Le zeugme (autoréflexif) du dimanche matin et de Martine Sonnet

Bureau, photographie par Martine Sonnet, 2012

«Mais 4540 signes pour raconter tout ce que j’ai fait depuis un an c’est court, et Sirhus coupe sans prévenir ni pitié (ceci est un zeugme à l’attention de Benoît Melançon collègue dix-huitiémiste québécois qui en est collectionneur) tout ce qui dépasse.»

Martine Sonnet, «Bienvenue dans ma vie de bureau», Science et bien commun, 2-29 juin 2012.

Accouplements 174

Pierre Popovic et Érik Vigneault (édit.), les Dérèglements de l’art, 2000, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Un juge québécois vient d’interdire aux comédiens de fumer sur scène. Réaction de l’homme de théâtre Serge Denoncourt dans la Presse+ du 14 novembre : «On n’accepte plus la cigarette. Mais l’alcool, l’héroïne, le suicide, le meurtre, l’avortement sur scène ? Ces actions sont-elles plus acceptables ?»

Lisant dans cette phrase le mot «avortement», l’Oreille tendue a repensé à un article de son collègue, et néanmoins ami, Yvan Leclerc. Dans «En marge du naturalisme» (2000), il étudie «le “théâtre réaliste” de Frédéric de Chirac» (1869-1906), notamment la pièce l’Avortement (1891).

Deux extraits :

Selon les indications du manuscrit, Marceline, fille publique, grosse des œuvres de son souteneur, après des hésitations, finit par consentir à se faire avorter. Elle ôte «sa camisole et son jupon de dessous», se jette sur un lit, prête à subir les manœuvres de la mère Mathieu. Celle-ci s’approche du lit et, après avoir ceint un tablier blanc, opère la patiente, qui pousse des gémissements par intervalle. Un langage significatif accompagne les gestes de l’avorteuse : […] «Elle pose un bol plein d’alcool sur la table et s’essuie les mains rouges de sang après son tablier» (256).

«La sage-femme sortait en effet de dessous les rideaux du lit avec les mains rouges de sang, qu’elle essuyait sur son tablier.» C’est ici que bascule la représentation, entendue au double sens de performance d’un soir (ce fut un acte unique, sans répétition ni reprise) et d’essence théâtrale. À la vue de ce sang, les spectateurs ont violemment protesté. Alors que dans la scène de possession [le Gueux], ils criaient plutôt pour encourager les acteurs, dans la scène d’avortement, ils n’ont pas supporté la vue du sang qu’ils savaient pourtant n’être pas réel. Chirac s’est fait traiter d’assassin et on a dû baisser le rideau (p. 258-259).

Tout, sur scène, n’est pas représentable, hier comme aujourd’hui.

 

Référence

Leclerc, Yvan, «En marge du naturalisme : le “théâtre réaliste” de Frédéric de Chirac», dans Pierre Popovic et Érik Vigneault (édit.), les Dérèglements de l’art. Formes et procédures de l’illégitimité culturelle en France (1715-1914), Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2000, p. 247-263.

Autopromotion 601

Maison de campagne, Québec, été 2021

L’été dernier, entre deux coups de pinceau, l’Oreille tendue a donné un long entretien à Emmanuelle Lescouët. Ça vient de paraître, sur le Carnet de la Fabrique du numérique, sous le titre «Penser publiquement la recherche». Ça se lit ici.

Il y est question de préhistoire du Web, de WordPress, du blogue, de recherche universitaire, d’enseignement, de vulgarisation, de Wikipédia, de Tumblr, de Twitter, de médias, de Word et même de TikTok — entre autres choses.

Autopromotion (indirecte) 593

Michel Porret, Objectif Hergé, 2021, couverture

À ses heures perdues — façon de parler —, l’Oreille tendue offre ses services d’éditrice conseil. Il y a quelques années, cela a mené à la publication de Nouvelles obscurités, d’Alex Gagnon, chez Del Busso éditeur. Ces jours-ci, paraît un ouvrage de Michel Porret, Objectif Hergé. «Tintin, voilà des années que je lis tes aventures», aux Presses de l’Université de Montréal.

Qui est Michel Porret ?

«Michel Porret est professeur honoraire d’histoire moderne à l’Université de Genève et président des Rencontres internationales de Genève. Il travaille sur les Lumières, l’utopie, la justice pénale, la médecine légale et la bande dessinée» (quatrième de couverture).

C’est aussi un vieil ami de l’Oreille, qui a publié un de ses livres précédents. Ensemble, ils ont édité ceci.

De quoi le livre parle-t-il ?

«Tout commence en 1930 dans la violence de la révolution bolchevique au pays des Soviets. Tout se boucle en 1986 dans l’univers huppé de l’art contemporain. Entre la lutte des classes et la polémique esthétique, la saga de Tintin est une quête du bien dans la violence de l’histoire du XXe siècle. De la Terre à la Lune, entre mer, désert et cimes, flanqué du socratique Milou puis de l’ivrogne au grand cœur Haddock, le petit Don Quichotte qui aime les livres affronte tous les bandits du monde. Environ 12 000 vignettes en noir et blanc puis en couleurs : culminant dans le silence de la ligne claire, la saga de Tintin est une aventure esthétique et humaine. Cet essai ludique y revient au prisme de son imaginaire social qui en fait une œuvre universelle jusque dans la relation parodique» (quatrième de couverture).

Il est organisé comment ?

Abréviation des titres des albums de Tintin

Prélude

Chapitre I. L’ennemi de tous les bandits du monde

Elle n’a pas existé la fusée lunaire !
Au musée
Tintin est mort
Haddock, le grand seigneur
Tuer Topolino ?
La baraka
La figuration narrative
La ligne claire
L’aventure inconnue
La tintinologie
La relation parodique

Chapitre II. Le petit Don Quichotte

Bolchevisme, colonialisme et crime organisé
Les peuples se connaissent mal
Mais c’est la guerre cela, Monsieur !
Les faussaires
L’Anschluss
Narcotrafiquants et pirates
Les négriers
Vive la paix !

Chapitre III. Les bandits ! Qu’ont-ils fait de mes livres ?

La presse
Les faits divers
L’ocularisation
Le tempo de l’aventure
Les bibliothèques
La bibliothèque de Tintin
La lecture enchâssée en vignettes

Chapitre IV. Le silence de la ligne claire

Voir le bruit
L’arrière-pays sonore
La vignette aphasique
Écoutez-le, ce silence !
L’assonance du timbre fêlé
Silence !…Lancez le son
C’est fini, mille sabords !

Objectif vie : à Arsène

Annexe. Hergé : Les aventures de Tintin

Sources, reconnaissance

Il serait difficile à l’Oreille de ne pas en recommander la lecture.

 

Référence

Porret, Michel, Objectif Hergé. «Tintin, voilà des années que je lis tes aventures», Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Champ libre», 2021, 160 p. Ill.