Accouplements 271

Drapeau du Portugal

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Dan Brown, dans son plus récent roman, The Secret of Secrets (2025), emberlificote une intrigue autour de la nature de la conscience : s’agit-il, comme le disent les matérialistes, d’un phénomène physicochimique ou plutôt, comme le croient les noéticiens, d’un milieu dans lequel baigneraient les êtres humains ? Un des nombreux contentieux entre les deux groupes concerne les cas où quelqu’un développerait, sans raison apparente, des savoirs inattendus : «In other words, you get conked on the head, and you wake up a virtuoso violonist, or fluent in Portugese, or a genius at math — where you previously possessed none of these skills» (p. 122; «Autrement dit, vous recevez un coup sur la tête et vous vous réveillez virtuose du violon, parlant couramment le portugais ou étant un génie des mathématiques — alors que vous ne possédiez aucune de ces compétences auparavant.»).

La série télévisée Seinfeld offre une situation semblable. Dans le 143e épisode (huitième saison, neuvième épisode), «The Abstinence», George Costanza, au moment où il est forcé à l’abstinence sexuelle, développe des facultés d’apprentissage inexplicables. Par exemple, il se met à parler portugais sans jamais avoir appris cette langue. (Cette maîtrise disparaîtra bientôt.)

 

 

Cela laisse grande ouverte une question : pourquoi le portugais ?

 

Référence

Brown, Dan, The Secret of Secrets. A Novel, New York, Doubleday, 2025, 675 p. Ill.

Les zeugmes du dimanche matin et de José Saramago

José Saramago, Histoire du siège de Lisbonne, 1992, couverture

«ils le [le chien] bannissent de leurs maisons, de leurs caresses et de leur écuelle» (p. 71).

«un plat populaire très portugais fait d’épinoches frites et de riz à la tomate, accompagné de salade et de beaucoup de chance» (p. 74-75).

«la femme assise à sa gauche interrompit son geste et sa générosité» (p. 88).

«les femmes regardent les barques approcher avec leurs cargaisons de cadavres et de désirs» (p. 283).

José Saramago, Histoire du siège de Lisbonne. Roman, Paris, Seuil, coll. «Points», P619, 1992, 341 p. Traduction de Geneviève Leibrich. Édition originale : 1989.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Surplace

Contenant de mélasse

Qui pédale dans le couscous, la choucroute, la semoule, la purée ou le yaourt a du mal, en arrache. Foi de Petit Robert (édition numérique de 2018), cette personne se trouve à «faire des efforts désordonnés et vains, [à] se dépenser en pure perte».

Variation sur le même thème chez José Saramago, dans Histoire du siège de Lisbonne : «patiner dans de la mélasse» (p. 104).

On n’avance pas plus.

 

Référence

Saramago, José, Histoire du siège de Lisbonne. Roman, Paris, Seuil, coll. «Points», P619, 1992, 341 p. Traduction de Geneviève Leibrich. Édition originale : 1989.

Accouplements 249

Bière Candide, de la brasserie Bockale

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Saramago, José, Histoire du siège de Lisbonne. Roman, Paris, Seuil, coll. «Points», P619, 1992, 341 p. Traduction de Geneviève Leibrich. Édition originale : 1989.

«les mots ne peuvent être transmis à la légère de maintenant à jadis et de jadis à maintenant, il faut être prudent, sans quoi aussitôt quelqu’un dit, Je ne comprends pas» (p. 33).

Magnan, André, Voltaire. Candide ou l’Optimisme, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Études littéraires», 18, 1987, 125 p.

«“Optimisme” ne dit plus, en 1987, que nos humeurs quotidiennes — l’optimisme raisonnable de M. le Ministre ou de la météo du week-end. “L’Optimisme” de 1759-1761 disait quelque chose comme le Meilleur-mondisme» (p. 11 n. 1).

«“Candide ou [candide est ?] l’Optimisme”. Risquons la transposition : “Nunuche ou le Leibnizianisme”» (p. 12).

Ironie (involontaire) à la Saramago

José Saramago, Histoire du siège de Lisbonne, 1992, couverture

Raimundo Silva, le personnage principal d’Histoire du siège de Lisbonne, de José Saramago, fait partie de «la gent correctrice» (p. 100) dans une maison d’édition de Lisbonne : «c’est un homme qui écrit lentement, veillant sans relâche aux concordances, avare d’adjectifs, sourcilleux sur le chapitre de l’étymologie, pointilleux en matière de points et autres signes de ponctuation» (p. 154).

Il aurait été marri de quelques fautes dans la traduction de ce roman. Il y est écrit que l’auteur «est né en 1992» (p. 3), au lieu de 1922. Une virgule inutile s’invite dans une note, quand est évoqué «un des personnages principaux du roman de José Saramago, Le Dieu manchot» (p. 96 n. 1) — virgule inutile, sachant que Saramago a publié plus d’un roman. En revanche, dans «nous ne occupons pas de cinéma, ni de théâtre ni même de la vie» (p. 108), une virgule supplémentaire, avant le troisième «ni», aurait été bienvenue. À «un vieillard à la mine vénérable qui l’enjoignait d’avoir bon courage» (p. 144), Raimundo Silva aurait opposé un «qui lui enjoignait» — d’autant que la construction avec enjoindre est correcte page 316. Page 174, un trait d’union superflu dépare le deuxième paragraphe. Des «martiens» et des «terriens» sont orphelins de leur majuscule initiale (p. 260). Les majuscules ne sont pas accentuées. «Oiseux» ne devrait pas être confondu avec «oiseaux» (p. 267).

Qu’aurait dit Raimundo Silva, cet «humble et banal correcteur» (p. 294), devant cela ? On n’ose l’imaginer.

 

Référence

Saramago, José, Histoire du siège de Lisbonne. Roman, Paris, Seuil, coll. «Points», P619, 1992, 341 p. Traduction de Geneviève Leibrich. Édition originale : 1989.