Double fièvre

Nous en avons déjà parlé : Guy Lafleur — c’est du hockey — a servi plusieurs fois de véhicule publicitaire.

En préparant un entretien (voir ici) avec Karim Benessaieh, du quotidien la Presse+, l’Oreille tendue a en trouvé un nouvel exemple.

Se demandant de quelle époque datait l’expression «la fièvre des séries» — dans la presse écrite, elle semble apparaître à la fin des années 1960 avant de devenir particulièrement populaire dans les années 1990 —, l’Oreille est tombée sur ceci, dans la Presse du 15 avril 1993 et des jours suivants.

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», publicité, 1993

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», recommande-t-on à Québec, la ville des Nordiques. Espérons que ce n’était pas du sirop de poteau.

P.-S.—L’expression «fièvre des séries» est venue concurrencer «fièvre du hockey», qui existe depuis au moins les années 1930. L’une et l’autre cohabitent aujourd’hui, mais la première prédomine, surtout au printemps — comme le sirop d’érable.

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Murale représentant Brendan Gallagher, des Canadiens de Montréal, rue Draper, Notre-Dame-de-Grâce (Montréal)

«Au printemps la fièvre est universelle
Pis i a juste une place où la glace i faut pas qu’à dégèle»
Loco Locass, «Le but», 2009

Vers 18 h 30, ce soir, au micro d’Étienne Leblanc, à l’émission Ça nous regarde, de la radio de Radio-Canada, l’Oreille tendue parlera de la fièvre montréalaise des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey.

 

[Complément du jour]

On peut (ré)entendre l’entretien ici.

Histoires de bottines

Patins accrochés

Nous n’en sommes pas à nos première bottines.

Il y a la souriante.

Il y a celles du patin (et de l’Oreille tendue) et du hockey.

Il y a celles qui devraient suivre les babines.

Il y a les humoristiques (genre).

Ajoutons ce signe d’un considérable manque d’habileté : ce soir-là, Lane Hutson — c’est du hockey, encore — aurait été un des seuls «qui n’avait pas les deux pieds dans la même bottine» (la Presse+, 12 avril 2026).

Avoir les deux pieds dans la même bottine, donc, dans le français du Québec. Chez Usito : «être maladroit, sans initiative, peu débrouillard».

À votre service.

 

[Complément du 10 mai 2026]

Soit la phrase suivante, tirée de la Presse+ du 3 mai 2026 : «Tout cela peut en partie expliquer pourquoi le Supra a semblé à côté de ses bottines dimanche.»

Être «à côté de ses bottines» n’est pas recommandé non plus.

La plume de Jacques Plante

Spécimen de l’écriture de Jacques Plante, p. 151

Jacques Plante (1929-1986) a longtemps été cerbère dans la Ligue nationale de hockey, notamment pour les Canadiens de Montréal.

Sur le plan de l’excentricité que l’on prête volontiers aux gardiens, il ne donnait pas sa place : il était connu pour ses habitudes inattendues sur la glace (il s’éloignait volontiers de son filet, il a imposé le port du masque chez les gardiens) comme hors de celle-ci (il tricotait, il lisait, il écrivait, etc.). En outre, il avait de son travail une vision très nette.

Est-ce le fruit de cette originalité ? Une curiosité de sa part ? Toujours est-il qu’il s’est retrouvé, dans les années 1960, parmi les cobayes soumis à l’examen d’André Labarrère-Paulé dans son livre les Secrets de l’écriture. Petit précis de graphologie.

L’ouvrage se divise en deux parties. La première, «Petit précis de graphologie» (p. 7-82), expose le fonctionnement de cette «science récente» (p. 15). Malgré une apparente prudence — «le graphologue n’est pas infaillible et la graphologie, comme toute science humaine, a ses limites» (p. 9) —, l’auteur n’hésite pas à livrer des jugements tranchants.

On en trouve beaucoup dans la seconde partie, «Exerçons nos talents aux dépens de personnalités canadiennes-françaises» (p. 83-158).

Le diagnostic, s’agissant de «La merveille masquée» ?

Vous êtes un homme d’action. Vous semblez dresser entre les autres et vous une barrière derrière laquelle vous cachez votre véritable personnalité. Vous êtes difficile à connaître, à saisir. Parfois fuyant. Vous mettez beaucoup d’application dans ce que vous faites. Vous aimez le beau travail. En restant moins sur la défensive, vous pourriez davantage vous épanouir (p. 152).

Recommander à un gardien de but de «rester moins sur la défensive» ne manque pas de sel.

P.-S.—Les autres cobayes ? François-Albert Angers, Marie-Claire Blais, Charlotte Boisjoli, Jean-Charles Bonenfant, Thérèse-F. Casgrain, Marcel Chaput, Pierre de Bellefeuille, Fernand Denis, Marcel Dubé, Jean-Charles Falardeau, Gérard Filion, Jean-Louis Gagnon, Jean Gascon, Gratien Gélinas, Jacques Godbout, Guy Hoffmann, Normand Hudon, Claude Jasmin, Judith Jasmin, Raoul Jobin, Ambroise Lafortune, Jacques Languirand, Roger Lemelin, Monique Lepage, Jean Lesage, Clément Lockquell, Françoise Loranger, Jean Marchand, Dominique Michel, Ernest Pallascio-Morin, Alfred Pellan, Gérard Pelletier, Jean-Louis Roux, Frank R. Scott, Pierre Tisseyre.

 

Référence

Labarrère-Paulé, André, les Secrets de l’écriture. Petit précis de graphologie, Montréal, Éditions du Jour, 1969, 159 p. Ill. Édition originale : 1963.

Curiosité voltairienne (et onomastique)

Bill Lee, The Wrong Stuff, 1984, couverture

En 2016, l’ex-lanceur Bill Lee — c’est du baseball — déclare à Diane Sauvé qu’il lit Descartes, Platon, Balzac, Rousseau, Tolstoï, Gore Vidal et Voltaire. Cela va de soi. On n’en attendait pas moins de celui que l’on surnommait «Spaceman» à cause de ses comportements atypiques dans le monde du sport professionnel.

On ne confondra toutefois pas Bill Lee et J. Patrick Lee, ce spécialiste de Voltaire qui a légué sa collection à l’Université McGill.

P.-S.—En effet : l’Oreille tendue cause de Bill Lee dans son livre de 2020, Nos Lumières.

 

Voltaire est toujours bien vivant.