Autopromotion 087

Le 14 février prochain, l’Oreille tendue participera à une activité pour mettre en lumière les travaux des chercheurs de son université. Elle y causera langue et tchén’ssâ.

Ci-dessous, description et programme.

Lettres ouvertes
La recherche en littérature et la création littéraire
à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal

14 février 2014

La Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal vous invite à découvrir la richesse des recherches de ses professeurs et de ses étudiants de lettres. Le 14 février, venez les entendre présenter en quelques minutes ce sur quoi ils travaillent. Vous serez étonnés !

Programme

9 h – 9 h 45 : «Les (non-)frontières du littéraire»

Ugo Dionne, «L’invention du suspense, de Marianne à Buffy»

Michael Sinatra, «Repenser les revues scientifiques»

Marcello Vitali-Rosati, «La littérature des robots»

10 h – 10 h 45 : «La langue maganée»

Francis Gingras, «Un roi blessé dans le bas du corps et la coupe Stanley : l’ancien français vu de Montréal»

Benoît Melançon, «Parler avec l’École de la tchén’ssâ»

Élisabeth Nardout-Lafarge, «La langue de Réjean Ducharme»

11 h – 12 h : «L’histoire du livre»

Joyce Boro, «Lire autour du texte ou quand l’habit fait le moine et la couverture fait le livre»

Gabriele Giannini, «Lire le manuscrit médiéval»

Nikola von Merveldt, «Plus vrai que nature : de la nature au livre et au-delà»

Benjamin Victor, «La transmission de textes classiques»

14 h – 14 h 45 : «Littérature et démocratie : la sociocritique»

Anne-Marie David, «Le travail dans la littérature française contemporaine»

Pierre Popovic, «Thathamauzauskayakutès et le taux de diplomation»

Bernabé Wesley, «Une oubliothèque : le passé dans la trilogie allemande de L.-F. Céline»

14 h – 15 h : atelier de déclamation classique avec Jeanne Bovet

Dix places. Inscription obligatoire.

15 h – 16 h 15 : «Nous, les autres»

Anahi Alba de la Fuente, «Montréal parle espagnol»

Gilles Dupuis, «Les écritures migrantes»

Simon Harel, «Les chauffeurs de taxi, “hommes-récits” montréalais»

Martine-Emmanuelle Lapointe, «Le Mordecai Richler des Québécois francophones»

Robert Schwartzwald, «La littérature et les visages multiples de la ville»

15 h 15 – 16 h 15 : atelier théâtral avec Jean-Marc Larrue

Vingt places. Inscription obligatoire.

16 h 30 – 17 h

Claire Legendre, «Deux histoires vraies (qui mentent)»

17 h : cocktail de clôture

Toutes les activités sont gratuites et ouvertes à tous. Elles se déroulent au Carrefour des arts et des sciences de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal (pavillon Lionel-Groulx, 3150, rue Jean-Brillant; http://www.umontreal.ca/plancampus/index.html).

Renseignements :

Francis Gingras (f.gingras@umontreal.ca)

Benoît Melançon (benoit.melancon@umontreal.ca)

 

[Complément du 24 février 2014]

Le doyen de la Faculté des arts et des sciences, Gérard Boismenu, et un journaliste de Forum, Mathieu-Robert Sauvé, ont rendu compte de l’événement.

Pucks en stock. Bande dessinée et sport

L’Oreille tendue et son ami Michel Porret lancent un appel à contributions pour un ouvrage collectif sur le sport et la bande dessinée. Description ci-dessous. Avis aux intéressés.

***

Ce volume collectif s’inscrit dans une réflexion d’histoire culturelle sur la bande dessinée surtout francophone, mais pas exclusivement, afin de tenir compte d’autres traditions, notamment européennes. Il vise à rassembler des contributions inédites (35 000-40 000 signes, espaces compris) et illustrées sur les rapports entre la bande dessinée et le sport. Sans se limiter à étudier les formes du sport que représente d’une manière assez systématique la bande dessinée (boxe, course automobile, cyclisme, football, tennis, hockey, etc.), les contributions s’intéresseront aussi de manière thématique transversale à la construction de l’imaginaire du sport dans la figuration narrative.

Les pratiques sportives mises en image correspondent-elles ou non avec les pratiques sociales dominantes du sport à des périodes déterminées, par exemple les pratiques démocratiques du sport de masse après la Seconde Guerre mondiale ? Le sport donne-t-il sens à l’héroïsme individuel comme support narratif de l’aventure, à la manière, entre autres narrations, de la bande dessinée sur le scoutisme ? Est-il une métaphore politique du fascisme représenté en BD ? Souvent d’obédience catholique en Belgique et en France, adressée à un public d’adolescent, la bande dessinée utilise-t-elle le sport pour véhiculer l’adhésion aux règles morales du jeu social ? Qu’en est-il de la biographie de «grands sportifs» dans la bande dessinée, de même que des grands événements sportifs (Tour de France, jeux Olympiques, etc.) ? Voilà quelques pistes parmi d’autres pour exploiter la mise en image et en bulles du sport et de son imaginaire dans la bande dessinée francophone depuis le début du XXe siècle.

Ce volume est coordonné par Benoît Melançon (Département des littératures de langue française, Université de Montréal) et par Michel Porret (Département d’histoire, Université de Genève). Il paraîtra en 2014.

Les propositions d’articles doivent être adressées avant le 21 juillet 2013 avant le 15 septembre 2013 aux deux coordonnateurs, par courriel : benoit.melancon@umontreal.ca et Michel.Porret@unige.ch. Elles doivent compter environ 250 mots (titre provisoire, corpus, hypothèse de lecture).

 

[Complément du 28 juin 2016]

L’ouvrage a paru : Pucks en stock. Bande dessinée et sport, ouvrage collectif dirigé par Benoît Melançon et Michel Porret, Chêne-Bourg (Suisse), Georg, coll. «L’Équinoxe. Collection de sciences humaines», 2016, 270 p. Ill. ISBN : 978-2-8257-1041-8. (34 CHF)

Table des matières ici.

Pucks en stock, 2016, couverture

L’universitaire dans la Cité

L’universaire et les médias, ouvrage collectif, 2013, couverture

Universitaire de son état, l’Oreille tendue dit rarement non à une demande d’intervention publique (radio, journaux, Internet). Le statut de l’intellectuel au Québec l’occupe périodiquement (voir ici et ). Elle se devait donc de lire l’ouvrage collectif que vient de diriger Alain Létourneau, l’Universitaire et les médias. Une collaboration risquée mais nécessaire (Montréal, Liber, 2013).

Le livre mêle témoignage (Michel Lacombe) et articles scientifiques (Raymond Corriveau; Serge Larivée, Carole Sénéchal et Françoys Gagné; André H. Caron, Catherine Mathys et Ninozka Marrder; Alain Létourneau). À mi-chemin, des textes parlent expertise politique (Jean-Herman Guay), parole sociologique (Corinne Gendron), et éthique (Sami Aoun; Armande Saint-Jean). La situation décrite est la québécoise.

Pour aller vite, les relations entre journalistes et universitaires peuvent être saisies soit comme une lutte («le combat du sens», p. 121), soit comme une collaboration («une construction commune d’opinion», p. 132). Que l’on choisisse une métaphore ou l’autre, il est indéniable que beaucoup de choses distinguent les travailleurs des médias des professeurs. Deux sont fréquemment rappelées par les collaborateurs de l’ouvrage.

Les modes de validation du travail scientifique des universitaires sont précisément encadrés par les processus d’évaluation par les pairs : les universitaires sont évalués par d’autres universitaires et ils connaissent les règles du jeu. Celles du monde journalistique ne sont évidemment pas les mêmes. Quand un universitaire parle à un journaliste, il ne s’adresse pas à un pair. Les lecteurs du journal, le spectateur de la télévision ou l’auditeur de la radio n’en sont pas non plus. La vulgarisation nécessite dès lors une série d’ajustements, auxquels on se prêtera plus ou moins volontiers, d’un côté comme de l’autre.

Plus profondément, ce qui distingue le scientifique du journaliste est le rapport au temps. Le second est souvent pressé par le temps et il doit faire bref. Le premier est non seulement habitué aux longues expositions, mais il a besoin de celles-ci pour présenter ses conclusions. Sur ce plan, il ne peut qu’être bousculé par les médias.

Malgré ces divergences profondes, les uns et les autres arrivent à trouver un terrain d’entente. C’est particulièrement vrai de Jean-Herman Guay (politique nord-américaine) et de Sami Aoun (politique internationale), qui sont des figures connues des médias québécois. Dans l’ensemble, le portrait que dessine l’Universitaire et les médias est optimiste, comme l’indique son sous-titre (Une collaboration risquée mais nécessaire). De toute façon, peut-on imaginer un monde public dont les scientifiques se retireraient ? «Lorsque l’universitaire se tait, écrit Raymond Corriveau, d’autres parlent, et très fort» (p. 23).

Le lecteur reste toutefois sur sa faim.

À l’exception d’Armande Saint-Jean, aucun des collaborateurs ne s’interroge sur l’histoire des rapports malaisés entre journalistes et universitaires : les situations décrites sont toutes immédiatement contemporaines, comme si elles n’étaient pas déterminées par une transformation dans la durée. De même, une réflexion historique aurait permis d’approfondir une question abordée beaucoup trop allusivement, celle de la distinction à établir entre les diverses figures de l’intervention dans la vie de la Cité : on ne demande pas la même chose à l’intellectuel, à l’expert et au professeur. Les bouleversements induits par le numérique sur la diffusion, généraliste et professionnelle, du savoir sont évoqués à quelques reprises, mais pas de façon soutenue; or, comme l’écrivent, André H. Caron, Catherine Mathys et Ninozka Marrder, «L’internet a passablement reconfiguré la diffusion des sciences et plus largement la diffusion de l’information» (p. 128). Dans le même ordre d’idées, Jean-Herman Guay va jusqu’à parler de «double tourmente» (p. 22), celle des journalistes et celle des scientifiques.

Le titre parle de «l’universitaire», mais le livre laisse de côté un pan complet de l’Université, le secteur des lettres (les sciences humaines sont à peine mieux traitées) : les spécialistes de ces disciplines sont pourtant présents sur diverses tribunes. Le mot «médias» pose aussi problème : les cadres d’intervention des universitaires peuvent être fort différents les uns des autres et il aurait été bon de distinguer plus souvent que cela n’a été fait le «clip» sonore de l’entrevue de fond, le texte d’opinion de la chronique. Cette absence de précision est d’autant plus étonnante qu’un texte comme celui de Caron, Mathys et Marrder montre combien la communication scientifique est tributaire des conditions concrètes de son énonciation (qui parle à qui dans quel cadre).

Au fil des pages, quelques écueils de la collaboration journalistes-universitaires apparaissent. Jean-Herman Guay se méfie du populisme (p. 16-17). Sami Aoun énumère cinq «risques» : «désir de plaire», «vedettariat», «personnification de l’analyse», volonté de jouer à «l’intellectuel rebelle», «penchant médiatique pour le spectaculaire et le catastrophique» (p. 41). Corinne Gendron décrit «trois types de pièges : l’opinion à chaud, la mise en scène conflictuelle, et le vedettariat» (p. 71).

Il est un écueil plus dangereux : une mauvaise «recherche» ne donnera jamais un bon reportage. Le texte de Serge Larivée, Carole Sénéchal et Françoys Gagné, «Scientifiques et journalistes : condamnés à collaborer» (p. 49-63), en est un malheureux exemple. Les auteurs collent bout à bout des remarques sur l’état des connaissances psychologiques dans la société, cela d’une façon particulièrement cavalière. Deux exemples devraient suffire à le faire voir. À la note 6 de la p. 54, on lit : «Nous avons recensé quarante-trois ouvrages en français et cent treize en anglais — dont huit contemporains de Freud — qui soutiennent soit que le père de la psychanalyse a fraudé, soit que la psychanalyse est à certains égards une imposture, soit qu’elle n’est pas une science.» Cela est-il une preuve ? De quoi ? Peut-on tirer quelque conclusion que ce soit de pareille arithmétique ? À la p. 60, les auteurs ouvrent une section de leur texte par ceci : «La déclaration du Dr Mailloux à la télévision de Radio-Canada, lors de l’émission Tout le monde en parle du 25 septembre 2005, a suscité toutes sortes de réactions dans les médias, principalement au cours de la semaine suivante.» Quelle est cette déclaration ? On ne le dit pas.

Les relations entre les universitaires et les médias peuvent être difficiles. À la lecture de pareil texte, on comprend mieux pourquoi.

P.-S. — Non, Jean-François Lisée n’était pas professeur à l’Université de Montréal (p. 136).

P.-P.-S. — Myriam Daguzan Bernier et Valérie Levée ont rendu compte de l’ouvrage.

 

Référence

Létourneau, Alain (édit.), l’Universitaire et les médias. Une collaboration risquée mais nécessaire, Montréal, Liber, 2013, 154 p.

S’instruire par les oreilles

L’Oreille tendue aime apprendre. Dès qu’elle en a découvert l’existence, elle est donc allée lire l’article que vient de faire paraître Amy J. Ransom sur l’alternance codique («code-switching») dans la chanson québécoise contemporaine. Elle a appris plein de choses.

(Rappel, emprunté à Wikipédia : «L’alternance de code linguistique, ou code-switching, est une alternance de deux ou plusieurs codes linguistiques [langues, dialectes, ou registres linguistiques].»)

Elle ne savait pas qu’un groupe de chercheurs de l’Université McGill à Montréal, autour de Mela Sarkar, avait déjà étudié la question, mais s’agissant uniquement du rap québécois.

Elle ne connaissait pas l’existence — la liste est très loin d’être exhaustive — des groupes Standing Waltz, Frogaboum et Sens, tous chantant en français, au Québec, aujourd’hui. (L’Oreille tendue se sent parfois bien vieille.)

Elle a pu constater que le contact des langues chez les chanteurs québécois est une question récurrente, à laquelle les réponses sont fort variées. Les combinaisons du «français international standard» («Standard International French»), du «français québécois standard» («Standard Québec French») et du «français québécois vernaculaire» («Vernacular Québec French») sont nombreuses, et parfois étonnantes. En termes techniques, cela s’appelle des «heteroglossic practices» (p. 118).

Amy J. Ransom a une bibliographie pleine de trouvailles, du moins pour le non-spécialiste; elle est attentive aux inflexions de l’accent et de la prononciation; elle n’hésite pas à opposer les transcriptions des paroles des chansons à leur interprétation réelle; elle distingue les choix linguistiques des hommes de ceux des femmes. Il est même question de «pea soup» (p. 128). Bref, il y a à boire, à manger et à entendre.

Comme toujours quand on traite l’oral, il y a des choses discutables. L’Oreille tendue ne connaît personne qui dise «tabernacle», elle n’a jamais ouï qui que ce soit demander «Que se passe-tu ?», «game» est toujours employé au féminin chez les francophones, pas au masculin (p. 117). Sur un plan légèrement différent, il lui paraît difficile d’affirmer que le «français international standard» est libre de tout accent régional (p. 117); il n’y a que les muets qui n’ont pas d’accent (régional).

L’Oreille pinaillerait encore de-ci de-là, mais elle ne tient pas absolument à bouder son plaisir.

P.-S. — D’autres exemples d’«Alternance codique» ? Il y a dorénavant une catégorie pour ça, en bas, à droite.

 

Références

Low, Bronwen, Mela Sarkar et Lise Winer, «“Ch’us mon propre Bescherelle” : Challenges from the Hip-Hop Nation to the Québec Nation», Journal of Sociolinguistics, 13, 1, 2009, p. 59-82.

Ransom, Amy J., «Language Choice and Code Switching in Current Popular Music from Québec», article numérique, Glottopol. Revue de sociolinguistique en ligne, 17, janvier 2011, p. 115-131.

Sarkar, Mela et Lise Winer, «Multilingual Codeswitching in Québec Rap : Poetry, Pragmatics and Performativity», International Journal of Multilingualism, 3, 3, 2006, p. 173-192.