous partis confondus.

Quand il devient sénateur à Washington en 2005, Obama confie à Pete Rouse une mission capitale («Most important»), celle de créer et de coordonner un bureau de la correspondance («the correspondence office») chargé de trier le courrier qu’il reçoit des citoyens et de leur répondre de la façon la plus adéquate possible : «“People may not like your votes,” Pete said, “but they’ll never accuse you of not answering your mail !”» (p. 56) Ne pas répondre à son courrier, même volumineux (p. 65) ? Cela ne se fait pas. Mieux encore : Obama signe lui-même les réponses préparées par son personnel (p. 66), de même que des mots de remerciements et des cartes d’anniversaire plus personnalisés (p. 90, p. 251).

Devenu président, en 2009, il demande à voir quotidiennement des lettres qui lui sont adressées à la Maison-Blanche (p. 267-269, p. 698-699). Il ne s’agit évidemment pas de toutes les lettres et de tous les courriels — il y en a environ dix mille par jour —, mais d’un échantillon de dix textes sélectionnés par son équipe, messages auxquels il répond à la main. Cette activité a une dimension quasi rituelle : «They were often the last thing I looked at before going to bed» (p. 268); «I couldn’t expect people to understand how much their voices actually meant to me — how they had sustained my spirit and beat back whispering doubts on those late, solitary nights» (p. 306). Dans la nuit («bed», «nights»), la lettre reste la possibilité d’un échange.

Plus sombres sont les lettres de condoléances qu’il adresse, une fois par semaine, aux proches des militaires tombés au combat (p. 429-430).

Barack Obama ne correspond pas, sur papier, qu’avec les citoyens des États-Unis; il a aussi des échanges avec ses collègues et vis-à-vis. Par exemple, le sénateur Ted Kennedy lui écrit au sujet de la réforme du système de santé, mais il demande que sa lettre ne soit transmise qu’après sa mort; le président la citera dans un discours au Capitole (p. 410-411). Il fait parvenir une lettre secrète à l’ayatollah Khomeini, qui lui répond sèchement (p. 454). La Chine se sert du courrier pour formuler ses plaintes commerciales (p. 474).

Il y a peut-être là un sujet à explorer : la communication des élus avec leurs électeurs, leurs collègues et leurs interlocuteurs étrangers n’est-elle pas une des manifestations les plus concrètes, au XXIe siècle, de la nécessité de la lettre ?

P.-S.—L’Oreille a déjà dit quelques mots de la pratique de la lettre de Barack Obama dans le cadre de l’émission de radio Plus on est de fous, plus on lit !, le 24 avril 2018.

 

Référence

Obama, Barack, A Promised Land, New York, Crown, 2020, 751 p. Ill.

Voltaire et Donald Trump

Rick Frausto, «Don the Con», caricature de Donald Trump, 2019

Les États-Unis ont récemment, non sans mal, changé de président.

Il peut paraître étonnant de lier le nom de l’ancien président à une période dont on dit souvent qu’elle est définie par le culte de la raison et par la valorisation de la tolérance. Il y a pourtant des liens entre Donald J. Trump et le Siècle des lumières.

Prenons deux exemples.

Le premier est une caricature parue dans le Wall Street Journal du 20 octobre 2016. Jovial, Trump est assis dans le Bureau ovale, lunettes et stylo à la main. Devant lui et à sa gauche, des feuilles de papier. À sa droite, trois livres : un sur les relations internationales (Foreign Relations), un sur (ou de) Lincoln, un dernier sur (ou de) Voltaire. Pourquoi ces livres ? Il s’agirait d’imaginer un Trump «sain d’esprit» («Imagine a Sane Donald Trump. You know he’s a nut. What if he weren’t ?»). À chacun ses défis.

Le second exemple est une phrase entendue durant le second procès en destitution du 45e président et attribuée à Voltaire : «Anyone who can make you believe absurdities can make you commit atrocities» (Jamie Raskin).

Jusqu’à maintenant, devant les nombreuses occurrences de cette citation, l’Oreille tendue renvoyait à l’interprétation d’un biographe de Voltaire (Gallimard, 2015), François Jacob, dans le journal le Temps (Genève) : il s’agirait d’«un hoax assez récent qui semble faire, depuis une dizaine d’années, le bonheur des internautes».

Sur le blogue de la Voltaire Foundation, Nicholas Cronk montrait hier que la phrase attribuée à Voltaire («Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités») n’est pas de lui, mais qu’il a bel et bien écrit quelque chose d’assez proche : «Certainement qui est en droit de vous rendre absurde, est en droit de vous rendre injuste.» C’est par le biais de sa traduction en anglais, par Norman Torrey, que la citation est devenue populaire.

Cronk cite, pour résumer l’affaire, un passage de l’entrée «Voltaire» d’un ouvrage édité par Susan Ratcliffe, Oxford Essential Quotations (Oxford University Press, 2017, 5e édition) : «“Truly, whoever is able to make you absurd is able to make you unjust”, commonly quoted as “Those who can make you believe in absurdities can make you commit atrocities” (Questions sur les miracles, 1765).»

Nous pouvons maintenant passer à autre chose.

P.-S.—Vous préférez Trump en lecteur de l’Encyclopédie ? C’est par là.

Autopromotion 435

Ces jours-ci, l’Oreille tendue donne un cours sur Diderot (description ici, en PDF). En relisant l’article «Agnus Scythicus» de l’Encyclopédie — allez savoir pourquoi —, elle a pensé à Donald Trump.

Cela a donné un court texte, «Donald Trump et l’Agneau de Scythie», que publient aujourd’hui les amis de la revue Sens public; c’est .

 

Illustration : Wikipédia

 

Référence

Melançon, Benoît, «Donald Trump et l’Agneau de Scythie», Sens public, revue numérique, rubrique «Chroniques», 10 juin 2019. URL : <http://sens-public.org/article1415.html>.

Accouplements 119

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Un jour d’août 2017, l’Oreille tendue se baladait, conjugalement, dans son quartier, quand elle est tombée sur cette publicité électorale un brin éloignée de son public cible.

Publicité électorales pour Barack Obama, Montréal, août 2017

(Commentaire d’un voisin : «This is an Obama-type of neighborhood.»)

L’année suivante, Pierre Ménard, dans sa «Dérive à travers les rues de Montréal» (Liminaire), découvre, lui, un «Panneau abandonné dans une friche Rue Saint-Denis, souvenir de la campagne d’Hilary Clinton en 2015 : L’amour l’emporte sur la haine.»

Obama, Clinton — dans les rues de Montréal : les frontières géopolitiques du Canada seraient-elles en train de bouger ?